
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Terrasses. On me demande mon avis. Si si. Des gens que j'ai rencontrés au Terrier, après que certaines des Opinions de Jérôme Coignard y ont délicieusement été lues par Claude Goy. Vous savez, Coignard, ce personnage qu'Anatole France a inventé en 1893. Un gros abbé du XVIIIème siècle, qui exprimait les idées de l'auteur sur le monde et la politique. C'est un aimable sceptique un peu tiède, laïc, humaniste, éloigné des idéologies. Fin rhétoricien.
Nous nous demandions, ensuite, avec quelques personnes du public (car Le Terrier, c'est aussi le dernier salon où l'on cause), pourquoi Anatole France avait d
isparu. Marcel Cottier (un des animateurs du lieu) accusait les surréalistes d'avoir définitivement démoli le bonhomme. Le fameux pamphlet d'Aragon, vous vous souvenez ? « Avez-vous déjà giflé un mort? »
Il y avait d'autres causes peut-être, disait-on. Son écriture est abstraite, classique, peu visuelle. L'Histoire lui a donné tort. Anatole affirmait, en gros, que tous les régimes politiques se valent, qu'il faut s'occuper de ses affaires privées, et le nazisme et le communisme ont prouvé le contraire...
Bref, après les considérations élevées, dans cet apéro-grignotage qui suivait la lecture, on est passé à des choses plus terre-à-terre. Quelqu'un qui visite de temps à autre ce blog m'a reproché de ne pas continuer ma recension des cafés de Plainpalais.
C'est vrai. Je présente mes excuses. Je promets de m'amender. On ne perd rien pour attendre. Puis, comme je me suis en somme auto-proclamé petit spécialiste de ces choses-là, on m'a demandé quelles sont les terrasses que je conseille. Opinion personnelle, on est d'accord.
Eh bien, je dirais que ça dépend des heures et des moments. Le matin, pour le petit noir et la presse, celle du Café de la Radio est parfaite. Je parle de celle qui donne sur le boulevard Carl-Vogt (il y en a une autre rue de l'Ecole-de-Médecine).
Tiens, d'ailleurs c'est l'heure, je vais y aller.
Publié par Alain Bagnoud à 08:38:52 dans Journal | Commentaires (3) | Permaliens
ux, attirant par au moins un aspect, digne d'être vu et décrit.Publié par Alain Bagnoud à 10:36:49 dans Proust | Commentaires (3) | Permaliens
Ramuz, donc, était un anarchiste de droite et un révolutionnaire. Pour l'anarchiste de droite, la discussion reste ouverte. En tout cas dans la définition précise qu'en donne François Richard. Pour le révolutionnaire, non. (Mais je parle ici du champ littéraire, qu'il a bouleversé...)
Un révolutionnaire reconnu. Rappelez-vous que de son vivant, il publiait chez Grasset. Que la parution de ses livres donnait lieu à des débats esthétiques passionnés. Que Claudel défendait en lui un « très grand romancier » « plein de génie et d'imagination ». Qu'il participait à ce mouvement global que Jérome Meizoz a appelé dans sa thèse de doctorat L'Âge du roman parlant (1919-1939), mouvement qui englobait d'autres auteurs comme Céline, Giono, Cendrars, etc.
Un révolutionnaire original. Il fallait aller loin pour trouver ses modèles puisqu'il se réclamait, selon ses propres dires, d'Eschyle et de l'Ancien Testament. La structure de la tragédie et la langue imagée de la Bible.
Une influence évidente sur ses premiers textes en tout cas. Dans Aline et Les circonstances de la vie par exemple (et je ne parle pas des thèmes bibliques).
Mais s'il a perdu de son audience, c'est notamment parce qu'en Suisse, ce novateur a été institutionnalisé. C'est ce qu'explique Stéphane Pétermann (dans A contrario). On peut voir ça d'abord en suivant sa carrière. Pendant sa vie, Ramuz a reçu des bourses et des prix toujours plus importants. Ça a suivi dans sa réception publique : depuis les années 30, il a été récupéré par la droite conservatrice et patriote.
Sa mort, explique Pétermann, marque le début d'une « officialité encombrante ». Du coup, son œuvre devient locale. En Suisse, elle se transforme en monument national, rapatrié après la guerre de 39-45.
Et elle fonde en même temps la littérature romande.
C'est que Ramuz a inventé une langue personnelle en se basant sur la musique orale de sa région, traité pour la première fois des thèmes nouveaux dans un contexte nouveau. Ceux du paysan romand et de son environnement. Et sans modèle direct. Bien sûr, il a vaguement et passagèrement assumé la tradition naturaliste (dans La vie de Samuel Belet, ou Aimé Pache peintre vaudois).
Mais quel renouvellement là aussi !
Publié par Alain Bagnoud à 10:21:35 dans Lectures | Commentaires (5) | Permaliens
Boulgakov se venge.
On connaît son destin, qui est à faire pleurer. Surveillé par les bolcheviques, objet d'une cabale effrénée à cause de sa pièce La Garde blanche, finalement réduit au silence. Un silence dans lequel il a écrit Le Maître et Marguerite sans espoir de le publier jamais.
Inspiré par le Faust de Goethe, il met le diable et sa suite à Moscou, dans les années 30, et ça crée un désordre d'abord délicieux. Le Malin punit les mauvais poètes et les maris désagréables, rend fous les fonctionnaires russes, remet les amoureux ensemble, redonne leur vraie valeur littéraire et sociale aux textes des écrivains humiliés, moqués, dépréciés, et confond les sceptiques et les athées.
Le Diable, c'est Woland, un magicien. Sa suite, un chat noir, un tueur, une sorcière nue, une goule...
Le Maître, lui, est un écrivain qui a subi, comme Boulgakov, le dénigrement et le rejet, à cause d'un roman sur Ponce Pilate et le Christ. Il finit dans un hôpital psychiatrique. Marguerite, sa maîtresse, devient grâce au diable une sorcière, chevauche un balai, gambade nue avec sa domestique Natacha, préside un bal de minuit donné le vendredi saint. Un bal où tous les monstres de l'humanité apparaissent. Un bal qui fait écho au livre du Maître, puisqu'il se passe le même jour, de l'année. En récompense des actions méritantes de Marguerite, le Maître est libéré et finalement, il quitte Moscou avec elle.
Je résume. J'ai un peu de peine. C'est assez embrouillé ? Oui, oui, j'ai eu finalement cette impression. Il y a de la fantaisie, beaucoup de fantaisie, un peu trop pour moi au bout d'un moment. Car le texte est long. L'intrigue foisonnante. Les épisodes se multiplient dans des styles différents...
Quoi, Le Maître et Marguerite ne serait pas le chef-d'œuvre annoncé ? Un texte d'une richesse infinie, avec une multiplicité de lectures possibles ? Si si, je veux bien. On le dit, on le clame. Pourquoi pas ?
Publié par Alain Bagnoud à 09:14:16 dans Lectures | Commentaires (3) | Permaliens
C'est un charmant petit café alternatif, dans le quartier des Grottes à Genève. La Galerie. Au 13 rue de l'Industrie.
De la rue étroite, quelques marches irrégulières mènent à une terrasse entourée de verdure. Au rez-de-chaussée, la salle avec son beau bar et ses tables en bois. Un escalier un peu raide mène au premier, une salle qui propose des expositions et où se tiennent les mercredis soir à 19 h les séances des Lectures publiques.
Le principe est simple et, disons, démocratique : le
s auteurs s'inscrivent auprès de l'association et lisent eux-mêmes un texte inédit qu'ils ont écrit. Ça dure environ 45 minutes. Une manière de vérifier la relativité du temps. Ça dépend des écrits et des écrivains.
Hier, Bernard Antenen lisait Le ruban d'amour, un fantasme documenté. Une rencontre du narrateur avec deux femmes. Une beauté africaine qui lui raconte son amour perdu. Et l'héroïne du Cantique des cantiques. Un bon texte.
Il faut dire que Bernard Antenen n'est pas un débutant. Deux romans aux Editions de l'Age d'Homme. Le manteau du Père Noël.Et D'un siècle lointain.
Le 2 mai, les Lectures Publiques accueilleront Julien Dunilac. Le 9 mai Regina Sette. Peut-être des surprises heureuses. Peut-être une manière de découvrir, par la fenêtre, les mille petits détails irréguliers de la façade en face.
Et après, on descend au café, on s'attable, on parle du texte ou d'autre chose avec ceux qui sont là. Des gens parfois illustres. Hier au soir, par exemple, il y avait le déjà célébrissime Jean Winiger. Oui, je l'ai vu de mes yeux vu, je lui ai parlé. Eh bien, j'ai le plaisir de vous confirmer qu'il est resté très simple et très modeste.
Publié par Alain Bagnoud à 09:00:37 dans Lectures | Commentaires (4) | Permaliens
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