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L'Etabli | 24 mai 2007

L'Etabli. Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. C'était un établissement baba-cool. Sans alcool, à l'époque. On n'y boit pas moins qu'ailleurs, aujourd'hui, mais l'ambiance a gardé quelque chose de ces années 70. Une ambiance, un mobilier, quelques détails comme les lampes de la deuxième salle dont les abat-jours sont recouverts de tissus multicolores.
Car il y a trois salles en enfilade. Assez étroites derrière. Qui donnent un peu l'impression d'un long et large corridor. La première, où est installé le petit bar (en forme d'établi), contient surtout une très grande table rectangulaire autour de laquelle on peut se mettre à dix, quinze, plus si on se serre. Au mur, des affiches de cinéma, de théâtre...
La deuxième a de petites tables carrées à dessus rouge. Des tables à deux places devant des banquettes en cuir beige.  Ces fameuses lampes. C'est plus intime.
Je suis là, actuellement, à rédiger ce texte. Eh oui, je travaille parfois dans les cafés. Pas par pose ou pour prendre la posture, comme prétend Jean Winiger, qui rigole en disant que je joue à l'écrivain.
Mais je lui rétorque que je passe totalement inaperçu parmi tous ces étudiants à ordinateurs portables, rapports et photocopies. Il y en a ici. Juste de l'autre côté de la petite séparation entre les rangées de tables, qui supporte des flyers. Genève urban map , le Bistr'ok et ses repas biologiques, programme moaclub. Plongés dans leurs devoirs ou leurs recherches.
L
a troisième salle , enfin, est plus claire, et donne sur une grande terrasse intérieure, entre les façades d'immeuble, mais avec fresque murale.
L'établissement a du succès. Encore aujourd'hui. Plein de jeunes le soir. Une anecdote. Une de mes élèves, blonde délurée de dix-neuf ans avec un anneau dans le nez, me demande où j'habite. Elle repère l'endroit. « Pas très loin de l'Etabli », dit-elle. Je l'informe que j'y vais depuis des années. « Non », rétorque-t-elle très choquée, « c'est moi qui y vais. »
J'ai eu beau affirmer que c'était aussi mon cas, elle ne m'a pas cru !

Publié par Alain Bagnoud à 08:23:57 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (6) |

Les cahiers Mendel par Roland de Muralt | 23 mai 2007

Les cahiers Mendel est un roman à l'écriture solide et chaude dont l'histoire traverse la première moitié du XXème siècle.
Elle commence avec des parents juifs arrivés en France en 1899. Il est ouvrier tailleur, elle couturière. Ils ont six enfants.
Quatre garçons. Elias, un poète qui connaît Apollinaire, cesse d'écrire et meurt dans les tranchées. Avraham, qui croit au communisme, quitte la France en 18 pour l'URSS où il est bientôt condamné à trois ans de camp avant de se noyer dans une tentative de fuite. David, épileptique, inventeur d'histoires drôles. Et Nathan, le seul qui réussisseApollinaire, Picasson, Laurencin, Fernande Olivier par Marie Laurencin socialement. Puissant dans les entreprises et partisan de de Gaulle.
Ces garçons ont deux sœurs. Zénia la putain et Hannah la mystique. Zénia aux nombreux amants entre Alexandrie et Paris, lascive, la peau couverte de vers de Rimbaud, directrice sous l'occupation d'un bordel d'éphèbes pour vieilles et pour pédés. Hannah la mystique convertie au catholicisme, lectrice de Jean de la Croix, de Maître Eckart et de Hildegarde de Bingen.
Il y aurait eu de quoi faire une saga bigarrée avec toutes ces existences. Heureusement, de Muralt évite le piège. Une constante sert de fil rouge, d'unité et de conclusion au livre : la certitude que la langue, le récit, la poésie sont les seuls remèdes efficaces contre la mort, le chagrin, la barbarie, les camps. Plutôt que s'étaler, le roman procède par de courtes scènes lacunaires, ancrées sur des thèmes récurrents : lyrisme, érotisme, mystique (là, quelques passages que je trouve un peu dissertatifs, parfois. Mais tout le reste est très réussi.)

Publié par Alain Bagnoud à 10:28:26 dans Lectures | Commentaires (1) |

Elles chantent... Barbara, au Théâtre Le Poche | 22 mai 2007

Le spectacle auquel j'ai assisté hier soir m'a rappelé que j'ai vu Barbara sur scène. C'était dans les années 80, quand je m'occupais de la chanson au Journal de Genève.
A l'époque, je m'attendais d'après certains clichés personnels à voir arriver sur les planches une dame languissante tout en noir, blessée, retenue, toute prête à se pâmer et à s'évanouir.
Pas du tout ! C'était quasiment une bête de scène ! BarbaraD'une énergie ! Martelant ses pianos, arpentant le plateau à grandes enjambées dans ses fameux pantalons à pattes d'éléphants. Mais toujours juste. Sans jamais en faire trop.
Tout le contraire d'hier.
Quand on rajoute de grosses doses de théâtralité à des chansons qui sont déjà très chargées en elles-mêmes, on arrive à un résultat bizarre. Au Poche, ces dames sur scène n'ont pas lésiné sur le pathétique. On se serait souvent cru dans une tragédie classique. Ou plutôt dans un de ces pastiches, vous savez, de ceux faits par des comiques. Décor minimal, du noir, des mimiques poignantes, de l'emphase, des poses dramatiques exagérées et longuement tenues, des interprétations outrancières. 
Bref, je n'ai pas goûté le spectacle, pas du tout.
Les autres spectateurs si, manifestement, puisqu'ils lui ont fait un triomphe.
C'est une aubaine. Ça va me permettre de plagier une célèbre phrase de Marcel Achard : le public a aimé, il était bien le seul ! 
Et, tenez, une petite chanson pour se souvenir.

                                      

Elles  chantent... BARBARA, avec Bérangère Mastrangelo / Margarita Sanchez, Théâtre le Poche, 21 mai - 3 juin 2007

Publié par Alain Bagnoud à 00:04:35 dans Chansons | Commentaires (5) |

Sarkozy et la droite décomplexée | 21 mai 2007

Vous avez vu que tout le monde a tourné sarkozien, ici comme ailleurs.
Notez bien que je ne me berce pas d'illusions : l'autre aurait été élue, tout le monde serait royalien. Comme tout le monde a été résistant en 45.
Mais enfin, c'est Sarkozy. Et avec lui, le triomphe d'une nouvelle droite : la droite décomplexée. Vous en êtes ? Sarkozy
Pas moi, je vous rassure. Dès qu'il y a un consensus si bien établi, porté par tous, les médias, les intellectuels, l'économie, la politique, la majorité silencieuse, je me méfie. 
C'est mon côté anar, d'accord, je veux bien. Quoique, pour répondre à une question d'un commentateur (le 7 mai), je ne me qualifierais pas d'anarchiste. Je n'ai aucun titre pour mériter cette appellation. Aucune action à mon palmarès.
Ou alors des actes à la Brassens : « Je suis anarchiste au point de toujours traverser dans les clous pour ne pas avoir de problème avec la maréchaussée. »
Mais vous pouvez voir en moi un lecteur de Stirnerfasciné par sa prose et ses idées. Cette volonté d'expurger l'individu de tous les discours dominants et de fonder la société sur des associations libres et résiliables quand elles ne nous conviennent plus. Et puis quand même, il me semble que s'il y a bien quelque chose qu'il faut cultiver, ce sont les contre-pouvoirs.
Et là, avec M. Sarkozy, il va y avoir du travail !

Publié par Alain Bagnoud à 08:48:14 dans Polémique | Commentaires (7) |

Postulats officiels de la nation | 20 mai 2007

Remy de Gourmont, dans Le Latin mystique (1892), parle des "postulats officiels de la Remy de Gourmontnation résumés en une vocifération vers un paganisme scientifique et confortable".
Et de citer ces postulats : "déification de la nature, de la science, de la force, de l'argent, de l'hygiène, culte de l'enfant, du petit soldat et de la gymnastique, etc."
Il n'y a que le "culte du petit soldat" qui ne fait plus écho aujourd'hui. Pour le reste...

Publié par Alain Bagnoud à 10:15:18 dans Polémique | Commentaires (3) |

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