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Calomnies, par Linda Lê | 27 août 2007

Je n'ai pu manquer de me demander en lisant ce livre s'il s'agit d'autobiographie, d'autofiction, ou de pur romanesque.
On s'en fiche ? On s'en ficherait tout à fait si le roman ne jouait pas sur ce registre, ne lançait pas le lecteur sur ces pistes, de façon réussie, parce qu'intrigante. Avec des indices qui laissent penser que tout n'est pas inventé. Des portraits à clés d'hommes de lettres parisiens, Linda Lê, par Olivier Rollerdont certains facilement reconnaissables. Une similitude entre l'héroïne et l'auteur, deux jeunes filles vietnamiennes venues en France et devenues écrivains dans la langue de leur pays d'adoption, etc.
Le thème principal est la recherche du père. L'héroïne du livre a été très liée au sien, un artiste peintre avorté, devenu paysan pauvre, et méprisé par la famille de sa femme qui ne pense qu'à la réussite matérielle. C'est peut-être pour lui, resté au Vietnam, que sa fille a coupé les ponts avec sa mère et sa parenté exilées en France.
Puis un jour, sa mère lui dit que son père n'était pas son père, qu'elle est issue d'une liaison avec un officier élégant et remarquable. Pour tirer ça au clair, elle contacte son oncle, qui a passé des années dans un asile de fous, qui travaille désormais dans une bibliothèque. Le seul membre de la famille avec qui, sans le fréquenter, elle a des affinités.
Calomnies se compose en partie d'un journal-rapport que rédige l'oncle suite à la lettre reçue de l'héroïne, en partie du quotidien de celle-ci, du récit de ses liaisons passées, de ses rencontres, le ressort romanesque étant sa crainte d'un cordonnier qui l'épie, Vietnamien comme elle, il ne quitte son échoppe où l'attend sa mère, une femme-tronc, que pour promener son grand chien noir.
Malgré l'éclatement des sujets et la diversité des techniques narratives, il y a une grande unité et une grande force dans ce livre fascinant. Dus à la sourdre puissance obsessionnelle du texte où affleurent solitude, chagrin, désespoir, entêtement orgueilleux, une certaine dureté marginale, un désir de perte, de résistance à la douceur, et une volonté de l'auteur de n'être rien, de ne pas exister autrement que par et pour l'écriture.

Publié par Alain Bagnoud à 09:59:09 dans Lectures | Commentaires (2) |

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