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Concours de nouvelles | 26 janvier 2008

EncrierPour les auteurs de nouvelles: la revue L'encrier renversé lance son dix-neuvième concours.
Toutes les informations sur son
blog.

Publié par Alain Bagnoud à 10:03:55 dans Journal | Commentaires (0) |

Le Sofra | 25 janvier 2008

Un mezze libanais La journée, le Sofra fait bistrot de quartier. Par la force des choses.
Il se retrouve un peu esseulé dans le coin.  Le Café des Négociants, grande brasserie populaire qui se trouvait juste en face, de l'autre côté du carrefour, a fermé. Il y a un peu plus loin des restaurants italiens, mais ils ne proposent pas cette ambiance florale chaleureuse, ces palmiers en pots, ces fleurs, œillets, tulipes jaunes, dans de hauts bacs qui séparent la salle, et dont je me demande, de loin, en les regardant, si elles sont vraies ou pas.
La salle est rectangulaire, en longueur, d'une seule pièce. Beaucoup de tables. Des nappes rouges et oranges. Au plafond, huit petits lustres régulièrement placés. 
La moitié inférieure des murs est couverte de catelles géométriques et orientalisantes. Des étoiles, des frises, des motifs réguliers à dominante bleue, avec du rouge foie, du vert tempéré sur fond blanc.
L'après-midi, cette atmosphère attire les employés du coin, les travailleurs, les veuves du quartier, certaines, très âgées, appuyées sur leur déambulateur. Les gens qui sortent du supermarché pas très loin et qui vont vite prendre une mousse ou un café avant de retourner à la maison.
Puis le Sofra change, le soir, et devient un restaurant exotique aux spécialités méditerranéennes. Gastronomie arabe, dit une annonce sur l'internet.
Vous pouvez y manger en toute tranquillité. Une amie libanaise, professeur de psychologie à l'université, et très à cheval sur la qualité de la nourriture du pays natal, lui a donné son feu vert. Un critère de qualité quand on goûte la cuisine de cette amie - et de sa mère.
 
Le Sofra, 31 boulevard Carl-Vogt

Publié par Alain Bagnoud à 09:22:42 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (2) |

Réverbération 2 (Jean-Marc Lovay) | 23 janvier 2008

Jean-Marc Lovay par Yvonne Böhler« Il y a un mystère Jean-Marc Lovay. Personne ne l'a lu et personne, presque, ne le lit. Pourtant, l'écrivain valaisan, qui fête aujourd'hui même - et en grande pompe - son soixantième anniversaire, jouit, dans notre petit pays, d'une renommée inversement proportionnelle à son audience réelle... » (Jean-Michel Olivier)
Pour contredire Jean-Michel Olivier et augmenter le nombre de lecteurs de ce singulier écrivain qu'est Jean-Marc Lovay, présent dans le paysage depuis Les régions céréalières paru chez Gallimard en 1976, voici le début de Réverbération, son dernier opus

Il accroîtra le nombre de ceux qui auront commencé un de ses livres. Plus rares, certes, sont ceux qui peuvent affirmer en avoir fini un. Mais ne manquez pas l'occasion de rejoindre cette petite élite !

Et voici la très belle première phrase de Réverbération :

 

« En me réveillant pour m'évader du rêve où des ruisseaux d'oiseaux morts coulaient vers la rivière qui descendait au fleuve des fièvres, je me retrouvais à l'intérieur du matin de mon anniversaire, qui était la cage aux espaces immenses séparant les barreaux entre lesquels je voulais m'envoler ; et voyant au loin s'élever le mirage des âmes de toutes les bêtes qui ce soir seraient sacrifiées dans les flammes de bûchers arrogants et fétides, je me souvenais de Krapotze, celui qui du temps de sa jeunesse et de la mienne était le plus habile divinateur du dernier pleur parmi tous les autres précoces férus en sanglots, et qui avait déjà le visage d'un faux pleureur quand il me disait que le jour où par bonheur pour moi et surtout pour lui, je croirais qu'il n'y avait enfin plus un seul être humain pour penser à mon anniversaire, alors je pourrais aller avec les chiens sous l'arbre, et Krapotze disait qu'en leur tirant les queues et frottant le bâton contre l'écorce en épousant le cristallin diapason avec eux, je ferais couiner et s'arquer la gamme jusqu'à son oreille perpétuellement attentive au malheur d'autrui, la plus pure et la plus sincère de ses oreilles à lui, Krapotze, qui depuis toujours voulait être élu en tant qu'officiel et costaud écouteur qui ne dormirait plus jamais, le pur sans-sommeil, l'éveillé chef-conseilleur en méthode de suicide réussi et le sombre empêcheur de suicide raté, parce qu'avant même de pouvoir comprendre ce que signifiait l'alignement des mots « encore une journée perdue pour les perdants », il avait déjà compris que le meilleur apprenti pleureur final ne pouvait qu'être celui qui serait le plus capable d'apprendre à se retenir de pleurer, quand dans le regard de celui qui viendrait le lui demander, il devinerait l'instant où il devrait mourir. » (Editions Zoé)

Publié par Alain Bagnoud à 09:52:17 dans Lectures | Commentaires (6) |

Réverbération, par Jean-Marc Lovay | 22 janvier 2008

Comment lire Jean-Marc Lovay ? De diverses méthodes que j'ai éprouvées, ilPsychedelic mermaid, par Ashley Holloway ressort que ce qui fonctionne le mieux, c'est de se laisser porter. Comme si on descendait un fleuve à son rythme à lui.
On suit le mouvement des phrases. On évite d'accrocher, surtout. C'est difficile.
On ne saisit pas tout, on ne saisit même pas grand chose. Des fragments de phrase ou de texte, mais pas toujours le sens de leur juxtaposition. La raison alors nous taraude. Elle veut nous persuader de revenir à une proposition, à une expression, à une image, afin de la déchiffrer, de la clarifier. On peut le faire, c'est en vain.
Vous ne comprenez jamais, parce qu'il ne s'agit pas ici de comprendre. Il s'agit d'éprouver un langage, dans sa plasticité, dans l'organisation des éléments qui le constituent, dans le jeu des sonorités.
Lovay dans sa démarche s'apparente plus aux artistes contemporains qui mettent en valeur les éléments du tableau, qui font sentir la matérialité de la peinture, du support, les rapports de couleur, les équilibres, les nuances, les contrastes, qu'à ceux qui veulent représenter quelque chose. Qui veulent mettre devant nos yeux un paysage, une scène ou un portrait.
Qu'est-ce qu'on trouve dans Réverbération ? Un trajet, un voyage. Un flot d'images fortes. Une avancée du texte avec des éléments qui le structurent et évoluent (le personnage de Krapotze, ancien meilleur apprenti pleureur final, qui se présente au poste de Grand Suicideur et n'est pas élu, les animaux, un parapluie, etc.). De l'humour. Une phrase complexe, organisée, étendue, riche, articulée. Et dans ce déploiement classique, la rugosité d'un accent, la matérialité rauque d'un rythme.
S'il s'agit de marche, on n'est pas dans la plaine, mais en montagne, avec les différents rythmes un peu essoufflés par des variations de pente et les accidents du terrain. Marche évidemment, parce que Réverbération s'apparente à ces monologues ouverts qui passent dans les têtes, fatigue, exaltation et endorphines aidant, lors des trajets vers les sommets.
Avec quelque chose aussi d'une prise d'acide et d'un rêve. Les objets qui se transforment, qui évoquent, qui deviennent autre chose tout en restant eux-mêmes.
C'est une écriture, en fait, directement issue des années soixante. Une époque où Lovay s'est formé. Une époque où on n'avait pas peur de l'illisibilité. Une époque où on cultivait le délire. Où on pratiquait l'ivresse de la langue.
Mais cette écriture n'est pas datée pour autant. Elle ne s'est pas figée en une croûte épaisse comme par exemple celle du Nouveau Roman. Lovay l'a approfondie, travaillée, creusée selon son génie propre, dans  une pratique et un forage personnel qui forcent le respect.

Jean-Marc Lovay, Réverbération, Editions Zoé

(Publié aussi dans Blogres)

Publié par Alain Bagnoud à 09:08:52 dans Lectures | Commentaires (1) |

La Mutation, par Cla Biert | 21 janvier 2008

   Giovanni Segantini: Vergehen, Musée de St-Moritz
Cla Biert est un écrivain suisse important. Né en 1920 à Scuol, mort en 1981. Un écrivain romanche qui s'exprimait plus particulièrement dans le dialecte de Basse-Engadine. Il a été instituteur, maître secondaire à Zürich, Lausanne et Genève, Ftan et Coire, chansonnier, artiste.
Peu connu, Cla Biert, évidemment. Il avait un public restreint dans sa langue. 5138 personnes qui parlent le vallader, le dialecte de Basse-Engadine. Et 40'000 romanches en tout. Heureusement, Biert est traduit. La Mutation nous est annoncé comme son livre le plus important.
C'est un roman réaliste qui nous plonge dans la vie de l'Engadine.
Au centre, Tumasch Tach. Au centre du livre et au centre des tensions. Entre le passé paysan de la région et son développement hôtelier et touristique. Entre le devoir de reprendre le domaine familial, d'assumer le rôle politique qu'on attend de lui et celui de vivre son existence autonome. Entre l'envie de rester et celle d'émigrer, de vivre à Paris. Entre Karin la danoise et Violanda son amour de jeunesse...
Cla Biert, qui a beaucoup erré, est retourné finalement dans son pays où il se présentait comme paysan et maître d'école. Tumasch Tach, lui...
Mais vous verrez bien. Comme vous découvrirez les coutumes et la manière de vivre en Basse-Engadine, dans cette civilisation encore paysanne menacée par la modernité. Vous suivrez la vie quotidienne des gens, dans une suite de descriptions qui font de ce texte autant un document ethnologique qu'un roman psychologique. 

Cla Biert, La Mutation, L'Aire bleue

Publié par Alain Bagnoud à 09:25:14 dans Lectures | Commentaires (4) |

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