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Antonin Moeri (2) | 02 mars 2007

Voici donc, comme annoncé, un article que j'avais publié sur Antonin Moeri. Il y a déjà belle lurette : le 19 décembre 1991. C'était dans le Nouveau Quotidien. Grand moment pour moi : j'entrais ainsi dans la critique littéraire. Aussi, je m'étais appliqué. Voyez plutôt :  

Antonin Moeri, écrivain romand, est un personnage: en même temps déphasé, perdu, et très sûr de lui. Observant choses et gens de son œil bleu et candide, retenu, puis sortant son carnet noir pour y noter quelques portraits ironiques, cruels et drôles. Sans se soucier moerides lieux ni des gens. Sûr de lui, sûr de son écriture, il a de quoi l'être puisque, à 38 ans, cet auteur a gagné le Prix de la revue [vwa], le Prix Schiller, et l'Université de Genève lui consacrera un séminaire l'an prochain, rien de moins. Traducteur de l'allemand, il s'est occupé du Journal d'adolescent de Ludwig Hohl qui sort cet automne chez Zoé. Et L'Age d'Homme publie ces jours le dernier roman d'une trilogie commencée il y a six années : Les yeux safran. Un livre court, cinglant, qui s'impose comme un souffle neuf et fort dans la littérature        Moeri par H.Tappe
romande.
Le lecteur y retrouve un narrateur étrange, tête ronde à lunettes, maigre, ahuri, souffrant de pneumonie et d'hyperhidrose. Le même qu'on croisait déjà dans Le fils à maman et L'île intérieure. Un personnage maladroit, mal à l'aise en société, en conflit avec les objets. De cette incapacité, il tire un plaisir : être le jouet des circonstances et des choses le réjouit. Masochisme ? Pas seulement. L'insécurité le pousse à un délire verbal qui provoque en lui un plaisir trouble.
Monsieur Antonin : tel est le nom dans quelques nouvelles de ce curieux bonhomme. C'est, on l'aura compris, le double de Moeri. Leurs points communs ? Une certaine ressemblance physique. Quelques maladies. Tous deux se sentent parfois « comme un scarabée ou quelque chose de monstrueux. »
Et ils ont joué professionnellement la comédie, avec plus ou moins de succès : Monsieur Antonin est un acteur raté. Moeri, lui, après le bac, suit les cours d'art dramatique de l'Ecole de Strasbourg. Immédiatement après, le rôles pleuvent. Il joue dans Timon d'Athènes de Shakespeare, monté par Peter Brook aux Bouffes-du-Nord. Ciulei, un roumain, l'engage à Chaillot pour Elisabeth I de Paul Foster. A la Comédie de Genève, il a le rôle d'Alwa dans Lulu de Wedekind, monté par Henri Ronse en 1978. Pourtant il arrête.
 

Pour quelles raisons arrête-t-il ? Suspense. On le saura un de ces jours. L'article étant un peu long, je vais en donner la suite plus tard. Ça fera un petit feuilleton, pourquoi pas ?

Publié par Alain Bagnoud à 08:51:52 dans Journal | Commentaires (2) |

Du genre de La Métamorphose | 01 mars 2007

Question d'un lecteur. (Un de mes élèves, sans doute. Nous étudions le texte en classe. D'où les commentaires, je suppose) La Métamorphose est-il un récit fantastique ? Non. Définitivement. Sans aucun doute. Vous voulez me taquiner ? Mais je vous l'ai expliqué, petit coquinou !
Pourquoi ? Je répète. On est attentif. La transformation initiale ne respecte pas les lois du genre. Le fantastique doit préparer le lecteur gentiment, lui fournir des indices, progresser petit à petit, avant qu'un fait inconcevable ne se produise. Et alors, on s'interroge, on hésite. Est-ce que c'est possible ou non ?
Kafka, au contraire, nous met devant une évidence. Il ne la prépare pas et le lecteur ne se demande pas si cet extraordinaire est possible. Il accepte tout de suite que Gregor soit transformé en cafard (comme Gregor lui-même, d'ailleurs).
kafka métamorphosePuis tout de suite après, l'esthétique de La Métamorphose devient quasiment naturaliste. C'est en quelque sorte une étude à la Goncourt ou à la Zola. Il y avait une famille normale. Puis des « 
modifications des circonstances et des milieux » (Zola).
Et la question :
comment peut réagir cette famille lorsqu'un de ses membres devient un monstre - quel que soit le sens qu'on donne à ce mot ?
On a parfois prétendu que la transformation de Gregor était symbolique et le récit allégorique. Ça a donné lieu à de nombreuses interprétations, toutes plus amusantes les unes que les autres.
En réalité, si on veut vraiment classer le texte dans un genre littéraire, La Métamorphose serait, disons, un récit surnaturel. Avec des oscillations narratives vertigineuses entre un narrateur froid et  le récit intérieur de l'insecte.
C'est en lui que se réfugient l'humanité, l'esprit, l'âme, les sentiments. Paradoxal. Du côté de la famille, il n'y a plus que de la chair, du conformisme et des traditions. La confrontation entre ces deux mondes est servie par un humour noir irrésistible et des descriptions de gesticulations des personnages qui prédisent le dessin animé. Et des thèmes chers au XXème siècle. La haine de l'autre, le dégoût de la famille, la tentation de l'enfermement, la faute et la condamnation.
Allez, on travaille tout ça à la maison !

Publié par Alain Bagnoud à 09:00:30 dans Lectures | Commentaires (15) |

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