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La Métamorphose, par Franz Kafka | 23 février 2007

Quand on ouvre le livre, tout est fait. « Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin, au sortir de rêves agités, il se trouva dans son lit métamorphosé en un monstrueux insecte. »
Le brave garçon accepte tout de suite cet état de fait. Il vivait une vie tellement insupportable ! Exploité par un patron exigeant chez qui il travaillait pour rembourses la dette de son père. (Ah ! Franz et le papa Kafka. Il s'appelait Hermann !) Roulé par sa famille qu'il entretient et qui fait des économies sur son dos. (Le père, la mère, la sœur, double de la famille K.) Hanté par le devoir et l'amour des siens. Privé de sommeil. Sevré de plaisir. Obsédé par son travail. Pas étonnant que Gregor le trop tendre se fasse une carapace pour se protéger !
Un ventre bombé, brun, divisé par des arceaux rigides, des antennes, de nombreuses pattes grêles... Voilà la bête ! Pour le reste, l'écrivain fait confiance à l'imagination du lecteur et refuse qu'on dessine son cafard. Avec raison.
Voyez le cinéma fantastique ou de terreur. Les dimensions, l'échelle et l'étrangeté des monstres nous sont donnés par une tentacule, une mâchoire, un détail. Sitôt qu'on les voit en entier, ils perdent de leur aspect effrayant, pathétique ou intrigant. Et nous perdrions peut-être ainsi, nous, lecteurs, toute l'empathie que nous éprouvons nécessairement pour le pauvre Gregor Samsa, dont le roman raconte non pas la transformation, mais l'existence ultérieure. Où comment une famille moyenne réagit face à l'anormalité. Jusqu'à la mort du fils. Une délivrance pour tous.
La Métamorphose est, bien entendu, un chef-d'œuvre de malaise et d'humour. (A suivre...)

Publié par Alain Bagnoud à 09:13:44 dans ___PANTHEON | Commentaires (12) |

Les Goncourt et Proust, suite (et fin?) | 22 février 2007



       "Une Soirée au Pré Catelan" (1909), de Henri Alexandre Gerveux (1852-1929)

Les Goncourt et Proust concoivent la littérature de manière assez différente. Pour les uns, c'est une branche de la science, pour l'autre de la religion. Connaissance exacte et approfondie d'un côté (je cite le Petit Robert). Reconnaissance par l'homme d'un pouvoir ou d'un principe supérieur de qui dépend sa destinée et à qui obéissance et respect sont dus, de l'autre.
D'où, chez les Goncourt, cette tendance à faire de chaque roman une étude. La fille Elisa, c'est une étude de fille. Charles Demailly une étude des hommes de lettres. Les frères alignent les cas pittoresques de la même manière qu'Edmond exposait dans son grenier les curiosités, les objets rares, les bibelots et les gravures. Comme Zola, qui a inventé avec eux le naturalisme : "Toute l'opération consiste à prendre les faits dans la nature, puis à étudier le mécanisme des faits en agissant sur eux par les modifications des circonstances et des milieux" (Le Roman expérimental). L'œuvre des Goncourt (ou de Zola) vise au répertoire.
Proust, c'est le contraire. Pas le répertoire, mais la totalité. Le principe supérieur. Souvenez-vous de la fameuse page du Temps retrouvé, dans La Recherche : « La grandeur de l'art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie. »
« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. »

Publié par Alain Bagnoud à 09:34:16 dans Proust | Commentaires (2) |

Le Café Sud | 21 février 2007

 Le Sud. Un espace lounge au fond, avec des divans de velours, des guéridons, des fauteuils, et de grandes baies vitrées dont l'ovale du haut est en petits carreaux, de vieilles vitrines qui étaient les entrées d'anciennes arcades et dévoilent tout le spectacle de la rue, les gens qui passent, les voitures, l'animation, comme sur une terrasse... Le sol est recouvert par une magnifique mosaïque de petites catelles anciennes. Le soir, on s'y délasse entre amis. Mais c'est aussi parfait pour travailler l'après-midi (il y a en plus une connexion internet).
Le devant est plus bistrot, avec des tables et des chaises de jardin. Et surtout un magnifique bar en demi-cercle. Une merveille, ce bar en zinc. Le lieu le plus  convivial du quartier. C'est là que vous pouvez entrer en conversation avec des gens parfois surprenants. Par exemple, j'y ai rencontré un dessinateur de BD bien connu, une adorable fliquette, un bibliothécaire de l'université, une speakerine de la télévision, des journalistes...
Pour boire, vous avez des crus au verre très intéressants. Goûtez-en un. Si ça vous plaît, vous pouvez vous laisser aller. Le patron, Pierre-Alain, a une gamme cohérente. On trouve aussi un bon choix de whisky et de tapas. Soupes à midi.
La clientèle, comme partout, change pas mal. Ces temps-ci, le soir, c'est anglophone aussi, en rapport sans doute avec le serveur bilingue. Et puis il y a également de la Guinness pression. Ça compte. 

Publié par Alain Bagnoud à 11:15:30 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (1) |

La bête qui meurt, par Philip Roth | 20 février 2007

Il y a parfois quelque chose d'un peu agaçant chez Philip Roth. L'obsession du sexe, par exemple. Et toujours quelque chose de totalement désespéré dans cette  monomanie. Le fait que le sexe soit, comme il le dit dans La bête qui meurt, une revanche, la seule peut-être qui existe. C'est Kepesh, le héros, qui parle. Voici un extrait du long monologue qu'il nous adresse: « C'est seulement quand tu baises que tu prends ta revanche, ne serait-ce qu'un instant, sur tout ce que tu détestes et qui te tient en échec dans la vie. C'est là que tu es le plus purement vivant, le plus purement toi-même. Ce n'est pas le sexe qui corrompt l'homme, c'est tout le reste. Le sexe ne se borne pas à une friction, à un plaisir épidermique. C'est aussi une revanche sur la mort. »
David Kepesh, vous vous souvenez ? Un des héros récurrents (et des doubles) de Roth, l'autre étant David Zuckermann, romancier. Le Kepesh de Professeur de désir ou du sein (un thème de transformation inspiré de la Métamorphose de Kafka, mais une métamorphose comique). 
David Kepesh, lui, est professeur et critique culturel à la télévision. Ça lui donne une aura et un peu de célébrité. Il en profite pour baiser une élève par année. Pas de sentiments ni d'attachement. Rien que du sexe. Il a tout sacrifié à son désir de cul. Son mariage, son fils qui le déteste.
Lorsqu'il a 62 ans, c'est le tour d'une Consuela de 24 ans, une émigrée cubaine qu'il séduit en lui montrant son manuscrit de Kafka et avec sa petite danse de séduction habituelle : il l'emmène au théâtre, il l'étourdit de sa culture, il l'admire comme une œuvre d'art. Elle a surtout des seins magnifiques. Donc, cravate de notaire. Et d'autres scènes plus crues que je ne saurais résumer dans ce blog décent, par exemple quand, à genoux devant elle, il lèche le sang des menstrues qui coulent sur les cuisses de la jeune femme.
Elle le quitte après une année et demie et il sombre dans la dépression. Il a fait l'erreur de s'attacher. On vieillit, n'est-ce pas ? Puis elle le recontacte, huit ans après. Elle a un cancer du sein, elle va être mutilée. Est-ce qu'il ira la rejoindre quand même ? C'est tout le dilemme. Passer de l'égoïsme jeune de l'admiration du corps à la vieillesse de l'attachement à un être.
On ne connaît pas sa décision. Ça s'arrête sur cette question. Un roman assez court par rapport aux habitudes de Roth, mais dérangeant, irritant, provocateur et fort.

Publié par Alain Bagnoud à 16:52:41 dans Lectures | Commentaires (4) |

L'imprimerie parlée | 19 février 2007

 L'imprimerie parlée veut rendre la parole aux écrits. Ça se passe comme ça :
Des amoureux de la littérature enregistrent des textes en public et les mettent sur le net. C'est à Genève, tous les premiers mardis du mois, à l'Imprimerie, 1-3 rue Lissignol au rez-de-chaussée, à 20 heures 30. On peut y assister.
On peut également podcaster les archives et entendre ainsi BataillePrévert, Boris Vian, Pessoa... La plus grande partie des lectures est en français, avec quelques textes en espagnol et en anglais.
C'est intéressant et vivant. Un peu foutoir aussi. La qualité est inégale, la mise en place imprécise, les lecteurs ne sont pas des professionnels. Mais ils ont d'autres qualités. Ils considèrent manifestement que la littérature a quelque chose à dire (sans vouloir faire de jeux de mots), qu'elle est révolutionnaire et qu'elle peut changer un peu le monde.
Dommage pourtant que ceux qui font le site soient aussi fâchés avec l'orthographe ! (http://pokastprod.blogspot.com)

Publié par Alain Bagnoud à 10:10:35 dans Journal | Commentaires (2) |

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