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La peau, par Malaparte | 06 septembre 2007

Le Vésuve en éruption, par Pierre-Henri de Valenciennes

Des petites filles et des petits garçons de huit à dix ans vendus dans la rue par leurs mères à des soldats marocains, hindous, malgaches qui les palpent en public, relèvent les robes ou glissent les mains entre les boutons des culottes pendant que les femmes crient : « Two dollars the boys, three dollars the girls ! »

Une sirène servie cuite au dîner que le général US Clark offre à une puritaine américaine méprisante, un plat mi-fille, mi-poisson, dont les convives se disputent pour savoir s'il s'agit d'un animal ou non, et qu'on finit par enterrer chrétiennement.
Des perruques vaginales blondes fabriquées pour les femmes de Naples afin de satisfaire les goûts des soldats noirs américains qui n'aiment pas les putains brunes.
Des homosexuels mimant un accouchement dans une cérémonie venue de l'antiquité.
Le Vésuve derrière tout ça, qui finit par exploser. Et la baie de Naples, et l'Histoire, et la guerre.
On se trouve à Naples libérée grâce aux G.I. américains, qui sont bloqués à Cassino par les Allemands dans leur avance vers Rome. Des Américains généreux, gentils, simples, persuadés qu'ils ont le droit pour eux et que le bien triomphe toujours, que ceux qui doivent gagner la guerre sont les bons et les vertueux, que leurs valeurs sont justes et incontestables. Des Américains qui méprisent les Italiens, les trouvent honteux et un peu répugnants, ne comprennent rien à la complexité de leur culture et de leurs coutumes millénaires. Ils leur reprochent Mussolini et le fascisme, les voient comme des lâches et des incapables parce qu'ils ne peuvent pas se débarrasser eux-mêmes des Allemands. Au milieu de tout ça, Malaparte, Italien, ancien résistant au Duce qui l'avait condamné à la déportation et à la prison, mais profondément solidaire du peuple italien. Malaparte qui sert d'officier de liaison au Q.G. des U.S.A.
Un Malaparte visionnaire, qui décrit ce qu'il voit, mais aussi la réalité au-dessous des apparences, cette réalité complexe, historique, qui affleure, surgit, déborde, dans des scènes à la Breughel ou à la Ensor. Une réalité hallucinée, dans les villes de Naples, de Rome et de Florence où les Alliés pénètrent, aux éléments personnifiés, que l'érudition, la culture et l'imagination de l'auteur transcendent en tableaux cataclysmiques habités, débordants. Où surgissent et sont en jeu la pitié, la grandeur, la honte, l'abjection, l'avilissement, la tendresse, la fierté et le mépris, dans un décor fascinant de fin du monde.

Publié par Alain Bagnoud à 10:18:02 dans Lectures | Commentaires (4) |

Séminaire | 05 septembre 2007


Séminaire de formation, hier. Ça parle. Problématique. Psychologie cognitive. Etc. Au milieu de tout ça, l'animatrice annonce avec humour une séance interactive : « Vous pouvez maintenant poser des questions sur tout ce que vous avez toujours voulu savoir sans jamais oser le demander ». Décidément, l'été est bien fini.

Publié par Alain Bagnoud à 15:12:29 dans Journal | Commentaires (3) |

Elèves respectueux | 04 septembre 2007

Souvenir de Jules Vallès, dans L'insurgé (1886). Sur lui et son père (dont il parle sous le nom de Vingtras).Punition scolaire
 « Un jour, quand j'avais dix ans, alors que le père était pion et avait obtenu que son fils travaillât, à ses côtés, dans la chambrée des grands, un élève irrita M. Vingtras, qui leva la main et effleura le visage de l'écolier insolent.
« Le frère de cet écolier, solide, fort, déjà moustachu, qui se préparait à la Forestière, sauta par-dessus la table, et vint, à son tour, frapper le maître d'études, et le bouscula et le battit. [...] Le proviseur s'émut, et des excuses furent faites, en plein réfectoire. - Mon père pleurait. »
Une preuve encore que tout fout le camp. Au moins, à l'époque, les élèves avaient du respect !

Publié par Alain Bagnoud à 08:36:46 dans Journal | Commentaires (3) |

Bas étages, par Sylvain Boggio (D'Autre Part) | 03 septembre 2007

Pascal Rebetez continue son œuvre de découvreur. Ecrivain, homme de théâtre et de télévision, il est aussi un éditeur exigeant qui a déjà révélé plusieurs auteurs de grand Sylvain Boggiotalent. Claude-Inga Barbey, par exemple, ou François Beuchat, ou Roland Biétry, ou Eric Masserey. Enfin, consultez son catalogue.

Pascal Rebetez, donc, fait mouche encore une fois avec le premier roman d'un jeune auteur, Sylvain Boggio, né en 1975, et qui vit entre Lausanne et Berlin.

Bas étages, c'est une voix et un sens du récit au scalpel. Boggio travaille sur l'oral, sur le flux, en disciple de Céline. Disciple et pas épigone. Il a pris le parti de mettre de l'oral dans l'écrit, d'en faire un travail littéraire. S'il a parfois ici ou là de rares accents du maître, son écriture lui appartient en propre et le résultat est cohérent et touche juste.

Bas étages est composé de quatre parties (quatre étages) et utilise la forme autobiographique pour raconter l'existence d'un jeune homme, de sa naissance à la mort du père. Un jeune homme élevé dans une famille souvent recomposée.

La mère, une soixante-huitarde assumée, fume des pétards et fait défiler les hommes dont elle a parfois un enfant. Le père, plus âgé, est un alcoolique violent et jaloux qui termine finalement sa vie dans des hôpitaux psychiatriques. Le fils, Tibor Keller, se débrouille comme il peut, dans le changement incessant de camarades dus à ses multiples déménagements, dans ses obsessions sexuelles précoces, ses fumeries de shit, ses excès de bière, ses coucheries sans amour, ses hontes, sa haine de soi et sa peur de l'amour.

On a déjà entendu un peu tout ça, mais Sylvain Boggio a une manière concise, impudique et puissante de déballer ses épisodes qui retient l'attention et fait en vouloir plus. Personnellement, je n'ai pas pu lâcher le livre avant de l'avoir terminé.

Bas étages. Les plus belles promesses. On espère que les étages du haut existent et qu'ils vont nous être livrés bientôt.

Publié par Alain Bagnoud à 09:09:56 dans Lectures | Commentaires (2) |

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