Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

La mort est mon métier, par Robert Merle | 26 mars 2007

 Les Bienveillantes m'a déjà fait lire Robert Littell, et voici qu'il m'entraîne chez Robert Merle. Deux Robert. On évite les jeux de mots douteux, d'accord ?
Merle a pris la vie et l'œuvre de Rudolf Hoess, le directeur d'Auschwitz, pour en faire un roman. Ça s'appelle La mort est mon métier. Mais l'entreprise n'a rien à voir avec celle de Jonathan Littell. Ces deux auteurs me rappellent Jacques le Fataliste et son maître. D'un côté la complexité, la richesse, l'interprétation, l'attention au corps, au sexe, au sens. De l'autre un esprit simple, mécanique et superficiel.
Merle est comme tout le monde, il veut comprendre ce qui s'est passé, expliquer l'inexplicable. Alors, il établit une démonstration. Il utilise la raison. Il vise à expliquer logiquement que Lang soit devenu ce qu'il est devenu.
Ça commence à l'enfance avec un père qui traite sa famille de façon militariste. Ce père tourmenté a fauté à Paris avec une femme, il décide de prendre sur lui les péchés de sa famille, instaure la terreur à la maison et décrète que le fils sera curé. Quand il meurt, Lang remplace ce carcan par l'armée et Dieu par l'Allemagne. Puis le carcan militaire par celui des SS et l'Allemagne par Hitler. Et son papa par Himmler. Toujours dans l'obéissance et sans états d'âme, sans amour et sans haine.
C'est d'une logique sèche et parfaite. Une trajectoire dont chaque geste, chaque fait vise à expliquer comment il est amené à finalement exécuter deux millions et demi de Juifs à Auschwitz, dans des scènes dont la simple description provoque bien évidemment l'horreur.
Le problème est que tout est récupéré dans ce texte, tout sert à quelque chose, tout est organisé. Résultat : Lang semble une mécanique. Il n'a aucune chair, aucune âme. C'est un automate et pas un homme. Il n'y a rien d'irrationnel en lui, presque aucun sentiment. Le personnage semble complètement faux et tout à fait à la surface. Un androïde complexe, certes, mais inventé pour une expérience dont le résultat est déjà connu.
Le contraire exact de Littell, qui, dans les mêmes circonstances, avec les mêmes faits, crée un personnage (Aue) compliqué, qui aspire à l'idéal de maîtriser son irrationnel et d'en arriver à ce détachement que Lang montre avec une facilité incroyable. Aue, lui, n'y parvient pas. Ça remonte et ça déferle malgré lui, en lui, dans son corps et ses actes. Sa rationalité est perturbée par un affect qu'il renie. Le résultat est infiniment plus fort, et plus fortes aussi l'épouvante et l'incompréhension qu'éprouve le lecteur.

Publié par Alain Bagnoud à 10:00:26 dans Lectures | Commentaires (8) |

La nunuche du jour | 25 mars 2007

Ca peut rendre agressif d'être complètement privé de vie, d'avoir l'écriture qui gangrène tout le reste, en dehors des moments de joie ça peut rendre triste.

                                                             Christine Angot (Quitter la ville)


(Et en dehors des moment de tristesse? Ca peut rendre joyeux?)

Publié par Alain Bagnoud à 10:33:49 dans Citations | Commentaires (6) |

Reportage au symposium | 24 mars 2007

Ne reculant devant aucun sacrifice, comme on dit plaisamment (mais ici, c'en était vraiment un), nous sommes allé pour vous au symposium du 23 mars. A la table ronde, plus précisément. Sur l'enseignement du français. Où nous avons appris des choses parmi des discours bien rôdés. Tiens, on les passe en revue. Toute cette concentration. Autant en faire quelque chose.

Il y avait Pierre Maudet, d'abord. Un jeune politicien radical, qui est président de la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse. 
Pour lui rien n'a changé, et tout a changé. Formule plaisante. Un politique. On se plaint depuis toujours des juniors qui ne savent plus rien, affirme-t-il. Et de citer Socrate qui fulminait parce que les ados n'avaient plus de vocabulaire.  Lycéens vus par Philippe TastetUn classique. Et puis, continue-t-il, tout a changé.

Il indique, information intéressante, que jamais les emprunts de livres dans les bibliothèques municipales n'ont été aussi importants, particulièrement dans les rayons pour jeunes. Ensuite, il y a les supports électroniques. Revitalisation de l'écriture (c'est son opinion, notez que je suis un simple sténographe). Il ne se formalise pas des modifications qui surviennent là-dedans, en ponctuation et phonétique. Une simple réappropriation du français. Une expressivité nouvelle de la langue. Bien.

Elisabeth Baume-Schneider, ensuite. Ministre de la formation du Jura. Socialiste Elle attaque en disant qu'il est faux de dire que l'école fabrique de plus en plus de nuls. Les capacités sociales se sont élevées. Etc. Des propos de ministre. Charmante au demeurant. Bon, elle semble décidée à se pencher sur le problèmes concrets, c'est bien.

On passe à Bernard Schneuwly , professeur à l'uni, sciences de l'éducation. Un pédagogue. Un pédagogiste. On écoute quand même.

Il affirme que dans les 60 dernières années, le niveau général de formation a augmenté, les jeunes lisent plus et écrivent mieux. En même temps, il y a un accroissement des exigences qui expliquent les difficultés de certains.

Et les réformes dans l'enseignement, ces catastrophes ? Eh bien, dit-il, les réformes drastiques n'existent pas. Les profs se les approprient, les adaptent, les interprètent selon leur personnalité et leur sensibilité. Il fait bien son travail, Schweuwly. Un vrai pro. Et de qualifier les attaques anti-réformistes de purement idéologiques.

Voici donc, dans le rôle de l'idéologue, Suzette Sandoz, professeur honoraire de l'université de Lausanne. Longue carrière politique au parti libéral. Un peu isolée. Les méthodes nouvelles, accuse-t-elle, provoquent une vraie destruction du cerveau. Je ne me moque pas de ce qu'elle a dit, je la cite. J'ai tout bien noté. Ses étudiants par exemple ne comprennent pas les consignes, ne savent pas développer leur pensée. Il y en a de bons, comme toujours, dit-elle, mais ça s'est dégradé parce que le nombre de gens qui font des études s'est élevé.

Et vient le temps des interventions. Dont celle de JJT. JJT, c'est mon collègue à moi. Il était là, fidèle au poste. Il a parlé des masses nouvelles d'élèves qui arrivent et du fait qu'un prof doit désormais être aussi un éducateur. Puis d'autres personnes, en poil à gratter ou dans le sens du poil.

Enfin, Marinette a conclu, en distribuant les bons et les mauvais points. Bravo, Marinette. C'est pour toi que j'étais allé là-bas. Je n'ai pas été déçu. Tu as été parfaite !
Et vous avez une idée de ce qui s'est dit.
La bonne nouvelle que je retiens est celle des bibliothèques municipales. Je suis moi-même un assidu des bibliothèques municipales. C'est grâce à moi, Maudet, que les emprunts augmentent. Alors, qu'est-ce qu'on dit ?

Publié par Alain Bagnoud à 10:11:12 dans Journal | Commentaires (7) |

Commentaires | 23 mars 2007

Et on me signale qu'on ne peut plus poster des commentaires sur ce blog. C'est déjà arrivé. Puis ça se débloque. Pourquoi? Je ne sais pas. Soyez patients.

Publié par Alain Bagnoud à 15:35:03 dans Journal | Commentaires (7) |

Butin, par Yves Laplace | 23 mars 2007

Autant le dire tout de suite, je trouve que le travail littéraire d'Yves Laplace est parmi ce qui se fait de plus intéressant par ici (à Genève). Autant le dire tout de suite, je trouve que dans Butin, il se fourvoie.
On y retrouve Bernard Seigneur, la Bernouille, le cousin du narrateur, son double inversé. Celui qui prenait toute la place dans L'Original.
C'était un long monologue. Ici ça dialogue. Avec le narrateur qui a pas mal de traits d'Yves Laplace. Le texte prend ainsi un peu l'apparence d'une auto-fiction, avec clés tout à la fin du livre, données de façon retorse au moment où Laplace affirme qu'il s'agit d'une pure fiction. Pas de problème. L'auto-fiction, c'est un genre à part entière, c'est même assez à la mode. Ce n'est en tout cas pas moi qui lui jetterai la première pierre.
Yves LaplaceLe narrateur a vécu l'amour fou avec une jeunesse, poétesse et libertinesse (c'est pour l'allitération), il a été largué au profit d'un confrère, il a du mal à s'en remettre. Bernard, lui, est un proxénète ravi, aide-infirmier dans un asile, sinon entretenu par sa femme malgache, et prêt à mettre au boulot la petite sœur d'icelle. Ils font un peu les bordels d'Asie. Enfin, Bernard propose au narrateur sa femme, pour le consoler.
Il y a du sexe, ça oui. Avec les petites putains asiatiques, avec les légitimes, avec les femmes que le narrateur drague sur Meetic. Ce n'est pas du porno, mais comme dans le porno, on cherche l'intrigue, ça tient quelques minutes, puis on se lasse. Ça tourne en rond. L'opposition amour fou-sexualité de consommation ne tient pas longtemps. On regrette les tout bons Laplace. La réfutation, par exemple. Ou On. (Oui oui, c'est le titre.)
Enfin, c'est personnel. Mais moi, La réfutation, On, c'est ceux que je trouve bons (là, c'est une assonance).

Publié par Alain Bagnoud à 08:41:23 dans Lectures | Commentaires (2) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| >>

Rechercher

Archives

Compteur

Depuis le 14-09-2006 :
6211013 visiteurs
Depuis le début du mois :
31172 visiteurs
Billets :
1228 billets

FreeCompteur Live

libstat


statistiques

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03