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Banquet de noces, par Jacques Herman | 23 septembre 2007

Le banquet des affamés, par James Ensor

Je suis coiffé d'un ridicule
Peit chapeau de papier rose
Un inconnu vient m'affubler
D'un nez de clown et je souris
Pour qu'il ne soit pas dit
Que je suis
D'humeur morose

Un grand gaillard entre deux âges
Et qiui me paraît éméché
Porte entre ses bras musclés
Une grosse fille rousse
Qui rit aux éclats

Des gamins lancent des confettis
Un accordéoniste
Sur le devant de la scène
S'est mis à chanter
Une chanson obscène

On se lève soudain
De partout
On pose les mains
Sur les épaules voisines
On joue au petit train
Qui roule dans les collines

On me regarde de travers
Je ne suis pas dans le ton
Pour ne pas leur déplaire
Je souffle dans un mirliton
 
                                            Jacques Herman
                                 Les Tartanes (Editions du Madrier)

Publié par Alain Bagnoud à 11:09:16 dans Poèmes | Commentaires (3) |

Les cons | 21 septembre 2007

Carl Aderhold a écrit un livre sur les cons, m'apprend le supplément littéraire du Temps de samedi passé. Mort aux cons (Hachette littératures). Vaste programme. Beau titre. Explicite. Un gros livre, bien sûr. 412 pages.
Son narrateur tue les cons qu'il rencontre et fait 140 victimes - ce qui est tout compte fait raisonnable tant l'offre est abondante.
Ce résumé est tout ce que je sais du roman, que je n'ai pas lu et ne lirai probablement pas. Mais ce qui m'intéresse là dedans, ces sont les définitions qu'Aberhold donne des cons, telles que les rapporte le journal. Entre autres : « La connerie, c'est très exactement une absence d'humanité. » Ou : « Le con ne doute jamais. »
Pas mal, non ? De bonnes perceptions de l'essence des cons. Ces cons que nous sommes tous.
Car il y a toujours des moments où nous éteignons volontairement notre intelligence pour emmerder quelqu'un, généralement dans une situation de pouvoir. Où nous nous fermons, ne donnons plus accès à l'autre mais emplissons le monde de notre monumentale auto-complaisance narcissique, vulgaire et satisfaite.
Et que celui qui n'a jamais péché me lance la première pierre...

                                       Deux cartes vraiment connes :

 

Publié par Alain Bagnoud à 09:00:36 dans Journal | Commentaires (4) |

Juste un jour, par Antonin Moeri | 19 septembre 2007

Juste un jour, par Antonin MoeriDu grand Moeri. Je parle de Juste un jour, son roman récemment sorti chez Bernard Campiche.
Un titre explicite puisque que le livre raconte la journée d'une famille depuis le lever du père à l'aube, jusqu'à la scène finale, au soir, proprement célinienne, dans un magasin bondé où les enfants qui vont acheter du lait passent à travers un tumulte hystérique.
Ils sont quatre, les parents et deux enfants, un garçon, une fillette. Ils ont gagné le concours Starlight, dont le prix est un séjour à la montagne lors du mardi-gras. Ils skient observent, parlent, se chamaillent ou s'aiment. Rien ne se passe en fait d'exceptionnel, mais à travers cette journée, se déploie petit à petit toute l'histoire de cette famille, avec ses individualités, ses singularités, les anecdotes de son histoire, les liens particuliers qui unissent ses membres, sur le tableau de fond vaguement grotesque d'une station d'hiver en plein carnaval avec des skieurs déguisés sur les pistes.
Une journée racontée par les membres de la famille, mais aussi par deux employés de restaurant qui offrent un regard extérieur sur ces touristes plutôt étranges dans la foule colorée et ludique. C'est une mise à l'écart intéressante, un petit basculement de niveau qui donne un effet de miroir au roman.
Tous ces personnages s'expriment, par monologues pris sur le vif ou par des récits faits plus tard à des occasions diverses. Ils rêvent ou se confient à quelqu'un, pas toujours la même personne. A un interlocuteur qui est parfois défini, parfois vague. « Il semblerait qu'on entende des voix dans ce livre, qu'on ait décidé d'ouvrir son cœur, de s'en remettre à quelqu'un. Mais à qui ? A une journaliste, à une psy, à une avocate chargée de démêler les responsabilités de chacun, ou, peut-être, à un lecteur », explique le quatrième de couverture.
Un lecteur qui se trouve au centre de cette polyphonie de voix, lesquelles donnent au livre son sens et sa profondeur. Elles se succèdent, reprennent, reconnaissables, définies parfois par des tics, comme celle de l'homme qui bégaie. Un effet réussi. C'est délicat, le bégayement dans l'écrit, ça peut vite devenir pénible. Ici, au contraire, ça induit des résultats de comique irrésistible.
Ce travail sur l'oralité est renforcé par une position narrative qui a évolué depuis les derniers volumes de Moeri. Le narrateur n'est plus cet être détaché, observateur, qui observe les insectes humains depuis l'extérieur de leur monde. Il y a dans Juste un jour moins d'études de cas particuliers qui puissent donner l'occasion d'idées générales et de jugements globaux sur la société, et plus d'implication dans une matière vivante, fertile, organique, proche, plus d'individualisation et de complicité avec les êtres et le monde.
Esthétique nouvelle, contenu riche. Du grand Moeri, je vous le dis !
(Et que ceux qui ne l'auraient pas encore lu et qui voudraient connaître mieux l'auteur n'oublient pas l'entretien qu'Antonin Moeri a bien voulu accorder à ce blog, en répondant aux questions posées par votre serviteur.)

Publié par Alain Bagnoud à 13:29:39 dans Lectures | Commentaires (3) |

Prix Welti pour Olivier Chiacchiari | 18 septembre 2007

Olivier ChiacchiariEncore un prix pour l'auteur de théâtre Olivier Chiacchiari[1]. La ville de Berne vient de lui décerner son glorieux Prix Welti pour le Drame. Parmi des dizaines d'autres pièces !
Vaste choix, rude concurrence, mais le jury a préféré entre toutes "La mère et l'enfant se portent bien". 10 000 francs. Et le prestige !
Parce que le Welti, c'est la première catégorie ! Il a été remporté par Frisch et Dürrenmatt, entre autres. Chapeau bas ! Bravo Olivier !


[1] Sale Histoire (1995) a remporté le Prix du dialogue au Festival du film de Soleure en 1997. La Cour des Petits (1998) a remporté le Prix littéraire de la Société genevoise des écrivains en 1998.

Publié par Alain Bagnoud à 08:48:37 dans Théâtre | Commentaires (0) |

Petit profil politique télévisuel | 17 septembre 2007

Il y a quelques jours, visite chez moi d'une journaliste et d'un cameraman de la TSR. Ils venaient pour les élections fédérales de cet automne. Pour me faire passer le test Smartvote. Une suite de questions sur internet qui déterminent votre profil politique, les candidats qui défendent le mieux vos idées, et les partis dont le programme a une chance de correspondre à votre vision  du monde.
Candidat
Bon, après l'avoir fait, je peux dire qu'il n'y a rien d'étonnant dans les résultats. Ceux qui seraient intéressés à passer le test peuvent cliquer sur la  bannière Smartvote.  Et pour voir  mon test, commenté et monté dans une petite vidéo sur le site de la TSR, il suffit de cliquer ici ou sur la bannière de tsr.ch et un lien vous emmènera au lieu idoine.
Pourtant, deux informations intéressantes m'ont été livrées autour de ce petit événement. La journaliste, la délicieuse Fanny Moille, m'a révélé que si les hommes qu'elle contactait acceptaient facilement de participer à son émission, les femmes étaient plus méfiantes. Qu'elle n'arrivait pas à en avoir suffisamment.
C'est captivant, non ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'elles ne veulent pas que leurs opinions soient connues ? Qu'une définition telle que celle de Smartvote est trop précise pour elles, dont le mode de vision est peut-être plus nuancé ? Qu'elles savent qu'elles ne sont pas monolithiquement figées sur des opinions, elles fluctuent, et ne veulent pas fixer une image qui sera peut-être fausse un peu plus tard ?
Il y a là en tout cas de quoi parler. Sortir quelques vieux schémas sur la nature féminine, et si elle existe, et ce qu'elle est, etc. Ça va me rappeler de bonnes vieilles discussions, tout ça.
La deuxième information est plus frivole. Le mail qui m'a contacté dit ceci : «  L'idée est de faire réagir des personnalités du monde de la culture, du sport et des sciences aux différents thèmes de campagne, de connaître leur rapport avec la politique et leurs attentes par rapport à ces élections. » Vous avez bien lu, oui, vous ne vous trompez pas. Des personnalités du monde de la culture. C'est moi ! (Car il ne peut évidemment s'agir de sport ou de sciences.)
Je le savais bien qu'il fallait persévérer ! Ecrire des romans ! Nourrir ce blog ! Boire des cafés dans les bistrots de Plainpalais en prenant l'air d'attendre qu'une poésie descende du ciel. Ma foi, ça finit par payer ! La récompense : se retrouver avec Mister Suisse Romande, le patineur Yann Lambiel et Monsieur Météo sur le site de la TSR !
Et on dit que la littérature n'a plus de prestige ! 

Publié par Alain Bagnoud à 08:41:18 dans Journal | Commentaires (2) |

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