JUSTE PARU
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LA TRILOGIE
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)

Publié par Alain Bagnoud à 16:02:39 dans Théâtre | Commentaires (5) | Permaliens
J'avais lu dans mon adolescence ce roman, ou plutôt cette sotie, comme le disait Gide très attentif aux définitions, (Une sotie est une pièce politique, d'actualité, jouée par les confréries de la fête des fous.)
Il m'en restait quelques vagues choses. Lafcadio, l'acte gratuit...
Je l'ai relu d'une traite. Amusé, intéressé, poussé vers l'avant par cette écriture qui manie avec délices la parodie, l'humour noir et le comique de situations.
On est en 1890, période du grand combat entre le Vatican et les francs-maçons. Ces deux ennemis sont à couteaux tirés. Gide illustre cette bataille avec deux personnages. Anthime Armand-Dubois d'abord,haut dignitaire de la loge, scientifique, anti-clérical et boiteux, qui, après que sa nièce a prié pour lui, brise par protestation la main d'une statue de la Vierge et la voit apparaître la nuit dans sa chambre, qui de son moignon le guérit.
Un miracle. Il se convertit donc avec éclat. L'Eglise l'utilise pour sa propagande puis le laisse tomber. Il perd alors toute sa fortune qui était gérée par la loge, accepte son sort misérable avec une humilité et une résignation de saint qui mettent en rage son beau-frère.
Cet écrivain catholique ne trouve pas ça bien nécessaire et fera, lui, une conversion inverse après avoir rencontré le pape et avoir été refusé à l'Académie française.
Heureusement, à la fin du livre, tout rentre dans l'ordre.
Il y a une série d'autres protagonistes amusants dans ce texte à la structure complexe et rigoureuse sous sa fantaisie. Des quantités de personnages irrésistibles ou inquiétants. Des jeunes gens sans scrupules, des bourgeois bouffis de préjugés, des prostituées, des provinciaux coincés, des arnaqueurs qui dépouillent les riches catholiques en leur faisant croire que le pape est prisonnier dans les caves du Vatican. Des personnages qui ont plusieurs faces, qui se transforment, se griment.
Et au centre du livre, on trouve le fameux acte gratuit, qui vient de Dostoiewski et de Nietsche.
Lafcadio fait le bien et le mal avec la même désinvolture, se conduit en héros ou en voyou selon son bon plaisir, sauve des enfants d'un incendie ou tue un inconnu. Par défi à toutes les conventions. Par amour de la liberté.
Mais le voilà, en fin de livre, rattrapé par son crime, poursuivi par lui. Se demandant s'il doit se dénoncer.
Le fera-t-il ? Suspense (ça se termine comme ça, alors qu'il vient de passer une nuit d'amour avec sa nièce).
Immoral ? En tout cas iconoclaste. Contre les bien-pensants de tous bords. Montrant que la société est remplie d'imposteurs qui se jouent parfois eux-mêmes. Attaquant toutes les croyances au nom d'une liberté personnelle mais semblant la borner tout de même à la liberté des autres, et à des actes dont on doit, de toute façon, assumer les conséquences.
André Gide, Les Caves du Vatican, le livre de poche
Publié par Alain Bagnoud à 10:14:01 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
« 770'000 francs pour une ode à la drogue », titre le Matin bleu, un journal gratuit du coin.
L'ode à la drogue, c'est un exemplaire des Paradis artificiels de Charles Baudelaire, sous-titré Opium et haschich et qui avait été publié en 1860 par Poulet-Malassis. Il a été annoté par l'auteur en vue de trois conférences à Bruxelles. Conférences où le public était, paraît-il... Clairsemé serait un terme trop généreux. Où le public était rare.
Cette somme, 770'000 francs, est une revanche de la postérité, on veut bien l'admettre et s'en féliciter. Comme on peut se réjouir des tableaux de Van Gogh et de leurs prix délirants. Baudelaire le mal-aimé vend désormais ses manuscrits très cher et passe dans les journaux. Il devient un people. L'auteur d'une ode à la drogue.
Une ode à la drogue. Admirez cette formulation hardie. C'est que ces journaux gratuits nous montrent comment trouver enfin le chemin du cœur des lecteurs. Comment mettre les classiques au goût du jour. Comment présenter les grands auteurs. Comment réécrire l'histoire de la littérature. En touchant juste, direct, en plein front, comme la botte de Nevers.
Balzac : une ode à l'argent, Proust, une ode à l'homosexualité. Céline, une ode à l'antisémitisme. Hugo, une ode aux esprits frappeurs. Rousseau, une ode à l'homme des bois. Ramuz, une ode au vigneron vaudois.
Et le Matin bleu ? Une ode à la sottise ?
Publié par Alain Bagnoud à 09:19:51 dans Journal | Commentaires (2) | Permaliens
Marius Daniel Popescu, c'est une personnalité. Quelqu'un qui fait réaliser à plein cette idée proustienne qu'en abordant un auteur, on se retrouve dans son individualité, dans sa vision du monde, qu'on a accès à sa subjectivité. Avec La symphonie du loup, événement littéraire de la rentrée, on est dans un roman original, mais on est aussi dans Popescu.
Dans son histoire d'abord. La Roumanie, l'enfance, l'apprentissage de la vie, la mort du père, un personnage rebelle, ennemi du parti unique, grand séducteur, écrasé par un camion plein des briques qu'il destinait à construire une chambre pour que son fils puisse venir habiter avec lui. Et, en écho, Lausanne, la vie de famille, la femme et les deux fillettes du héros.
On se trouve aussi dans une vision du monde. Une vision ample, englobante qui s'exprime dans des épisodes caractéristiques minutieusement racontés, intégrant l'exceptionnel et le banal tout aussi bien. Qui décrit un personnage singulier, un personnage qui ne peut être que Popescu, vu à travers la distance de la deuxième personne puisque le texte est médiatisé par le grand-père, qui semble s'adresser au héros.
Tout ça est dit dans une langue très personnelle. Rythmique, répétitive, martelée, ample. Composées de longues phrases juxtaposées, avec un vocabulaire simple, peu de figures de style mais un pouvoir descriptif et évocateur très fort. Ce n'est pas une écriture de nuances, d'effets raffinés, de mesure à la française. Au contraire. Popescu n'est pas dans la miniature, mais dans la fresque.
Bien sûr, j'ai entendu les reproches qu'on fait au livre : le texte n'est pas raffiné. La construction est faible. A côté de scènes évocatrices il y en a de tout à fait banales. Le volume aurait gagné à être raccourci. Il y a, particulièrement après la page 280 environ, des scènes complètement hors sujet dont la présence nous fait nous demander si les éditeurs de la maison José Corti sont arrivés jusque là dans leur lecture.
Tout ça est peut-être juste mais n'est finalement pas très important. Parce qu'on reçoit ici un chef-d'œuvre brut, et le rapport qu'on a avec lui est le même qu'on peut établir avec une personnalité bien tranchée. Soit on ne supporte pas cette présence qui submerge le lecteur et on referme le livre, agacé par ces scènes dans lesquelles un être omniprésent semble dire : tout ce qui m'arrive est important. Soit on se laisse emporter par la vision, la verve, l'énergie, les torrents de sensibilité, le sentiment d'exception, l'envie de peindre sa vie comme une destinée et soi-même comme un personnage. Alors, on est emmené par Popescu comme par un ami généreux, libre, enthousiaste, débordant de vie, curieux, profondément personnel dans sa vision et dans son expression.
Moi, vous l'avez compris, je fais partie de cette catégorie de lecteurs. J'ai marché dans ce texte hors normes, j'ai été séduit par le personnage et charrié par le flux du récit.
On peut y préférer bien sûr certaines choses. Tout n'est pas de même force. Certaines scènes roumaines sont proprement hallucinantes (l'annonce de la mort du père, le cheval martyrisé, le colis reçu à l'armée, etc.) alors que les épisodes familiaux lausannois par exemple m'ont paru longuets, peut-être parce que le bonheur est toujours un peu ennuyeux. Mais globalement, il faut bien reconnaître que La Symphonie du loup marque la littérature romande par sa puissance, son originalité, sa singularité.
Publié par Alain Bagnoud à 09:28:24 dans Lectures | Commentaires (4) | Permaliens

- Mais, voyons, vous me prenez pour un crétin du Valais, pour un demeuré?
Ô nostalgie du pays ! Heimweh !
Publié par Alain Bagnoud à 09:06:26 dans Proust | Commentaires (0) | Permaliens
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