JUSTE PARU
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LA TRILOGIE
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
Ceux qui viennent régulièrement ici connaissent déjà bien mon ami Jean Winiger. Ont entendu parler de notre livre commun, Les Epanchements indélicats (épuisé hélas). Connaissent son goût pour Ellroy. Nous ont suivi dans des concerts. Savent qu'il chante très bien.
Passons au stade supérieur. Son livre, Les Poupées du froid. Un roman d'une intensité et d'une singularité rare. Avec une écriture dense et forte. Comment faire connaître une écriture ? Mais en la citant, bien sûr. Donc, pour commencer, voici le début des Poupées du froid. On en reparlera.
Encore, ce visage sale se crispe et se fige dans le froid. Noires, les dents rares apparaissent dans la grimace que voile l'haleine. Puis la bouche fuit; vers le bas comme si elle s'écoulait, comme si elle s'était mise à fondre brusquement. Alors tout le corps suit la bouche et la masse lourde s'écroule dans la neige, face première. Le froid, un instant troublé, s'installe à nouveau...
Et puis, un cri. Le corps écroulé se retourne, s'agite, secoué de frissons qui deviennent soubresauts. la tête tape, tourne à gauche puis à droite, le visage se couvre de bave verdâtre bientôt gelée. Et tout le corps se redresse. Les yeux roulent au-dessus du nouveau cri que la bouche libère.
- Deux, deux, dit-il. Avec des perches. Non ! Non !
Et dans le cri qui recommence, le corps s'en va, courant; s'effondre et se relève. Finit par disparaître en emportant sa peur. A son front coule un peu de sang, que le froid semble aussitôt durcir.
Pourtant il n'y a rien, sur cette plaine où s'éloigne le corps cassé, rien que le froid qui engloutit le cri...
Publié par Alain Bagnoud à 13:44:29 dans Lectures | Commentaires (3) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 09:16:23 dans Journal | Commentaires (3) | Permaliens
Salut à Chermignon ! C'est là d'où je viens. Ma commune d'origine, dont c'est aujourd'hui la fête. La Saint-Georges. Un grand jour. Un jour férié, avec nombreux défilés solennels dont le plus important va vers le pré des Girettes et est ouvert par un cavalier représentant Saint Georges, vêtu comme l'Empereur Napoléon, suivi par les grenadiers de sa garde et les petits
soldats. Des garçons de l'école primaire militarisés par une baïonnette et le képi d'un aïeul. Et les deux fanfares communales qui mènent les autorités. Et les porteurs de pain avec de grands paniers plats.
Pourquoi ce pré ? Eh bien, en 1640, un nuage de peste noire avait surpris un Chermignonard qui le fauchait. Enveloppé par la nuée mortelle, Ointzo (car il s'appelait Ointzo) avait fait vœu de distribuer du pain à tous chaque année à la même date s'il réchappait du mal dont il sentait déjà les atteintes.
Il avait guéri, tenu parole et fait ensuite une donation à la commune afin qu'elle perpétue la coutume après sa mort. D'où cette fête, qui superpose aussi d'autres traditions comme les couches d'un mille-feuilles.
Commémoration du saint qui avait terrassé le dragon. Glorification de communautés paysannes médiévales qui avaient arraché leur autonomie à la noblesse locale. Souvenir des soldats mercenaires qui s'étaient vendus à des barons, à des ducs, à des princes-évêques, à des rois, des papes, des empereurs, dans toutes les armées d'Europe, du Moyen-Age jusqu'à Napoléon. Rappel du clivage historique entre les fanfares et les partis de famille (les Blancs et les Jaunes), tous de bons Chermignonards, mais les nôtres un peu plus que les autres.
Le point culminant de la journée est le discours de l'après-midi, aux Girettes. J'y pense comme à une chose personnelle : j'ai eu l'honneur de le dire, l'année passée. Bien sûr, je ne raffole pas de ce genre de choses. Mais c'était une manière de rendre hommage à mes parents qui étaient là.
Et puis, comme on peut le penser après, par exemple une année plus tard, avec le sentiment du devoir accompli : " Bon, ça, c'est fait !"
Publié par Alain Bagnoud à 11:13:22 dans Journal | Commentaires (4) | Permaliens
Proust incite, en fait, à apprécier mieux la vie. A en tirer tous les petits plaisirs. A l'instar, par exemple, de la tante Léonie.
Elle a une existence diminuée, elle vit dans deux pièces, ne sort jamais, mais la visite dominicale d'Eulalie, la commère, est un tel plaisir qu'elle se sent mal au coup de sonnette s'il s'est
trop fait attendre. Le moindre petit écart dans la mécanique du village, qu'elle observe par la fenêtre, est un événement. Madame Goupil est en retard pour la messe. Arrivera-t-elle avant l'élévation ? Un chien passe, et elle ne sait pas à qui il appartient. Il faut vite se renseigner. Discussions passionnées avec Françoise qu'elle envoie à l'épicerie acheter pour deux sous de sel, prétexte à la mission de rapporter l'éclaircissement.
Mais si Proust s'amuse un peu des manies et de la vie minuscule de Léonie, c'est toujours sans méchanceté, avec affection. Léonie est une sage, elle sait goûter toutes les saveurs de sa petite vie. Faire des moindres événements quelque chose d'excitant. Elle vit en fait avec intensité. Pour ceux qui en douteraient : « Trop prolongée, cette volupté d'attendre Eulalie tournait en supplice... » Volupté, supplice dans cette petite impatience. Qui fait mieux ?
Publié par Alain Bagnoud à 10:16:08 dans Proust | Commentaires (3) | Permaliens
"Tout est valable même les fantaisies les plus absurdes, même les formules les plus répulsives, aussi longtemps qu'elles trouvent des partisans pour les appliquer volontairement, sans prétendre y obliger les autres, aussi longtemps qu'elles ne font loi que pour ceux-là seuls qui se sont librement associés à eux. Rien n'est valable du moment qu'il s'agit de devenir règle pour tous."
William Godwin
(1756-1836)
Et ça continue à débattre ! Ici et ici. Et ce n'est pas fini !
Publié par Alain Bagnoud à 11:29:44 dans Citations | Commentaires (3) | Permaliens
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