JUSTE PARU
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
Ouf, c'était juste. Les dernières minutes. La galerie était déjà en train d'emballer les œuvres vendues que les acquéreurs allaient venir chercher le soir même. C'était 17 heures
35, ça fermait à 18 heures. Nous avions eu peur d'arriver trop tard, coincés dans les embouteillages des pendulaires qui rentraient chez eux, la journée faite, au milieu des files de bagnoles immobilisées feu rouge après feu rouge alors que le crépuscule tombait comme les première gouttes de pluie, dans le flamboiement des néons allumés.
Mais enfin, nous y sommes arrivés. A la Ferme de la Chapelle. Pour une exposition de Noële Baker, sculpteur. Terminée, donc, avant-hier. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas en parler.
Noële Baker travaille avec toutes sortes de matériaux. Bronze, ciment, résines... Mélanges de matières dans les mêmes œuvres qui intègrent aussi aquarelles ou écritures.
Des travaux qui jouent sur la frontalité, la monumentalité, l'équilibre, la répétition, la série. Compositions rigoureuses et souvent verticales. Figures épinglées ou étirées. Statuettes qui semblent celles de déesses archaïques. Eléments constitutifs d'un monument fragile, cultivé et primitif, comme un temple.
Un temple ici construit autour d'êtres chers qui sont décédés. Un temple qui évoque la mémoire, la mort, la création et incorpore des fragments de textes. Des poèmes, des morceaux d'autobiographies écrits par ces proches disparus que Noële Baker commémore.
Mais ce n'est pas un art mortuaire, spirituel plutôt. Une méditation sur la disparition et ce qu'il reste des morts dans les survivants. Un travail attachant sur le sens, la verticalité et la profondeur.
Publié par Alain Bagnoud à 08:33:06 dans Expositions | Commentaires (0) | Permaliens
Vallès le révolté. Un destin qui intéresse. Une existence précaire, des articles
incendiaires, de la prison régulièrement.
Et puis un homme qui a été renvoyé quasi-systématiquement des journaux auxquels il collaborait ne peut pas être mauvais. Il a dû créer les siens pour s'exprimer : Le Peuple, La rue, Le Cri du Peuple, le Drapeau... Vite faillis ou aussi vite saisis par la justice.
De plus il y a la Commune, à quoi il participe avec enthousiasme. Après quoi il doit ensuite fuir en Belgique et en Suisse, à Lausanne, puis en Angleterre, avant d'être amnistié.
Vallès a romancé son existence dans un triptyque, Jacques Vingtras, qui comprend L'Enfant, Le Bachelier, L'Insurgé. C'est ce dernier tome que j'ai abordé avec sympathie. Quelqu'un qui a défendu Louise Michel et Kropotkine, vous pensez bien...
Hélas, Vallès écrit comme un journaliste. Récit au présent, suite de scènes mal reliées entre elles, langage relâché, avec une volonté d'oralité. Mais pas l'oralité de Céline, travaillée, devenue un style. Une oralité molle au contraire, celle de l'orateur et pas celle de l'écrivain.
On suit Vingtras pion, puis journaliste, on a les portraits des grands hommes de presse de l'époque, celui des compagnons de lutte populaire aussi, puis vient la Commune... Mais malgré l'importance de l'événement, j'ai arrêté là.
Publié par Alain Bagnoud à 12:20:52 dans Pas fini | Commentaires (5) | Permaliens

Enfin, on travaille à régler le problème des Roms à Genève ! C'est vrai, quoi, c'était insupportable ! Ces pauvres qui ont l'outrecuidance de venir nous rappeler qu'ils meurent de misère chez eux. Qui s'étalent devant les magasins où nous avons lutté pour arracher quelques colifichets de la dernière mode H&M ou devant les banques où nous avons retiré quelques centaines de francs pour nos dépenses et nos menus frais. Et il faudrait leur donner encore une piécette ?
Qu'on les ôte de là ! Qu'on les fasse disparaître ! Bien sûr, ce ne sont pas des malfaiteurs, je le reconnais, ils n'ont rien à voir avec le crime organisé, ce sont juste des pauvres, mais enfin, ils sont visibles ! On ne peut pas les rater ! Avec leurs vieux habits démodés et élimés qui s'accumulent sur eux en épaisses couches contre le froid, leurs dégaines, leur têtes bizarres. On comprend pourquoi, chez eux, en Roumanie, ils sont discriminés, pourquoi personne ne veut leur donner du travail, pourquoi les policiers les persécutent.
Chaque fois que je les rencontrais, tenez, j'avais mal au cœur. Une envie de vomir et une sorte de... oui, de culpabilité. Heureusement, ce sentiment si désagréable va disparaître. La police fait le nécessaire. On leur rend la vie difficile. On les contrôle, on les force à passer la nuit dans des abris, pour leur bien, pour leur santé, et puis après dix nuits, ouste ! Rentrez chez vous !
Grâce à ces petit tracas qu'on leur fait, ils disparaîtront. Ils ne résistent d'ailleurs pas. Ils ont l'habitude de se faire chasser de partout. Et bientôt, enfin, quand ils comprendront que ça ne sert à rien de venir ici, qu'ils seront embêtés, vérifiés, qu'ils s'endetteront encore plus parce qu'ils ne gagneront même pas de quoi se payer le bus du retour, bien fait pour eux, ils se rendront compte. Notre message n'est pas difficile à comprendre. Au contraire. Simple, clair, affirmé : nous ne voulons pas de vous, ne venez pas !
Les riches, si, tous, de tous les coins de la planète ! Débarquez, arrivez, on vous fait des avantages fiscaux, on vous aime, on vous admire, on vous vénère. Vous êtes nos dieux, nos saints, nos modèles. Nous aimerions tellement être comme vous. Vous sentez bon, vous nagez dans le luxe, vous passez à la télé, vous nous faites rêver. Vos petits problèmes nous émeuvent. Vos séparations, vos excès, l'éducation de vos enfants. Ce que vous mangez. Vos vacances à Saint-Barth. Tout nous intéresse. Nous nous prosternons devant vous. Ah ça, qu'est-ce que nous pouvons vous aimer, les riches !
Mais les misérables, non ! Pas eux ! Qu'ils nous épargnent leur vue ! Ils peuvent bien vivre tranquilles, nous ne leur souhaitons pas de mal, mais loin, dehors, ailleurs !
Qu'ils cessent de heurter notre sensibilité. Qu'ils arrêtent enfin une bonne fois pour toutes de nous donner mauvaise conscience !
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 08:50:34 dans Polémique | Commentaires (5) | Permaliens
Je vais avec toujours plus de plaisir au Musée d'art moderne et contemporain de Genève. Qu'on appelle le Mamco, évidemment. Acronyme des plus chics.
Il y a quelques années, c'était difficile. Une ou deux petites choses grises et ternes au milieu de salles immenses et des notices partout.
Mais pourtant bien insuffisantes. Pour entrer en contact avec les œuvres, il aurait fallu apporter avec soi un ou deux mètres cube de papiers. Les explications. Vous savez : l'art conceptuel.
Ça a changé. J'y suis allé dimanche. Il y a des pièces vives, colorées, des choses ludiques ou profondes, des stars et des jeunes loups.
Nous avons bien aimé. Nous étions en famille. Nous errions, nous nous laissions capter par les œuvres au hasard. Nous échangions des banalités explicatives.
Je suis très fort pour les banalités explicatives. L'art parle de son époque. Reflète son époque. Pose des questions sur son époque.
Voyez (à mes enfants) Philippe de Champaigne ! Ce qu'il dit sur son époque ! Et prenons par exemple les impressionnistes ! Leur époque ! Et les jeunes peintres à la fondation Salomon ! Et les expressionnistes !
Et ce fut le moment d'aller boire un vin chaud parfumé en mangeant des cacahuètes et des mandarines. Ça dit quelque chose sur l'époque, non ? Vin chaud, mandarines. L'automne.
Publié par Alain Bagnoud à 09:12:10 dans Expositions | Commentaires (1) | Permaliens
Catherine Ballestraz a très envie d'écrire. Ou plutôt d'être écrivain. Ce qui la conduit dans ce roman à prendre des postures un brin théâtrales.
On la voit aller récupérer solennellement sa plume qu'elle a enterrée à six heures de route de chez elle dans un cimetière pour pestiférés, puis, à la fin du livre, l'enfouir à nouveau. Célébrer longuement cette plume comme si elle était une baguette magique d'où devrait sortir une transmutation prodigieuse. Se placer poétiquement en Grèce d'où elle écrit des lettres majestueuses à sa cousine Matthé en Suisse. Des textes généreux, pleins de métaphores, et sans réponse.
Matthé malheureusement n'existe pas vraiment en tant que personnage et semble une simple autre incarnation de la romancière dans cette correspondance à sens unique. Il y a un aveu final : « Toutes ces lettres dont je suis l'auteure, et pourtant, les relisant, je me suis sentie toi, Matthé. »
On a en effet dès le début du livre l'impression très forte que la narratrice, le personnage et même l'auteure (!) ne font qu'une, qui se met en scène constamment. Un procédé narcissique qui m'a agacé. D'autant plus que Catherine Ballestraz est une personnalité intéressante, qui a des moyens, un ton et un rythme. Un sens de la nature, un don de communion avec elle, une vision originale et animiste du monde. Mais peut-être faudrait-il moins de complaisance pour que ces dons portent un livre.
Catherine Ballestraz Comment vas-tu ? (Editions de L'Hèbe)
Publié par Alain Bagnoud à 09:17:58 dans Lectures | Commentaires (5) | Permaliens
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