<< Concours de nouvelles | La Trêve de Primo Levi, par Philippe Lüscher | Les petits arrangements, par Claude-Inga Barbey >>
La Trêve de Primo Levi, par Philippe Lüscher | 27 janvier 2008

Vu hier au Terrier l'admirable spectacle de Philippe Lüscher. L'acteur est magnifique dans cette interprétation de La Trêve, un récit de Primo Levi publié en 1963, dix-huit ans après les faits qu'il relate. Juste, retenu, sensible, irradiant d'humanité retenue, de force, d'émotion contrôlée.
C'est un long monologue, d'une grande économie de moyens, au service d'un contenu difficilement supportable. L'histoire de ce qui se passe après que le camp d'Auschwitz a été libéré par les Russes, quatre cavaliers avec leur mitraillette sur le côté.
A ce moment-là, Primo Levi se trouve dans l'infirmerie du camp abandonné, parce qu'il avait eu la chance d'avoir la scarlatine qui lui a épargné la marche de la mort où ont disparu la plupart de leurs camarades.
La Trêve raconte les neuf mois qui sont suivi, jusqu'à ce que Levi arrive en Italie. Neuf mois passés dans la maladie, le froid, la faim, la mort, pendant lesquels il a été ballotté par l'administration soviétique du haut en bas de l'Europe, de la Pologne à la Russie, à la Roumanie, à la Hongrie, à l'Autriche et à l'Allemagne, dans une trajectoire absurde, de camp de triage en camp de regroupement, de train de marchandise en train de marchandise, sur un réseau de chemins de fer dévasté.
A se demander si les soviétiques avaient vraiment envie que ces survivants rentrent chez eux, si l'itinéraire n'était pas « machiavéliquement arrangé de manière à se débarrasser de ces témoins encombrants, qui ne sont de toute façon plus que l'ombre d'eux-mêmes », comme l'écrit Marcel Cottier dans sa présentation du spectacle.
Après la séance, on a parlé. C'est aussi ce qu'il y a de bien, au Terrier. On se retrouve ensuite à côté du petit et charmant théâtre underground, dans les antichambres qui servent de salle de réception, on se regroupe, on boit un verre, on grignote, on cause. Des négationnistes, de la mort ambiguë de Primo Levi, de La mort est mon métier, des Bienveillantes...
Pas des thèmes très gais, j'en conviens. Mais après toute cette barbarie qui nous avait été montrée, un peu de discours, des idées, de la communication et de la chaleur humaine, ça fait du bien.
Philippe Lüscher, La Trêve, Le Terrier,71 bd de la Cluse,Genève, Tél. 022 320 43 61.
Ce soir dernière à 18 h 00
Publié par Alain Bagnoud à 11:27:29 dans Théâtre
|
Commentaires (3)
|
Permaliens
Tous les derniers titres
- Jane Eyre, Charlotte Brontë | 20-05-2012
- Mon blog est censuré | 17-05-2012
- Stendhal, Racine et Shakespeare | 14-05-2012
- Bagatelles pour un massacre: un pamphlet antisémite de Céline | 11-05-2012
- Le Pierre Ménard de Borgès | 09-05-2012
- L'Enfer de Barbusse | 07-05-2012
- Les prochains de Pascal Rebetez | 04-05-2012
- Jean-Pierre Amette, La Maîtresse de Brecht | 02-05-2012
- Liseur, liseuse | 30-04-2012
- Bernard Frank, Romans et essais | 27-04-2012
- Appollinaire, Max Jacob, Gide, Malraux, Proust, vus par Georges Gabory | 25-04-2012
- Emissions de radios sur Céline | 24-04-2012
- Casanova et ses espions | 23-04-2012
- Guesch Patti, Etienne (1987) | 19-04-2012
- L'Adversaire d'Emmanuel Carrère | 17-04-2012
Commentaires