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Dernières nouvelles sur La leçon de choses | 22 juin 2007

Une des choses intéressantes, dans les blogs, c'est que très vite, ça vous fait faire des rencontres. Virtuelles et réelles. Par exemple, au salon du livre de Genève, j'ai fait la connaissance de Joël Perino dont j'avais assidûment fréquenté les très intéressantes Dernières nouvelles de l'homme.
Joël qui a lu mon livre, Joël PerinoLa leçon de choses en un jour. Qui a la gentillesse d'en parler sur son blog. On trouve les deux articles qu'il y consacre ici : La leçon 1 et là : La leçon 2. Merci Joël.
Et tenez, pour que vous voyiez un peu mieux qui est cet auteur, je ne résiste pas au plaisir de vous citer le début de sa présentation, telle qu'on la trouve en entier si on suit ce lien:

« Vialatte se présentait ainsi : « Alexandre Vialatte, écrivain notoirement méconnu. » Je peux le paraphraser : « Joël Perino, écrivain encore moins connu. » Dans mon cas je suis tellement méconnu que je ne savais pas moi-même, que j'étais écrivain. Certain jour, j'ai encore beaucoup de peine à m'en convaincre. Quand je relis Vialatte, je comprends bien d'où me vient ce doute. Ceci dit, le seul avantage que j'ai sur lui, c'est que moi j'écris encore. J'ai même réussi à publier un premier livre en 2001 et le deuxième va sortir d'un instant à l'autre. Je vais bientôt être le seul écrivain au monde à avoir publier, à compte d'éditeur, deux livres chez les deux éditeurs français qui revendiquent Internet comme leur premier véhicule de communication. Cylibris et Manuscrit. On se distingue comme on peut... »

P.S.: Et un troisième article de Joël, La leçon 3 

Publié par Alain Bagnoud à 09:20:00 dans Journal | Commentaires (2) |

Ramuz et successeurs | 21 juin 2007

Où on reparle de C.-F. Ramuz.
Revenons un peu en arrière. Dans l'Histoire. A cette époque où Ramuz est mort, (1947) après avoir fini par dominer de façon incontestable et incontestée la littérature de son pays. (Voir les épisodes précédents.) 
A ce moment-là, il s'est passé quelque chose d'intéressant. Il a semblé à certains qu'il y avait une place à prendre. RamuzCertains, ce sont ceux qui croyaient et qui croient aujourd'hui encore à un Ramuz identitaire et incarnant un pays, ou plutôt une région, dont il serait une sorte de génie du lieu. Ceux qui pensent que son œuvre a fondé une littérature romande autonome. Une littérature qui permettrait de dire que nous, les Suisses d'expression française, nous sommes un peu différents. Que nous avons une identité propre.
Qu'il y a un royaume que Ramuz s'est taillé à coups de plume et sur lequel il a régné. Que ce royaume doit être dirigé par quelqu'un. Un barde officiel. On a donc cherché celui qui succéderait au grand homme. Il fallait deux conditions pour qu'il fût sacré : une position dominante dans le domaine littéraire en Suisse romande et une exigence littéraire dont ses textes témoigneraient.
Et ça a marché. Maurice Zermatten par exemple a été pressenti. C'est Jacques Chessex qui a finalement occupé la fonction.
Tout ça est assez amusant. On est dans l'officiel, dans le ronflant, dans le sérieux. Dans le patriotique. Mais il y a une deuxième hypothèse.

Elle nous dit que Ramuz est un génie unique. Qu'il n'incarne aucune région, aucun pays, rien que lui-même. Qu'il a inventé une langue et un contexte. Qu'il est aussi universel et irremplaçable que Faulkner ou Kafka.
Et évidemment, c'est ce que je crois...

 

(Voir aussi ici une vidéo de Maurice Zermatten interviewé par la TSR en 1961.)

Publié par Alain Bagnoud à 09:28:39 dans Lectures | Commentaires (4) |

Bientôt les vacances ! | 20 juin 2007

Le problème des loisirs est d'empêcher les autres de gâcher les vôtres.

                                                                           Oscar Wilde

Publié par Alain Bagnoud à 08:47:18 dans Citations | Commentaires (1) |

Les larmes de ma mère, par Michel Layaz | 19 juin 2007

Les larmes de ma mère est un récit d'enfance d'une grande sensibilité.
Il n'y a pas vraiment d'histoire mais des scènes liées thématiquement, organisées entre elles par une composition organique. Structurées autour d'objets tirés de l'appartement parental. Voiture, statue, mouchoir en tissu, maquettes. Scènes au passé qui alternent avec d'autres au présent, s'adressant à une femme qui semble en fait l'antithèse de la mère, une créature féroce, charmeuse, dure, annexionniste, castratrice...
Tout part du fait que celle-ci a pleuré le jour de la naissance du narrateur. C'est le troisième enfant. Il a deux frères, deux petites brutes. Deux garçons normaux, en fait, mais qui tranchent sur l'émotivité maladive du plus jeune. Lequel n'est pas ce que la mère voudrait. Après deux garçons, évidemment... Elle aimerait qu'il porte les cheveux longs, elle lui met une robe et des escarpins de petite fille.
Mais ce n'est pas si simple non plus. Il y a dans le personnage de la mère et dans sa relation au fils un refus et un mystère. Un mystère que le narrateur grandi examine et tente d'élucider, sans réussir à éclairer définitivement les greniers du passé, où subsiste la part d'ombre et l'énigme nécessaire de toute existence. 
Tout ça est fait d'une écriture très belle. Précise, évitant le pathos et, dans sa retenue, laissant s'épandre une infinie réceptivité aux choses.
Un livre qui vient de sortir en poche aux éditions Points Seuil.

Publié par Alain Bagnoud à 09:15:14 dans Lectures | Commentaires (4) |

Sixtine, par Remy de Gourmont | 18 juin 2007

Qui lit encore Remy de Gourmont ? Un très intéressant écrivain pourtant. Né en 1858, mort en 1915. Un ami de Villiers de l'Isle-Adam, de Huysmans, de Mallarmé. Né comte. Productif pendant la période symboliste dont il est un des meilleures représentants. Un des maîtres de Blaise Cendrars, qu'il a influencé fortement.Sculpture de Clesinger
Son roman Sixtine lui a été inspiré par sa passion pour Berthe de Courrières. Une femme passionnante. Elle était de proportions monumentales, chaussait du 42 et a suivi une carrière rare. Née à Lille (bonjour Lille !), montée conquérir Paris, elle est devenue la maîtresse du général Boulanger, puis celle du sculpteur Auguste Clésinger (le gendre de Georges Sand) qui avait 40 ans de plus qu'elle. Il en a fait son modèle et sa légataire universelle, ce qui lui a permis, à 30 ans, d'hériter de pas mal d'argent. Une cocotte qui a réussi, quoi !
Mais ce n'est pas terminé. Elle a hébergé ensuite Remy de Gourmont, qui l'a présentée à Huysmans. Lequel l'a utilisée comme modèle pour un de ses personnages de Là-bas.
Berthe de Courrières était attirée par l'occultisme et pas mal déséquilibrée semble-t-il. Avide de messes noires.  « 
Elle avait une passion morbide pour les ecclésiastiques, qu'elle s'efforçait de séduire par tous les moyens », nous dit Wikipédia. Ou encore : « Le 8 septembre 1890, la police l'avait retrouvée à Bruges, presque nue, à proximité de la maison du chanoine Louis Van Haecke, recteur de la chapelle du Saint-Sang et exorciste bien connu. Elle était en outre en relation avec l'ex-abbé Joseph-Antoine Boullan, interdit comme hérétique. » Elle a été internée deux fois. Un personnage de roman. Qui racontera sa biographie ?
Elle a donc inspiré Sixtine, sous-titré Roman de la vie cérébrale. De Gourmont est de ceux qui s'opposent vivement au naturalisme. Sixtine est manifestement influencé par A Rebours de son ami Huysmans. Le personnage principal, d'Entragues, est un écrivain dandy amoureux de Sixtine. L'essentiel est la littérature et rien de ce qui n'en est pas n'a de l'importance. D'Entragues analyse, théorise, comprend et n'agit pas. Sixtine sera donc enlevée par un dramaturge russe qui veut, ô horreur, « faire du théâtre une école de pitié ». Comble du désastre, ils vont à Nice !
Et d'Entragues reste tout seul avec ses introspections, ses manuscrits et son roman. Car une des originalités du texte est que le personnage rédige un roman parallèle, en miroir, influencé par les caractéristiques de sa vie.
Tout ça ne semble pas très folichon ? Si si !
Remy de Gourmont a une langue (un peu surnourrie, mais c'est d'époque), de l'ironie, un brin de perversité, le sens de l'érotisme. Sixtine est de plus une plongée dans une époque oubliée. Toute une ambiance. Celle du monde des lettres, notamment, dont il y a une description réussie. Mieux que chez Balzac, par exemple.
Quand celui-ci annonce que ses plumitifs produisent un feu d'artifice d'esprit, il a souvent le tort de les citer, et on se trouve dans des platitudes d'étudiants qui semblent à leur première cuite. Les hommes de lettres de Gourmont sont vraiment spirituels.
Un livre diversement apprécié quand même. Ecoutons Jules Renard  le résumer dans son journal :
« Ça finit, Sixtine, par la mort d'un parapluie... »

Publié par Alain Bagnoud à 08:29:23 dans ___PANTHEON | Commentaires (1) |

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