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Les plus grands succès | 29 février 2008

« On peut dire que, du point de vue de la pertinence de l'accueil fait à leur œuvre, tous les auteurs sont déçus, y compris les plus gâtés par l'attention publique, peut-être surtout ceux-là. »
                                                                Julien Benda,
                                                                Exercice d'un enterré vif

 

Les plus gâtés par l'attention publique au XXème siècle : L'Etranger, Le Petit prince, Le Docteur Jivago, Lolita, L'Amant, Arsène Lupin, La Mort à Venise, Le Vieil Homme et la mer, A la recherche du temps perdu, Voyage au bout de la nuit. Ulysse... (Source : Fabula, etc.) 

Publié par Alain Bagnoud à 09:02:07 dans Citations | Commentaires (0) |

Les contrepoints d'Huxley et le roman à idées | 27 février 2008

Eh bien voilà, j'ai trouvé. Dans son roman Contrepoint même, dont on s'est interrogé ici sur la polyphonie, Huxley parle de la composition de son propre livre, en une sorte de mise en abîme amusante. Ou plutôt, il fait parler son double, Philip Quarles, dont il nous donne quelques extraits de ses carnets. Voici la méthode esthétique :Beethoven
Il s'agit pour eux deux de musicaliser le roman. Pour cela : « Méditer Beethoven. Les changements de modes, les transitions abruptes [...] Encore plus intéressantes, les modulations, non pas seulement d'un ton à un autre, mais de mode à mode. Un thème est exposé puis développé, changé, imperceptiblement déformé, jusqu'à ce que, tout en restant reconnaissablement  le même, il soit devenu tout à fait différent. »
S'inspirer de la composition musicale. Voilà qui est intéressant, comme méthode, et souvent pratiqué depuis, à des niveaux différents. Thomas Bernhardt, Nancy Huston...
Et de plus, les procédés de cette intentions sont tout simples, si on en croit Huxley.
« Tout ce qu'il faut, c'est un nombre suffisant de personnages, et des intrigues parallèles, contapuntiques. » (C'est moi qui souligne, évidemment.)
Donc, alternance des thèmes, modulations, variations. Tout ça dans le cadre d'un roman d'idées.
Oui, c'était encore à la mode à cette époque-là. Un genre dont Huxley se rend compte des difficultés.
« Le gros défaut du roman d'idées, c'est qu'il est une chose artificielle, arrangée. Nécessairement ; car les gens qui sont capables de dérouler des thèses proprement formulées ne sont pas tout à fait vivants ; ils sont légèrement monstrueux. Il devient un peu ennuyeux, à la longue, de vivre avec des monstres. »
Effectivement, les personnages doctrinaires de Contrepoint qui débitent leurs réflexions lassent un peu le lecteur. Ils constituent des types à la Balzac, mais inscrits uniquement dans le monde des concepts. Heureusement qu'il y a, justement, cette composition musicale, contrapuntique, et des personnages plus vivants, qui donnent de l'intérêt à ce gros livre, lequel ne serait, sans ça, qu'un répertoire de théories.

Publié par Alain Bagnoud à 08:54:55 dans Lectures | Commentaires (3) |

Sarkozy, Salerno et mai 68 | 26 février 2008

Loin de moi l'idée de me mêler des affaires de nos amis français, mais on peut quand même les remercier d'avoir élu un homme qui fait le spectacle avec une telle régularité et propose tant de réjouissance et d'amusement au monde entier.

Nicolas Sarkozy au salon de l'agricultureCar son audience ne se limite pas à la France. Les multiples traductions (avec les problèmes de fidélité qui vont avec) de son dernier sketch au Salon de l'agriculture en témoignent. Comment restituer « casse-toi pauvre con » en finlandais, en allemand, en hongrois ? Comment rester fidèle à l'esprit du maître ? Important dilemme ! On entend déjà hurler les puristes. Traduttore-traditore ! Etc.

Enfin, vous avez déjà été couverts d'analyses et d'explications sur ce mouvement d'humeur du président, je ne veux pas insister. Simplement souligner la vraie stratégie sarkozienne, que je viens de comprendre et qui me semble diablement fine.

Cet homme, qui déclarait vouloir en finir avec mai 68, est au contraire en train de mener à bien une révolution issue de cette époque.

Avec d'abord, comme premier principe, la libération de la parole, chère à cette période. Mais ce n'est pas tout.

Sarkozy prônait le retour à la politesse, aux bonnes mœurs, voici qu'au contraire il montre par l'exemple aux jeunes comment traiter quelqu'un qui ne serait pas d'accord avec eux.

Il prétendait restaurer l'autorité, voici qu'au contraire il sape la sienne propre, l'autorité présidentielle, et de façon peut-être décisive.

Il voulait montrer qu'il aimait les riches, les stars, les Bolloré, les Carla Bruni, la jet set, le voici désormais classé, comme je l'ai entendu hier au Café de la Paix, boulevard Carl-Vogt, dans une de ces délicieuses discussions de bistrot peu argumentées mais si ardentes : « le premier et le seul président qui est proche du peuple. »

Sandrine Salerno, conseillère administrative genevoiseDevant ces réalisations si contraires à ses intentions déclarées, tout le monde politique et journalistique se demande comment il va bien pouvoir s'en sortir désormais, Sarkozy. Eh bien, j'ai la solution.

Il lui suffit de prendre exemple sur une auguste élue genevoise, chargée de diriger la ville, et qui se propose de lever le pied dans les mois prochains :

« Mais je continuerai à donner des orientations à mes cadres. Jusqu'à présent, je me suis beaucoup concentrée sur l'opérationnel. Ce qui était nécessaire en début de mandat, pour prendre connaissance personnellement des dossiers. Ce congé m'offrira l'opportunité du recul, je pourrai me consacrer aux priorités stratégiques et politiques, celles pour lesquelles j'ai effectivement été élue.»

Allez Sarko, tu peux reprendre le programme de Salerno. Disparaître. Et sans qu'on te fasse le moindre reproche. Avec des félicitations même.

Pour ça, il suffit que tu tombes enceinte et que tu transformes ça en grossesse militante !


(Publié aussi dans Blogres.)

Publié par Alain Bagnoud à 10:05:34 dans Polémique | Commentaires (8) |

Huxley, polyphonie, Londres, 1926 | 25 février 2008

 Je me posais des questions. C'est qu'il s'agissait d'être sérieux. Par exemple C R W Nevinson, Amongst the Nerves of the World, oil on canvas c.1930: Contrepoint d'Aldous Huxley est-il un roman polyphonique ? Du genre de ceux, vous savez, dans lequel de multiples voix s'entendent ?
Mais là, le narrateur est omniprésent, pour ne pas dire omniscient, il ne laisse pas les rênes de l'histoire aux personnages, ne leur laisse pas mener le récit à leur guise, leur passe simplement la parole lors qu'ils ont quelque chose à dire, lors de discussions entre eux.
Donc, peut-être s'agit-il, me disais-je, plus simplement d'un roman contrapuntique. Un roman à contrepoints.
Ça dit quelque chose à ceux qui se sont intéressés à la théorie littéraire, non ? Bakhtine, ce genre de choses. Des vieux souvenirs... Des choses floues.
Bakhtine parlait de Dostoïevski et remarquait toutes les voix qui s'exprimaient librement dans ses romans, qui se combattaient. Dostoïevski lui-même en tant que narrateur semblait habité par plusieurs personnalités.
Le contraire du roman monologique, où une seule voix s'impose, celle de l'auteur.
Puis Bakhtine avait évolué, et finalement, il semble qu'il considérait que tout roman était polyphonique, ou plutôt, polyphoniste.
Simplifions en citant Alexandre Dessingué, chez qui je suis allé rafraîchir ma mémoire (sur l'excellent site fabula).
«  L'image de la polyphonie et du contrepoint indique seulement les nouveaux problèmes qui surgissent quand la structure du roman sort de l'unité monologique habituelle »
Peu importe, donc, n'est-ce pas ? Ou peut-être que ça importe beaucoup, mais, disons, pas dans le cadre de ce blog.
Enfin, avec tout ça, j'ai atteint la longueur du billet que je m'étais impartie. Je vous parlerai de Contrepoint une prochaine fois.

Publié par Alain Bagnoud à 10:02:00 dans Lectures | Commentaires (2) |

L'Epi doré 2 | 24 février 2008

Comme chaque dimanche matin ou presque, je sors de l'Epi doré 2. C'est là où nous allons prendre un café dominical et lire le gros journal popu que, selon la formule, tout le monde aime tellement mépriser. Double avantage : on prend le pouls du monde et on se sent tellement intelligent, par comparaison.

Ce bistrot est un des seuls ouverts dans le quartier, le dimanche tôt. En entrant, on est accueilli par un grand comptoir face aux vitrines, avec des pains dans des casiers, des pâtisseries et des sandwiches dans une vitrine. Parce que l'Epi doré est aussi une boulangerie, mais sans les afféteries et le côté vieille dame des tea-rooms. C'est plutôt Champagne de la Jarretièrevitalité et peuple.

Petites tables en marbre noir composite. Une ou deux stammtisch en bois, plus collectives. Nous ne sommes pas seuls. C'est le rendez-vous des Portugais du coin notamment.

La salle fait une sorte de L dont la longue branche traverse tout l'immeuble et donne par une fenêtre sur la cour intérieure. Des couples avec des poussettes, des quadras, des travailleurs au bar. Sur les murs, des affiches rétros pour du cacao, du Champagne de la Jarretière, du vermouth bianco ou du Martini. Des lampes en forme de demi-vasques et un plafond étoilé de petites lumières allogènes vers l'arrière, à moulures sur le devant, très beau, avec une lampe suspendue.

Et une attraction : la patronne. Un personnage ! Une énergie, une vitalité, une personnalité !

Si tu tombes sur ce billet, ne m'engueule pas la prochaine fois que tu me vois, Madame, comme la dernière fois où j'ai parlé ici de ton abattage. J'aime beaucoup ton café et ton dynamisme !

Publié par Alain Bagnoud à 09:51:48 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (5) |

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