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Rien de moins que Bastien Fournier | 07 février 2008

Vénus, par Chassériau

- Es-tu sûr de ton expression ? m'a demandé un lecteur fidèle et proche.

C'était hier, au sujet du billet de la veille, où j'avais utilisé « rien de moins que ». Une sacrée formule, dont on ne sait jamais si elle signifie une chose ou son contraire. On se trompe facilement. On en oublie le « de » et voilà qu'elle change de sens.

Mais j'avais vérifié, avant. Donc voici la leçon.

Regardez le tableau qui illustre ce sujet. Si vous dites : cette Vénus de Chassériau est rien de moins que magnifique, vous la trouvez splendide. Mais maintenant : cette Vénus est rien moins que splendide, vous entendez qu'elle est insignifiante.

Vous entendez d'autres choses encore si vous avez l'oreille ancienne puisqu'il semble que « rien moins que » ait eu plusieurs sens. Grévisse, très prudent, suggère donc d'éviter une « locution aussi ambiguë ».

Tout ça pour vous dire qu'hier soir, j'ai assisté à une lecture de Bastien Fournier, à la Galerie, qui organise des lectures d'auteur. C'est près de la gare de Cornavin, dans le quartier des Grottes, à Genève.

Un jeune auteur. 27 ans et déjà quatre livres publiés. Le dernier est un polar, Bébé mort et gueule de bois.

Très différent de ce roman, son texte inédit d'hier s'interrogeait sur le statut de l'auteur, la chose à dire, le sens de l'œuvre. Intéressant. Et d'autant plus que Bastien Fournier est très showman dans ses lectures. Il y met de l'énergie, de la force, du mouvement. Il est rien de moins que très bon quand il lit.
Son site est ici.

Publié par Alain Bagnoud à 09:06:28 dans Journal | Commentaires (4) |

Le Café du Marché | 06 février 2008

Et voici un des plus beaux cafés du coin. Le Café du Marché. Ainsi aMarché de Plainpalaisppelé à cause du marché aux puces, qui se tient juste de l'autre côté de l'avenue.
Ceux qui l'ont repris, il y a quelques années, ont eu l'intelligence de ne rien changer. Sol en catelles rouges et jaunes, chaises de bistrot, tables en bois avec des pieds de fonte, banquettes en bois  et revêtements des vastes baies en bois aussi, et le joli bar avec grand miroir, et les ventilateurs au plafond. Une chose, quand même, a été modifiée. L'éclairage. Les vieux néons qui donnaient un teint d'outre-tombe à tous ont été remplacé par des abat-jours pendus, en forme d'obus blancs très fins et allongés.
Pour le reste, on a juste nettoyé, repeint, dans des couleurs proches de l'original, un peu plus chaudes, d'un jaune légèrement crème.
L'endroit en avait bien besoin. Il était, comme tous ces vieux bistrots décatis, le repaire des buveurs locaux. Il y avait un gros patron, sa femme asiatique. Des types silencieux à leur table, seuls, ou alors soudain dans un groupe qui gesticulait et se disputait sur des sujets aussi fascinants que l'origine de la civilisation ou la religion ou la politique. Où sont-ils, quelques années plus tard ? Morts peut-être, ou en cure, ou dans des établissements spécialisés.
Après leur départ le bistrot était devenu branché. Le genre, vous voyez, avec ardoises sur lesquelles sont notés les vins du mois et petites spécialités chères. Ça s'est amélioré. On y cultive désormais des aspects nostalgiques, avec des affiches aux murs, des vieux plans de villes, des gravures d'urbanisme ou des vues.
Et puis vous pouvez boire de l'absinthe, il y a des fontaines pour ça. Et manger. Quoi ? Je n'ai jamais rien essayé. Mais il y a des gens qui le font. Et je vois qu'ils semblent contents.
 
Café du Marché, Avenue Henri-Dunant 16, Genève

Publié par Alain Bagnoud à 12:08:01 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (0) |

Le Rendez-vous d'Ellen, par Pierluigi Fachinotti | 05 février 2008

Pierluigi Fachinotti, médecin à Genève, avait comme projet de « tenter de raconter une immigration italiennehistoire qui dise le parcours d'hommes et de femmes qui se débattent dans les liens invisibles du passé. »
Il a suivi pour cela la branche mâle d'une famille. Trois hommes. Taddeo, Biagio qui prendra l'identité d'un mort de passage, et Enrico. Le grand-père, le père, le fils, ballottés entre le nord de l'Italie, l'Ethiopie, la Suisse, entre le fascisme mussolinien, l'immigration des travailleurs et la vie des secondos.
Le Rendez-vous d'Ellen montre effectivement le poids que portent les personnages et, parfois, « la nostalgie de cet ailleurs inaccessible qui hante toute relation humaine ».
Un premier roman maîtrisé, donc, surtout dans la restitution du passé. Les récits à la première personne d'Ellen et d'Enrico m'ont paru en effet un peu moins intéressant. Un récit bien construit, même si le coup de théâtre final semble artificiel.
Mais le résultat est manifestement inférieur à l'ambition proclamée de Fachinotti, qui voulait rien de moins que communiquer sa conviction sur « l'existence d'un lieu secret dans chaque être, une part d'ombre et de lumière [qui] donne son éclat à chacun », et parler de « ce lieu intime [qui] est la part la plus belle de l'homme ».
Noble ambition. Le texte se lit en général agréablement, c'est déjà ça.
 
Pierluigi Fachinotti, Le Rendez-vous d'Ellen, L'Aire 

(Publié aussi dans Blogres.)

Publié par Alain Bagnoud à 09:10:35 dans Lectures | Commentaires (0) |

Le bonheur | 02 février 2008

 "Sans bonheur, l'homme n'est pas heureux."
                                                     Alexandre Vialatte
    Le bonheur de vivre, par Matisse

Publié par Alain Bagnoud à 10:13:16 dans Citations | Commentaires (3) |

Les couleurs de l'amer, par Jacques Herman | 01 février 2008

Jacques HermanJacques Herman, qui fut juré avec moi du Prix de la loterie romande, vient de sortir un recueil de poèmes. Son quatrième. Les couleurs de l'amer.
Un titre, comme le relève Jacques Tornay dans sa préface, « à double, triple, voire à quadruple sens si l'on admet que l'âme erre. Alphonse Allais aurait apprécié. »
Les poèmes, amers, donc, mais aussi amusés, pleins de fraîcheur et de légèreté parlent également de choses graves, avec de l'humour et du désespoir, de la sensibilité, du tragique et de l'espièglerie.
Jacques Herman a quelque chose d'un lutin fragile, mais aussi d'un méditatif désabusé. Il pose sur le monde extérieur, vaste réservoir d'images pour faire résonner la chambre intérieure et provoquer l'émotion, un regard discret, juvénile parfois. Ses textes fuient le pathos et la complexification, mêlent la méditation, la rêverie, l'observation et la drôlerie. Le comique et la raillerie y tempèrent le dramatique et la consternation.  Dans une légèreté grave où la simplicité ludique touche une blessure profonde. 

Jacques Herman, Les couleurs de l'amer, Préface de Jacques Tornay, Editions du Madrier, Luce Bühler-Péclard, CH 1416 Pailly

Publié par Alain Bagnoud à 09:24:13 dans Lectures | Commentaires (1) |

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