
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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« On peut dire que, du point de vue de la pertinence de l'accueil fait à leur œuvre, tous les auteurs sont déçus, y compris les plus gâtés par l'attention publique, peut-être surtout ceux-là. »
Julien Benda,
Exercice d'un enterré vif
Les plus gâtés par l'attention publique au XXème siècle : L'Etranger, Le Petit prince, Le Docteur Jivago, Lolita, L'Amant, Arsène Lupin, La Mort à Venise, Le Vieil Homme et la mer, A la recherche du temps perdu, Voyage au bout de la nuit. Ulysse... (Source : Fabula, etc.)
Publié par Alain Bagnoud à 09:02:07 dans Citations | Commentaires (0) | Permaliens
Dans ce café du quartier en pleine réhabilitation urbaine, se mêlent bourgeois bohèmes nouvellement installés dans le coin et familles populaires pas encore déplacées.
Devant ses trois décis de chasselas, un ouvrier quinquagénaire avec bedaine, cigarette et teint rubicond, regarde sortir un homme de son âge. Complet de marque, tempes grises, chaussures italiennes, flanquée d'une fille deux fois plus jeune lui. Elle porte un manteau de fourrure, des bottes à talons et une mini-jupe. De ces femmes que lui, l'ouvrier, ne peut justement que voir sortir.
Il y a au mur une série de tableaux qui représentent un gâteau d'abord entier, puis dont une portion disparaît à chaque fois. La plante verte touche au plafond, se recourbe et redescend. Bois partout, avec comme décoration des lignes noires obliques qui tendent à se rejoindre à l'infini.
La serveuse s'appelle Linda et mange un ramequin au fromage, maintenant que c'est plus calme. Sur l'écran plat toujours allumé, une course de ski de fond. L'ouvrier rallume une cigarette et se concentre sur l'écran pour oublier le parfum de la jeune femme luxueuse qui nous a chatouillé les narines.
Elle et cet homme qui l'exhibe sont sans doute des amateurs d'art. Il y a juste à côté de riches galeries contemporaines. L'une d'elles est tenue par le neveu d'un ancien président français, très désinvolte, chez qui on peut trouver des œuvres de Gilbert&George ou de Jean-Michel Basquiat.
Publié par Alain Bagnoud à 09:17:58 dans Transports | Commentaires (6) | Permaliens
Eh bien voilà, j'ai trouvé. Dans son roman Contrepoint même, dont on s'est interrogé ici sur la polyphonie, Huxley parle de la composition de son propre livre, en une sorte de mise en abîme amusante. Ou plutôt, il fait parler son double, Philip Quarles, dont il nous donne quelques extraits de ses carnets. Voici la méthode esthétique :![]()
Il s'agit pour eux deux de musicaliser le roman. Pour cela : « Méditer Beethoven. Les changements de modes, les transitions abruptes [...] Encore plus intéressantes, les modulations, non pas seulement d'un ton à un autre, mais de mode à mode. Un thème est exposé puis développé, changé, imperceptiblement déformé, jusqu'à ce que, tout en restant reconnaissablement le même, il soit devenu tout à fait différent. »
S'inspirer de la composition musicale. Voilà qui est intéressant, comme méthode, et souvent pratiqué depuis, à des niveaux différents. Thomas Bernhardt, Nancy Huston...
Et de plus, les procédés de cette intentions sont tout simples, si on en croit Huxley.
« Tout ce qu'il faut, c'est un nombre suffisant de personnages, et des intrigues parallèles, contapuntiques. » (C'est moi qui souligne, évidemment.)
Donc, alternance des thèmes, modulations, variations. Tout ça dans le cadre d'un roman d'idées.
Oui, c'était encore à la mode à cette époque-là. Un genre dont Huxley se rend compte des difficultés.
« Le gros défaut du roman d'idées, c'est qu'il est une chose artificielle, arrangée. Nécessairement ; car les gens qui sont capables de dérouler des thèses proprement formulées ne sont pas tout à fait vivants ; ils sont légèrement monstrueux. Il devient un peu ennuyeux, à la longue, de vivre avec des monstres. »
Effectivement, les personnages doctrinaires de Contrepoint qui débitent leurs réflexions lassent un peu le lecteur. Ils constituent des types à la Balzac, mais inscrits uniquement dans le monde des concepts. Heureusement qu'il y a, justement, cette composition musicale, contrapuntique, et des personnages plus vivants, qui donnent de l'intérêt à ce gros livre, lequel ne serait, sans ça, qu'un répertoire de théories.
Publié par Alain Bagnoud à 08:54:55 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
Loin de moi l'idée de me mêler des affaires de nos amis français, mais on peut quand même les remercier d'avoir élu un homme qui fait le spectacle avec une telle régularité et propose tant de réjouissance et d'amusement au monde entier.
Car son audience ne se limite pas à la France. Les multiples traductions (avec les problèmes de fidélité qui vont avec) de son dernier sketch au Salon de l'agriculture en témoignent. Comment restituer « casse-toi pauvre con » en finlandais, en allemand, en hongrois ? Comment rester fidèle à l'esprit du maître ? Important dilemme ! On entend déjà hurler les puristes. Traduttore-traditore ! Etc.
Enfin, vous avez déjà été couverts d'analyses et d'explications sur ce mouvement d'humeur du président, je ne veux pas insister. Simplement souligner la vraie stratégie sarkozienne, que je viens de comprendre et qui me semble diablement fine.
Cet homme, qui déclarait vouloir en finir avec mai 68, est au contraire en train de mener à bien une révolution issue de cette époque.
Avec d'abord, comme premier principe, la libération de la parole, chère à cette période. Mais ce n'est pas tout.
Sarkozy prônait le retour à la politesse, aux bonnes mœurs, voici qu'au contraire il montre par l'exemple aux jeunes comment traiter quelqu'un qui ne serait pas d'accord avec eux.
Il prétendait restaurer l'autorité, voici qu'au contraire il sape la sienne propre, l'autorité présidentielle, et de façon peut-être décisive.
Il voulait montrer qu'il aimait les riches, les stars, les Bolloré, les Carla Bruni, la jet set, le voici désormais classé, comme je l'ai entendu hier au Café de la Paix, boulevard Carl-Vogt, dans une de ces délicieuses discussions de bistrot peu argumentées mais si ardentes : « le premier et le seul président qui est proche du peuple. »
Devant ces réalisations si contraires à ses intentions déclarées, tout le monde politique et journalistique se demande comment il va bien pouvoir s'en sortir désormais, Sarkozy. Eh bien, j'ai la solution.
Il lui suffit de prendre exemple sur une auguste élue genevoise, chargée de diriger la ville, et qui se propose de lever le pied dans les mois prochains :
« Mais je continuerai à donner des orientations à mes cadres. Jusqu'à présent, je me suis beaucoup concentrée sur l'opérationnel. Ce qui était nécessaire en début de mandat, pour prendre connaissance personnellement des dossiers. Ce congé m'offrira l'opportunité du recul, je pourrai me consacrer aux priorités stratégiques et politiques, celles pour lesquelles j'ai effectivement été élue.»
Allez Sarko, tu peux reprendre le programme de Salerno. Disparaître. Et sans qu'on te fasse le moindre reproche. Avec des félicitations même.
Pour ça, il suffit que tu tombes enceinte et que tu transformes ça en grossesse militante !
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 10:05:34 dans Polémique | Commentaires (8) | Permaliens
: Contrepoint d'Aldous Huxley est-il un roman polyphonique ? Du genre de ceux, vous savez, dans lequel de multiples voix s'entendent ? Publié par Alain Bagnoud à 10:02:00 dans Lectures | Commentaires (2) | Permaliens
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