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La marche a des vertus | 24 octobre 2007

La marche a des vertus physiques et psychiques. Remise en forme, oxygénation, raffermissement, etc. On connaît ça. M ais en plus, elle détruit définitivement les petits soucis qui nous accablent.
Pas tout de suite. Quand je recommence à me promener dans les beaux jours, je suis toujours étonné de constater que les préoccupations fastidieuses remontent, m'occupent, tournent dans ma tête.
La machine à laver qui est tombée en panne, une connaissance qui semble nous battre froid, un ennui professionnel. Ça rumine. C'est en train d'évacuer la place.
Et bientôt, les préoccupations font place nette. Disparues définitivement. Les problèmes sont résolus. L'esprit est clair, fertile, tout occupé désormais non plus du passé encombrant avec ses petits cailloux pointus, mais du présent, de la vue, de la respiration, du pas, et encore de l'avenir pour lequel on fait des projets fertiles.
Projets littéraires pour moi. Je trouve des scènes à écrire, je compose des phrases. Je pense à écrire mes points de vue sur la marche pour ce blog. C'est délicieux.
Il paraît qu'en plus, d'après certains de mes amis, la randonnée est une activité spirituelle. Qu'elle ouvre sur le zen, la mystique, l'univers. Des choses comme ça.
Bon, il faut y croire. Mais essayez-la plutôt que le cilice et la discipline. Non seulement vous allez aussi souffrir un peu si vous le désirez mais en plus, vous y trouverez des choses à manger.

Publié par Alain Bagnoud à 10:14:25 dans Journal | Commentaires (3) |

Le silence des intellectuels | 23 octobre 2007

29 % pour l'UDC. Le Schweizerische Volkspartei. Presque un Suisse sur trois a voté pour le parti nationaliste qui organise le culte du chef, qui prône la haine de l'étranger, qui utilise Affiche de l'UDC, reprise par le parti néonazi allemand NPDtoutes les ficelles du populisme. Qui fait des amalgames douteux, qui simplifie à outrance, qui, caché derrière sa propagande xénophobe, défend les puissances économiques. Il a dépensé 20 fois plus pour sa dernière campagne que son adversaire direct, le parti socialiste, deuxième en importance. De l'argent dont on ne connaît pas la source !
En face, des partis en déliquescence, sonnés parce qu'ils ne reconnaissent plus les règles du jeu. Leur ancien partenaire les a modifiées en cours de partie sans qu'ils s'en aperçoivent. Ils protestent :
- C'est faux ! On ne doit pas ! Ce sont des méthodes de voyous !
Ils s'indignent. Ils ont raison. Ça ne change rien.
Et puis il y a nous. Les intellectuels. Empruntés, embêtés. Au-dessus de la mêlée. La bouche en cul de poule :
- Oui, bien sûr, nous n'aimons pas ces idées et ces gens. Mais leur parti est en définitive démocratique. Il respecte les institutions.
- On ne peut pas aller contre le peuple. Il faut admettre ses choix.
- Toutes les opinions sont bonnes à dire, ça donne de l'ardeur au jeu politique.
- Ne simplifions pas, la situation est complexe.
Ou, encore plus lâche (je l'ai entendu il y a trois jours) :
- Je n'arrive plus à me définir, je ne vote pas, il n'y a plus d'idéologie. (Sic !)
Mais quand on nous interroge sur ce que nous aurions fait dans les années trente en Allemagne ou en Italie, il n'y a aucun doute. La main sur le cœur ! Nous aurions résisté ! Nous nous serions fait entendre ! Grâce à nous, le fascisme n'aurait pas passé !
Tout serait donc une question de conditionnel passé ? Et si on replaçait les choses au présent ? Si on se remettait à expliquer, à parler ? A prendre position ? A avoir un peu de courage ?
Parce que, décidément, il y a urgence !

(Publié aussi dans Blogres)

Publié par Alain Bagnoud à 10:40:32 dans Polémique | Commentaires (11) |

Peinture(s)/Génération 70, à la Fondation Salomon | 22 octobre 2007

           Léopold Rabus

                                          Une œuvre du Neuchâtelois Léopold Rabus

 

La fondation pour l'art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon (des skis Salomon. Vous voyez ?) est situé dans un endroit des plus charmants. A Alex, près d'Annecy. Dans un vieux château rénové au milieu d'un décor de montagnes sublimes et de campagne rêveuse.
Il faut y aller déjà pour voir l'endroit. On ne regrette pas le déplacement.
En plus il y a des expositions. Actuellement, jusqu'au 4 novembre 2007, Peinture(s)/Génération 70. Neuf peintres nés dans les années 70. Je ne veux pas les citer. Trois seulement, pas tout à fait au hasard : Anne-Laure Sacriste, Olivier Masmonteil, Armand Jalut. Pour plus de détails voir le site de la fondation
Des peintres différents et avec des points communs. Des couleurs vives, souvent criardes. Des références à la littérature, à la BD ou au cinéma. Une iconographie moderne. Des univers oniriques. Un côté souvent grinçant. Le retour à la représentation, au paysage et à la figure humaine.
C'est intéressant de voir éclore une génération. Ici, indéniablement, il y a, sinon un langage commun, du moins des parentés dans l'impertinence et le goût sensuel de la matière picturale.

Mais peut-être est-ce dû, plus qu'à un esprit du temps, au commissaire de l'expo, Philippe Piguet. 

Publié par Alain Bagnoud à 10:15:19 dans Expositions | Commentaires (1) |

Michel Houellebecq et Aldous Huxley | 18 octobre 2007

C'est un fait tout à la gloire de Michel Houellebecq : il a relancé Huxley et son Brave new world.
C'était dans les Particules élémentaires.
Un roman qui étonnerait Huxley. Lui dénonçait une société totalitaire basée sur le sexe, la consommation, le jeunisme, le bonheur  Arrabal sur le tournage de Possibilité d'une île, le film de Houellebecqpar l'infantilisme, et  l'efficacité économique. Michel, au contraire, trouve ça super. Il adorerait vivre dans le Nouveau Monde. Toutes ces coucheries, ce sexe obligatoire, ces filles toujours jeunes qui ne peuvent pas dire non.
Et ce soma à disposition. Cette drogue qui rend béat, qui n'a pas d'effets secondaires, qui ne donne pas la gueule de bois. Car picoler, c'est très bien, n'est-ce pas Michel, mais le lendemain... Les alka-seltzer... Le monde hostile, les objets aigus, les sons trop forts, le brouillard des gueules de bois. Non, non, du soma, tout de suite !
Et des partouzes, des femmes à disposition, des distractions, des jeux, des films ! Pas d'intellectualisme ! Plus d'art, plus de livres !
Michel, ai-je dit ? Non non, je ne m'y laisse pas prendre. Il ne s'agit pas de Houellebecq mais bien évidemment d'un de ses personnages. Michel Djerzinski. Le héros des Particules élémentaires. Il travaille dans la recherche, clone des animaux.
Dans Le Meilleur des mondes, ce sont les humains qui sont clonés. Et on a dissocié sexe et reproduction. Exactement ce que Michel veut faire. Michel Djerzinski.
Michel Houellebecq, lui, montre, condamne. Il « possède le don d'exposer avec une atroce lucidité les maux de notre époque et de retourner le couteau dans la plaie jusqu'à ce que nous acceptions de regarder en face nos sales secrets » (Didier Sénécal, journaliste à Lire).
Bon..J'avais bien aimé  les Particules élémentaires. Moins que Extension du domaine de la lutte, mais plus que Plateforme, par exemple. C'est déjà un peu lointain, ces lectures. Il m'en reste le souvenir de mises en scènes romanesques compétentes, d'une étonnante croyance en la science, d'une écriture relâchée mais efficace. Houellebecq, c'est Zola. Le Zola de notre époque.
Un Zola avec de l'humour. Parce que sa manière de brûler ce que les gens de sa génération ont adoré, c'est souvent à hurler de rire.

Publié par Alain Bagnoud à 08:55:11 dans Lectures | Commentaires (2) |

Mon beau navire, par Anne Wiazemski | 17 octobre 2007

Certains s'en souviennent peut-être, j'avais bien aimé, Canines, d'Anne Viazemski. Une bonne raison pour lire ses autres livres. Mais Anne WiazemskiMon beau navire m'a déçu..
C'est un récit d'adolescence et une traversée en bateau. Rien à dire contre ces sujets qui pourraient avoir leurs charmes si la manière de les traiter n'était pas un peu prévue. .
La fillette qui fait le voyage chaque année devient cette fois plus ou moins amoureuse du beau lieutenant, un gentil marin qu'elle avait envie de retrouver. C'est qu'elle a grandi. Une copine de son âge noue avec elle une relation légèrement ambiguë. Sa mère finit sans doute dans le lit du capitaine. Et la vie ennuyeuse et ritualisée sur ces gros paquebots s'écoule....
Anne Viazemski a tendance à utiliser avec système la focalisation interne, dirigée comme un gros projecteur dans la tête de son héroïne. Sans vouloir expliquer, analyser, elle montre, relate, veut nous faire éprouver peut-être ce que la fille ressent. .
Comme le roman est à la troisième personne, il s'y surajoute les ombres que la narratrice, adulte sagace, pose derrière les scènes qu'elle décrit. Il existe ainsi un petit relent de danger ou de mystère parce que nous devinons et développons les implicites glissés un peu partout. .
L'innocence de l'héroïne nous semble peut-être frôler ainsi quelques dangers. Ça crée une tension. Petite. Pas suffisante à mon goût pour relever cette histoire plutôt fade et me donner envie de la terminer...

Publié par Alain Bagnoud à 11:12:39 dans Pas fini | Commentaires (0) |

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