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Archimondain jolipunk, par Camille de Toledo | 06 février 2007

toledoCamille de Toledo est devenu, semble-t-il, l'emblème de toute une génération. Ces gens qui ont un peu moins que la trentaine, que l'ordre des choses suffoque, qui cherchent une manière de lutter - et un combat.
C'est Jérôme qui me l'a fait connaître. Il vient de terminer son université avec un mémoire sur Yves Velan (voir le 16.10). J'avais moi-même travaillé sur cet auteur voici plus de vingt ans, dans les mêmes circonstances. Nous sommes entrés ainsi en contact. Deux Velaniens. Des happy few. Il y en a d'autres. Une petite secte que je salue en passant.
Jérône Tonetti. Retenez ce nom. Ceux qui s'intéressent à la littérature en entendront probablement parler. Jérôme, donc, m'a offert le premier essai de Camille de Toledo (un pseudonyme, bien évidemment, qu'il explique en fin de livre : on n'en dit rien ici...). Archimondain jolipunk (chez Calman-Lévy et en Livre de Poche), sous-titré Confessions d'un jeune homme à contretemps. C'est un essai doublé d'une autobiographie qui colle à celle d'une génération dont l'éducation s'est faite entre la chute du mur de Berlin et les attentats du 11 septembre 2001.
De Toledo a de la culture (beaucoup, et il l'étale parfois : un côté « j'ai tout lu » qui peut agacer), de l'intelligence, un grand talent littéraire. Servi par ses lectures, il analyse avec précision les mouvements de l'époque : la fin de la dialectique, la déréalisation du monde par l'image, l'homme-flux, l'altermondialisme (je n'en cite que quelques-uns, il est beaucoup plus précis) et leur incidence sur l'individu : la résignation, le dandysme de masse, le scheeze, pour finalement prôner un « romantisme aux yeux ouverts ». Salutaire et porteur d'espoir. Si de tels garçons existent...

Publié par Alain Bagnoud à 16:15:05 dans Lectures | Commentaires (0) |

Lettre d'amour d'Arrabal, au Théâtre des Amis | 05 février 2007

Hier au théâtre. Une suite de la soirée de samedi chez Daniel et Diana. Daniel cuisine très bien et nous avons bu des vins magnifiques. Notamment un Amarone 97 grandiose, bien charpenté. Un vin de la région du Valpolicella Classico, sur les coteaux de Marano, à l'ouest de la Vénétie. (« La vendange est rigoureusement triée et les grappes sont mises à sécher sur des claies en bois, jusqu'au mois de février (à la façon du vin de paille du Jura). Les vins sont ensuite vinifiés (pressurage et fermentation). L'élevage est effectué dans des barriques de chêne pendant une durée pouvant aller jusqu'à 24 mois » Voir ici.)
Et là, après l'Amarone, Daniel et Diana nous convainquent d'aller voir Lettre d'amour de Fernando Arrabal le lendemain à 17 heures. Une bonne manière de franchir ce cap du dimanche soir, toujours un peu délicat, en le passant dans le petit écrin rouge du Théâtre des Amis.
Décor : la scène inclinée recouverte d'un drapeau espagnol parsemé de douilles, au centre un trou dans lequel est assise la mère devant un autel baroque dédié à son fils. Des références au franquisme et à l'histoire personnelle d'Arrabal, né en 32. Son père a été arrêté pour raisons politiques en 36, sur dénonciation de sa femme semble-t-il, condamné à mort, puis sa peine commuée en travaux forcés. Il s'échappe en 41 et disparaît à jamais. Fernando est élevé par sa mère, dans un amour total fusionnel qui efface le père.
Mais un jour, il découvre l'histoire de ce géniteur emprisonné. C'est un traumatisme ineffaçable. Il ne cesse de s'interroger sur sa mère et de rechercher le disparu (voir son site http://www.arrabal.org/).
Ces éléments composent Lettre d'amour. C'est très prenant. Lucide, violent, presque effrayant. La force du texte, bien sûr, mais aussi la simplicité du dispositif scénique, l'impressionnante Lise Ramu qui incarne la mère et la musique de José Barrense-Dias qui joue de la guitare et tient par fragments le rôle du fils.
(Jusqu'au 7 février. Place du temple 8 - 1227 Carouge Tél.: 022 342 28 74)

Publié par Alain Bagnoud à 10:43:52 dans Théâtre | Commentaires (0) |

Soyons sérieux ! | 04 février 2007


    La gravité est le bonheur des imbéciles.

                               Charles de Secondat, baron de Montesquieu

Publié par Alain Bagnoud à 11:42:34 dans Citations | Commentaires (1) |

Une pieuvre dans la tête, par Pascal Dessaint | 02 février 2007

 Un polar à Toulouse. Il y a des maris qui disparaissent, un commissaire qui observe les oiseaux, un inspecteur dont le frère a une pieuvre dans la tête. Un tueur en série, qui est en fait une femme, Proserpine, laquelle comme son nom l'indique (Perséphone) a passablement à voir avec la mythologie.
C'est ce livre, Une pieuvre dans la tête, qui a fait connaître Pascal Dessaint comme auteur de romans noirs.  Il l'a publié d'abord dans une petite maison d'édition, L'Incertain, en 94. Ça a été repris en 2000 par Rivages/Noir où Dessaint a émigré. Une promotion méritée.
Dans Une pieuvre..., il fait montre d'une écriture personnelle, maîtrisée, de fantaisie dans les faits et la narration. Certains chapitres par exemple racontés à la première personne du singulier, les autres par un observateur omniscient.
Et il a un superbe personnage principal. La ville de Toulouse. (On a envie d'y aller...)

Publié par Alain Bagnoud à 16:58:11 dans Polars, etc | Commentaires (0) |

Le Parti Radical ou la polysémie assumée | 01 février 2007


                       Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830

Il faut lire de temps en temps ce que proposent les partis. Pour savoir à quelle sauce on va être mangé. Tenez, le Parti Radical Suisse, au hasard. Il a un site.
www.prd.ch. Et là dedans, c'est tout un programme !
Intéressons-nous à la Politique sociétale (sic) de ses Position et programme d'action. Les grandes options, quoi. Une vision de la société.
Ça commence par une proclamation grandiose : « La dignité, l'individualité et la liberté de l'homme ainsi que sa responsabilité à l'égard de lui-même et à celui des autres figurent au centre de la société libérale. » D'accord ! On s'incline. Dignité, individualité, liberté, responsabilité. Au centre. Chapeau !
Pour cela, il y a des recommandations: «Réduire à un minimum les interventions de l'État dans la sphère privée et la liberté des individus dans leur environnement.»
Qu'est-ce que ça veut dire, cette deuxième partie de phrase ? Première hypothèse : «Réduire à un minimum la liberté des individus dans leur environnement ?» Deuxième hypothèse, qui nous donne un sens complètement opposé : « Réduire à un minimum les interventions de l'Etat dans la liberté des individus dans leur environnement ? » Phrase mal foutue. Fâcheuse ambiguïté. Il leur faudrait un correcteur, aux radicaux. Mais peut-être jouent-ils subtilement de la polysémie, en tout état de cause.
Eclaircissons ça. Les individus dans leur environnement. Je cherche dans leur table des matières. « Politique financière, Politique des étrangers, Politique d'asile... Politique en matière de stupéfiants. » Non, rien sur l'environnement. Ah si, dans Politique des transports : « Il faut tenir compte de la protection de l'environnement dans la politique des transports sans toutefois réduire la capacité concurrentielle de la Suisse. »
Bon, c'est mesuré, comme position. Tenir compte. Mais surtout ne pas oublier la concurrence. Elle prime. Elle libère la société.
C'est un point fort des recommandations « Supprimer les interventions de l'État dans les processus de changement de la société. »
Mais quelques lignes plus bas, voici le PRD qui défend la diversité culturelle : « L'État doit y apporter son soutien, au risque de mettre en cause la survie de certains de ses éléments. »
Une exigence qui a le mérite d'être claire. Maintenant, c'est vive l'Etat ! Merci l'Etat !
Quoique ! Claire ? Et si on relisait ça. Faut-il comprendre : « L'Etat doit y apporter son soutien, ce qui risque de mettre en cause la survie de la culture » ou au contraire «L'État doit y apporter son soutien, sinon il y a un risque de mettre en cause la survie... » ? Impossible de trancher !
Pourrait-il donc enfin, ce cher Etat, déléguer au nom de la survie de la langue française un correcteur au PRD ? Si en plus on ouvre Actualité de ce jour, on peut en effet lire (le 1.2.07) une Lettre ouvere (sic) dont voici le début : « [...]"Nous sommes très volontiers prêt à débattre de la politique fiscale". Parla (sic) suite, vous vous livrez à une critique des positions du parti radical.... »
Une manière d'illustrer encore la liberté de la langue et la diversité culturelle ?

Publié par Alain Bagnoud à 16:36:38 dans Polémique | Commentaires (0) |

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