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En relisant le journal de Gombrowicz | 31 août 2007

Deux thèmes essentiels chez Gombrowicz :  l'immaturité ou la forme. Deux concepts opposés mais passablement vagues au départ. Ou plutôt : ouverts.
L'immaturité est ce qui n'a pas encore de forme, ce qui est inachevé. L'adolescent par rapport à l'adulte, par exemple. Mais entre les deux existe un rapport dialectique. Image du film La Pornographie de Jan Jakub Kolski, d'après Gombrowicz
Dialectiques, l'immaturité et la maturité. Dialectiques, la forme et l'informe. Chaque concept est attiré par l'autre, désire l'autre. Cette relation crée une tension philosophique, existentielle mais aussi sexuelle, une relation ambiguë qui produit de la perversité.
Laquelle est illustrée particulièrement bien dans La Pornographie. Ce roman sans sexe explicite où deux hommes mûrs manipulent un jeune couple, rapprochent une jeune fille pourtant fiancée et une jeune brute, en voyeurs qui participent à leur liaison et les conduisent à s'unir dans un péché final: un meurtre... Une manipulation que  recherchent les deux jeunes adolescents, désireux d'être formés, dans une tension qui produit et met en jeu vice et vertu. Tout le monde étant finalement influencé et transformé par son contraire.
Le Journal montre aussi autre chose. Dans la vision de Gombrowicz, il semble qu'il n'y ait pas une totalité de l'existence, mais une suite de faits discontinus, innombrables, accablants par leur nombre. C'est peut-être ça aussi le passage de l'informe à la forme pour l'écrivain : tout ce matériel qui cherche à devenir littérature, à se frayer un passage vers la forme et à se retrouver figé dans un style - et antithétiquement, l'impuissance de l'écrit à tout englober et à donner forme à l'informe - et le désir de l'écrivain de fuir ce labeur de transformation coûteux, de se complaire dans l'immaturité, dans l'irresponsabilité, dans le flux désordonné et qu'aucune exigence ne force alors plus à transformer en littérature.

Publié par Alain Bagnoud à 08:52:25 dans Lectures | Commentaires (2) |

Au Mont Sans-Souci, par Jean-Louis Murat | 29 août 2007

Mustango, par Jean-Louis Murat              

                  



          

Publié par Alain Bagnoud à 21:38:40 dans Chansons | Commentaires (0) |

Les égouts de Los Angeles, par Michael Connelly | 28 août 2007

Les oiseaux de nuit, par Hopper, Art institute, Chicago

Ce qui m'a accroché dans ce gros livre (près de 500 pages dans la collection Points), c'est la minutie de l'enquête, la description précise de son déroulement qui commence par ce qui semble une overdose de junkie dans une canalisations d'écoulement d'eaux de pluie à Hollywood, et qui se déploie petit à petit, englobant toujours plus de gens, d'époques et de lieux, pour se terminer par la classique trahison de la partenaire-équipière-maîtresse-consolatrice du flic. Nécessairement, la femme perfide est la personne qui tire les ficelles. On connaît ça depuis Hammet et c'est un peu faible.
Mais le reste captive. Le policier s'appelle Hieronymus  Bosch. Une première référence à la peinture. Une autre est la présence d'une toile d'Edward Hopper, Oiseaux de nuits.
Harry (on l'appelle comme ça, bien sûr - figurez-vous : Hieronymus...) est un ancien rat de tunnel du Vietnam. Il devait pénétrer dans les galeries occupées par les Vietcongs et les nettoyer.
Manque de pot pour les méchants, le junkie mort était un de ses anciens camarades. Il examine attentivement le cas, conclut que ce n'est pas un suicide, et c'est parti pour un large déploiement où on trouve des tunnels creusés sous des banques, des pourris du FBI, une manipulatrice qui veut venger son frère, des anciens dignitaires du Vietnam du Sud qui prenaient leur part sur tout ce qui se passait à Saigon en fait de filles, drogues, jeu, et qui sont arrivés aux USA avec des kilos de diamants...
Michael Conelly a été longtemps chroniqueur judiciaire au Los Angeles Times. Manifestement, il sait ce qu'est une enquête et également comment on peut être efficace quand on écrit un polar. Celui-ci a eu le Prix Calibre 38 en France et l'Edgar Awards aux USA.

Publié par Alain Bagnoud à 08:59:14 dans Polars, etc | Commentaires (7) |

Calomnies, par Linda Lê | 27 août 2007

Je n'ai pu manquer de me demander en lisant ce livre s'il s'agit d'autobiographie, d'autofiction, ou de pur romanesque.
On s'en fiche ? On s'en ficherait tout à fait si le roman ne jouait pas sur ce registre, ne lançait pas le lecteur sur ces pistes, de façon réussie, parce qu'intrigante. Avec des indices qui laissent penser que tout n'est pas inventé. Des portraits à clés d'hommes de lettres parisiens, Linda Lê, par Olivier Rollerdont certains facilement reconnaissables. Une similitude entre l'héroïne et l'auteur, deux jeunes filles vietnamiennes venues en France et devenues écrivains dans la langue de leur pays d'adoption, etc.
Le thème principal est la recherche du père. L'héroïne du livre a été très liée au sien, un artiste peintre avorté, devenu paysan pauvre, et méprisé par la famille de sa femme qui ne pense qu'à la réussite matérielle. C'est peut-être pour lui, resté au Vietnam, que sa fille a coupé les ponts avec sa mère et sa parenté exilées en France.
Puis un jour, sa mère lui dit que son père n'était pas son père, qu'elle est issue d'une liaison avec un officier élégant et remarquable. Pour tirer ça au clair, elle contacte son oncle, qui a passé des années dans un asile de fous, qui travaille désormais dans une bibliothèque. Le seul membre de la famille avec qui, sans le fréquenter, elle a des affinités.
Calomnies se compose en partie d'un journal-rapport que rédige l'oncle suite à la lettre reçue de l'héroïne, en partie du quotidien de celle-ci, du récit de ses liaisons passées, de ses rencontres, le ressort romanesque étant sa crainte d'un cordonnier qui l'épie, Vietnamien comme elle, il ne quitte son échoppe où l'attend sa mère, une femme-tronc, que pour promener son grand chien noir.
Malgré l'éclatement des sujets et la diversité des techniques narratives, il y a une grande unité et une grande force dans ce livre fascinant. Dus à la sourdre puissance obsessionnelle du texte où affleurent solitude, chagrin, désespoir, entêtement orgueilleux, une certaine dureté marginale, un désir de perte, de résistance à la douceur, et une volonté de l'auteur de n'être rien, de ne pas exister autrement que par et pour l'écriture.

Publié par Alain Bagnoud à 09:59:09 dans Lectures | Commentaires (2) |

Au Touno | 25 août 2007

A cause du mauvais temps, j'ai failli rater un de mes derniers objectifs de la saison d'été. Vous aurez remarqué que je parle comme un sportif.
C'est que je me sentais presque en être un quand j'escaladais le Touno, hier, le soleil revenu. Je vous en avLe Touno en hiverais parlé déjà, du Touno, il me semble. Ma montagne magique à moi. Ma Sainte-Victoire (toutes proportions gardées). Ma cathédrale gothique de rocs dressés et d'éboulis.
1400 mètres de dénivelé jusqu'à St-Luc. En descente !
Parce que pour y grimper, j'ai pris les remontées mécaniques et il ne reste alors plus que 1000 mètres de dénivellation et trois heures d'effort.

La saison se termine. Il y avait de la neige sur les hauteurs, poudrées comme avec du sucre. Et puis tout en haut, une petite couche blanche de deux ou trois centimètres. Un bon support pour remarquer que quelqu'un était passé avant moi. Elle avait laissé son nom gravé dans la neige. Niese.
Je sais qui c'est, je l'ai croisée près du sommet, qui redescendait quand j'arrivais. Une Allemande blonde et sportive aux cheveux courts. J'aurais bien échangé quelques mots de plus avec elle mais l'étroitesse des passages de montagne ne permet pas la mondanité.
Sinon, personne. Une belle solitude dans ce lieu que j'aime, où j'aimerais qu'on répande mes cendres après ma mort.

Du moins c'est ce qu'il m'arrive de dire quand je suis un peu sentimental.
Et hier, je l'étais. Je disais adieu aux vacances.
Allez, je ne vais pas me plaindre ! Je gagne ma vie en enseignant, et vous savez ce qu'il en est...

Publié par Alain Bagnoud à 08:38:06 dans Journal | Commentaires (5) |

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