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Café Glacier Remor | 02 avril 2008

Café Glacier RemorIl y a une réputation qui s'attache au Café Remor. Celle d'un café d'intellectuels. D'intellectuels un peu vieillots peut-être.
Non dans les âges mais dans les goûts. Des quadragénaires qui semblent encore savoir ce qu'était le structuralisme. Des trentenaires qui sortent du Centre d'Art Cinématographique à quelques dizaines de mètres, après avoir vu une rétrospective Hitchcock.
Ils s'habillent d'ailleurs un peu rétro. Tweed pour les hommes, cols roulés, imperméables. Filles avec des franges droites courtes, des petites robes. Des lunettes en forme de papillon.
Ça fait harmonie avec le jazz diffusé dans le café, avec le décor ancien et heureusement préservé, les coins en niche, les petites tables propices aux tête-à-tête. Pas du genre romantique et amoureux, non. Plutôt sur la politique ou sur les spectacles ou sur les rumeurs culturelles. Ou les expos présentées dans le lieu, qui changent régulièrement.
Des femmes ensemble, entre copines. Des hommes en discussion. Ça drague quand même, mais assez discrètement.
Pour que ça prenne son essor, il faut attendre les beaux jours, la belle terrasse qui est un must du coin. Ou plutôt les terrasses. L'une couverte, fermée, pour la mi-saison, l'autre sur le trottoir, devant la place du Cirque et l'ouverture de la Plaine de Plainpalais.
Là oui, tout le monde y est. Tous ceux, je veux dire, qui ont au moins un papier pré-universitaire. Réservez vos places. C'est qu'il faut y être vu pour appartenir à un certain milieu.
Qui a quand même une caractéristique bizarre. Les clients du café ont tous des livres ou au moins des journaux qu'ils apportent avec eux, qu'ils posent ostensiblement  sur la table. Mais personne ne lit jamais.
Ils viennent peut-être pour les glaces ou les chocolats qui sont fameux.

Café Glacier Remor, Place du Cirque 3, Genève. Pour en savoir plus, il y a un site très bien fait ici

Publié par Alain Bagnoud à 12:13:39 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (4) |

Thomas Pynchon | 01 avril 2008

Thomas Pynchon

Evidemment, si j'ai commencé à lire Thomas Pynchon, un écrivain américain né en 1937, c'était à cause du mythe. Sa disparition. Le fait que personne ne sache ce qu'il était devenu depuis 30 ou 40 ans. Sa photo en marin, une des rares qu'on avait de lui. Le mystère autour de sa personne.

Des choses extraordinaires circulaient. Des rumeurs se transmettaient. Pynchon se serait déguisé en femme, en Noir, en kangourou. Il aurait été traqué par le FBI à cause de ses opinions politiques. Il aurait vécu à Mexico où on l'aurait connu sous le surnom de Pancho Villa. Il se serait terré dans l'Amérique profonde, ou en Alaska, ou en Californie, ou à l'étranger. Ce serait une sorte de hippie saturnien et fumeur de pétards. Il aurait été le portrait original de l'écrivain disparu qui ré-écrit toujours le même livre dans un roman de Don DeLillo, Mao II, qui parle d'un auteur caché dans la nature, prenant des précautions infinies pour brouiller les pistes, circulant sur des chemins de campagne et exécutant des détours extraordinaires pour éviter qu'on localise sa tanière.

Tout ça n'est plus d'actualité. L'affaire s'est calmée. D'abord avec une image volée de l'écrivain amenant son fils à l'école, je crois, dans les rues de New York, il y a quelques années. Ensuite avec un plan diffusé par CNN en 1997, dans lequel on voit des passants à New York toujours, parmi lesquels, dit la télévision, il y a Pynchon.

Finalement, en échange du respect de sa vie privée, celui-ci a donné une interview aux journalistes qui le traquaient. On s'est rendu compte qu'il vivait tranquillement en famille, qu'il faisait ce que font tous les écrivains : écrire et déjeuner avec leurs pairs pour parler boutique.

Simplement, Pynchon n'aime pas les journalistes et refuse qu'on le prenne en photo. Soit pour des raisons idéologiques (l'image et le mot, ce genre de choses). Soit pour des raisons personnelles. Peut-être tout simplement parce qu'il n'aime pas son physique.

Enfin ça le regarde, me dira-ton, et ça n'a aucune importance, puisque ce qui compte, ce sont ses livres.

Voire. En effet, comme je vous le disais au début de ce billet, c'est le mythe Pynchon qui m'a attiré d'abord, et qui m'a fait acheter ses livres. Cette disparition de l'auteur. Qui aurait donc pu être une simple stratégie médiatique.

Mais on voit bien que non en lisant ses livres.

C'est plein de paranoïa. 

Publié par Alain Bagnoud à 08:55:48 dans ___PANTHEON | Commentaires (0) |

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