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Le Kid | 30 novembre 2007

Juste en face de l'université, 99 boulevard Carl-Vogt, de l'autre côté de la rue, il Le Kidy a un chaleureux restaurant qui n'est pas tellement fréquenté par les étudiants. Un peu trop cosy, vieille bohème, décoration abondante, nappes confortables et tons chauds. Le Kid.
Appelé ainsi à cause du film de Charlie Chaplin, qu'une ou deux affiches évoquent.
Il y a bien d'autres choses au mur. Des lithographies dans le genre art naïf revisité par Chagall ou le douanier Rousseau. Des miroirs. Une machine à coudre. Un fusil. Des assiettes décorées. Des porte-bouteilles de vin. Une présentation de la famille Knock. Les concurrents de Knie... (Mœurs suisses : Knock et Knie sont les deux plus grands cirques des cantons et leurs propriétaires constituent les seules dynasties royales dans ce pays qui se pique de démocratie.)
Chaud, sombre, illuminé par de petites veilleuses et lampes de chevet, avec ses affiches colorées et dorées, le Kid a quelque chose d'une église orthodoxe.
Au bar, un demi-étage plus haut, on célèbre parfois des colloques gay-friendly. Dans la salle, c'est mélangé et intimiste. Le restaurant fait le grand écart entre spécialités végétariennes bio et grillades au feu de bois et ceps de vigne. La carte ici

Publié par Alain Bagnoud à 09:15:52 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (3) |

L'homme ralenti, par J.M.Coetzee | 28 novembre 2007

Il y a quelque chose qui rappelle certains des derniers livres de Philip Roth dans L'homme J.M. coetzeeralenti. Le thème déjà : un homme vieillissant, diminué, qui se prend d'amour pour une femme beaucoup plus jeune. Quelques questions aussi, sur l'arrivée de la vieillesse, la sexualité, le besoin d'amour, la solitude.
Avec une différence de taille : Philip Roth ressent généralement beaucoup d'empathie pour ses personnages. J.M. Coetzee, lui, se montre plus froid, cruel, mordant.
Donc, un ancien photographe dans la soixantaine a un accident. Il se fait renverser par un jeune chauffard alors qu'il roule à vélo. On doit l'amputer d'une jambe. Dès lors, tout change. Cette jambe manquante est comme un trou dans sa vie. A tel point qu'il se demande sérieusement s'il n'est pas mort, s'il n'a pas changé de réalité.
Il refuse toute prothèse par principe, se retrouve avec des béquilles et fortement handicapé. Le roman au début semble la simple description de ce changement d'état. Puis ça se corse avec l'arrivée de Marjana, une croate aide-soignante qui doit lui apporter les soins nécessaires. Une mère de famille qui a trois enfants, dont deux adolescents, qui n'est pas très belle, qui a la taille épaisse, mais qui dispense une lumière personnelle. Paul tombe amoureux d'elle, veut être un père pour ses enfants, se déclare, crée des drames dans la famille. Et soudain, une vieille femme écrivain lui tombe sur le paletot de nulle part. Dès lors, le récit est presque fantastique.
Qui est cette Elisabeth Costello ? Un double de l'auteur ? Coetze lui a consacré un roman entier, que je n'ai pas lu. Ici, elle s'impose dans la vie de Paul, l'observe, cite le début du roman, aimerait qu'il lui arrive des choses intéressantes pour pouvoir écrire sur lui. Fait l'entremetteuse pour lui procurer des rencontres et des relations sexuelles avec une aveugle, veut nouer une aventure entre eux...
Mais Coetzee ne conclut pas. Il pose des questions, s'interroge, creuse ses thèmes. Il semble agir comme un expérimentateur : il met des personnages en relation, il crée des rencontres et des incidents afin de voir ce qu'il en sortira. Le résultat est un roman très libre, acéré, où passe le souffle de la réalité et des drames personnels, qui décortique des thèmes lourds : l'amour impuissant, le sentiment de la dignité, l'amoindrissement, la vieillesse.
(J.M.Coetzee, L'homme ralenti, Seuil)

Publié par Alain Bagnoud à 12:23:35 dans Lectures | Commentaires (3) |

Programme de la semaine | 26 novembre 2007

Il arrive quelquefois que le lundi, on ouvre son agenda et on se rende compte que la Eric Massereysemaine qui suivra sera chargée. C'est le cas. Plein d'activités littéraires après cette dégustation dont je vous ai parlé hier et dont Michel a aussi fait la chronique sur son blog.
1) Les 15 ans du Parnasse. Cette librairie genevoise indépendante fête ce jubilé en invitant les éditions Bernard Campiche pour une suite de lectures. Mercredi 28, il y aura Eric Masserey, jeudi Jacques Probst, vendredi Antonin Moeri et samedi Michel Viala. Et j'aurai le plaisir, Marius Daniel Popescuoui, comme je vous le dis, de présenter deux de ces auteurs. Jeudi, j'introduirai et interrogerai Eric Masserey, dont les textes seront interprétés par des comédiens. Et vendredi, rebelotte avec Antonin Moeri, qui lira lui-même ses textes. (Tous les soirs à 19 heures sauf le samedi à 16 heures, 6 rue de la Terrassière, Genève, Tel 022 736 27 26.)
Antonin Moeri2) Antonin Moeri, justement, sera aussi jeudi à Lausanne, au théâtre TASTEMOT, pour un moment de littérature exceptionnel.  
On y entendra deux textes hors normes. Bingo, d'Antonin Moeri, dit  par le talentueux Salvatore Orlando et La Symphonie du loup de Marius Daniel Popescu, lu par l'auteur. La soirée, qui est placée sous l'égide du Passe-Muraille, sera animée par Jean-Louis Kuffer. et l'entrée est libre (rue de l'Industrie 10, le 29 novembre à 21 heures.)
3) Ce week-end, enfin, aura lieu la foire aux livres à Meinier. Mais ça fait déjà un peu trop, comme informations. Tenez, je vous en reparlerai demain.

Publié par Alain Bagnoud à 10:47:58 dans Journal | Commentaires (0) |

Dégustation de vins | 25 novembre 2007

Dégustation sur une fresque de PompéiDégustation des vins de mon beau-frère, hier, chez moi. On a commencé à onze heures et demie, le matin, ça s'est terminé vers 19 heures pour les plus résistants.
La première partie de la fête était sous la forme un vin/un amuse-gueule. Ce qu'on appelle désormais un "apéritif dinatoire" dans les milieux choisis. Et milieu choisi, nous en étions un. Plein d'amis.
Un trajet dans les blancs (fendant, arvine, chardonnay, humagne blanche, païen...) puis les rouges (dôle, pinot, merlot, assemblages...). Du surmaturé pour terminer.
Ensuite, une raclette au fendant, avec deux fromages d'alpage. Celui de Roua, au-dessus de Saint-Luc, et celui, en face, près de Crans, au nom très poétique de Merdechon. Exquis.
Je crois me faire le porte-parole de tous en proclamant que les vins de Georges Emery sont excellents. Mais, soyons objectif, une mention particulière au fendant et à la petite arvine : ils viennent de mes vignes à moi.
(Georges Emery, Plat de Valençon 20, 3978 Flanthey: georges.emery@freesurf.ch

Publié par Alain Bagnoud à 11:53:47 dans Journal | Commentaires (5) |

La face cachée de la lune, par Martin Suter, | 23 novembre 2007

Jeune hippieMartin Suter est un spécialiste des modifications du cerveau humain. C'est le sujet principal de ses romans. Une ficelle qu'il n'a pas tort de tirer : ça lui a valu le succès.
Dans La face cachée de la lune, il s'agit des effets de la psilocybine.
Urs Blank est un brillant avocat d'affaires zurichois. 45 ans, partenaire d'un prestigieux cabinet qui traite avec les plus grandes entreprises du monde. Spécialiste des fusions. Riche, montrant tous les signes extérieurs de la réussite (Jaguar, vêtements coupés sur mesure, compagne qui s'occupe d'art). Passant sa vie au travail.
Mais comme il s'ennuie un peu, il drague un jour une jeune hippie de 25 ans qui tient un stand au marché aux puces. Ça marche et il s'engage dans une relation amoureuse que ses associés regardent avec bienveillance. Jusqu'à ce que la petite nana l'emmène dans une cérémonie où quelques convaincus bizarres absorbent des champignons hallucinogènes.
Le trip que vit Urs le transforme complètement. Le tueur qu'il était dans le monde des affaires prend le dessus dans la vie réelle, et Urs supprime allègrement ceux qui le gênent ou l'ennuient, les barrières de son surmoi supprimées d'un coup. En même temps, il se prend de passion pour la forêt, qu'il fréquente de plus en plus, jusqu'à simuler un suicide et se retrouver à survivre en autarcie dans la nature, seul, en homme sauvage oublié de tous. Cherchant  le conocybe caesia, un champignon très rare et responsable de sa transformation, qui s'était malencontreusement glissé dans ceux qu'il avait mâchés.
Mais il ne fait pas illusion longtemps. On découvre qu'il est toujours vivant, il sait trop de choses sur ses anciens associés, la police est sur ses traces et la traque commence.
Suspense, donc. Ecriture claire. Construction équilibrée. Documentation impeccable sur les champignons et la survie en forêt. Une bonne lecture de distraction.  

(
Martin Suter, La face cachée de la lune, Christian Bourgois)

Publié par Alain Bagnoud à 09:26:48 dans Lectures | Commentaires (3) |

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