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Le blog d'Alain Bagnoud...

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Alain Bagnoud

Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)

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Cave, par Pascal Praplan | 31 janvier 2007


Pascal Praplan a vécu une belle histoire. Celle dont rêvent tous les auteurs qui expédient leur manuscrit par la poste.
Ce n'est pas un débutant. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages impertinents sur la politique, notamment Le bal des eunuques qui traite de l'impuissance parlementaire  à Genève (avec Renaud Gautier) et il a publié en 1998 un premier roman policier dont le héros est le Poulpe. Ça s'appelle Légitime défonce (sous le pseudonyme de Paul Milan, aux éditions Baleine).
Je l'ai connu à Genève, Pascal Praplan, il y a quelques années. Elégant globe-trotter, journaliste indépendant, dans tous les sens du terme. Féru d'écriture et de romans noirs. Il vit maintenant à Ayent, je crois. Salut, Pascal ! (Si tu me lis.)
Donc, Pascal Praplan a écrit Cave. Il en a fait dix copies, les a envoyées à cinq grandes et cinq petites maisons d'édition parisienne. Là-dessus, trois réponses personnalisées. Une lui annonçait que l'on avait détesté son texte. Les deux autres étaient positives.
C'est chez Belfond qu'il publie aujourd'hui son roman. Cet éditeur le lui a pris tel quel, sans corrections, en gardant le même titre.
On comprend en lisant Cave ce qui a tenté la maison. C'est un thriller. Un thriller en forme de huis-clos. Deux personnages principaux, une mère et une fille, S., qui approche la quarantaine. La mère est tyrannique, oppressive, elle a dirigé sa fille jusqu'à ce moment. Mais la fille rencontre un homme, découvre la passion, se révolte, ne veut plus de ce regard qui la juge, qui la dirige, qui l'emprisonne sous des années d'éducation et de mensonge. Elle agit. Un plan tordu, évidemment (le titre vous donne un indice).
Le principe du thriller veut qu'on ne révèle pas ce qu'il se passe, puisque c'est l'avancée des informations qui crée l'envie d'en savoir plus. Ici, c'est très bien fait. Ambiance tendue, étouffante, cruelle. Evénements d'autant plus accusés qu'ils sont dits sur un ton glacé, au présent, avec des phrases simples. Avec deux points de vue sur l'histoire, l'un donné par les écrits de la mère. Et un retournement final... Si vous êtes curieux...

Publié par Alain Bagnoud à 17:08:34 dans Lectures | Commentaires (0) |

Milenio Carvalho, par Manuel Vásquez Montalbán | 30 janvier 2007


 Quels délices, en général, les aventures du privé de Barcelone, Pepe Carvalho ! Désenchanté et gastronome, brûlant des livres dans sa cheminée, maqué avec une putain, parcourant dans toutes les saveurs Barcelone et le monde.
J'étais donc très curieux de lire Mileno Carvalho, le dernier, l'ultime. Publié après la mort de Montalbàn dans un aéroport.
Donc, Carvalho accusé de meurtre fuit avec son fidèle Biscuter. Ils voyagent. Ils font le tour du monde. On tourne les pages, on voit du pays mais où est l'intrigue ? Ça se délite. Ça se compose de scènes vues. Ça revient de temps à autre péniblement au genre policier.
Le roman est placé sous le patronage de Bouvard et Pécuchet. C'est manifestement une manière de faire l'inventaire. Sur tout et sur n'importe quoi? Les éditeurs ont donc parlé de testament.
Tant pis. Les autres romans de Montalbàn, eux, étaient bien vivants.

Publié par Alain Bagnoud à 16:43:30 dans Pas fini | Commentaires (3) |

Un grand penseur | 29 janvier 2007


                          Je crois que les deux sexes sont complémentaires.

                                                                     Jacques Chirac
                                                         
(http://www.dicocitations.com/)                                                        

Publié par Alain Bagnoud à 09:39:10 dans Citations | Commentaires (0) |

Vu à la télé | 28 janvier 2007

 Aujourd'hui, j'ai allumé la télévision. Non non, je vous assure, ce n'est pas du tout mon genre ! Le soir, de temps à autre, quand je rentre très fatigué, sans énergie, quand le défilement des images est une distraction...
C'est quand même bizarre que je me sente obligé de me justifier ! C'est dire le niveau de ce qu'on voit en général dans la petite lucarne...
Bref, je l'ai regardée. Et à onze heures du matin, en plus !
Par la faute de Pascal Rebetez ! Un ami en littérature. Il écrit des nouvelles, des romans, des récits de voyage, de la poésie (voir ici), il dirige une petite maison d'édition exigeante (D'Autre Part), il lit des textes à la radio. Et comme le numéraire ne vient pas seul, il produit et présente des programmes à la TSR.
Là, ça s'appelle Vu à la télé. Une émission d'archives, chaque dimanche à 11 heures. Ça vient de commencer. Eh bien, je ne regrette pas ces trente minutes. Il y a dans ces séquences du passé comme un petit air de madeleine proustienne. Les cadrages, les vêtements, les questions, l'attitude des gens, l'ambiance : ça recrée instantanément une époque. On se souvient. J'avais quel âge ? Qu'est-ce que je faisais ? (Il y a un peu la même potentialité dans les chansons d'hier.)
On a vu des choses un peu surréalistes. Un adepte du végétalisme complètement mollachu qui explique poussivement que cette nourriture réveille l'énergie en soi. Ou le pape de l'instinctothérapie, Guy-Claude Burger, complaisamment interviewé, avec toute son assurance et tout son charme : il faut manger cru et renifler les aliments, l'instinct vous dit s'ils sont bons pour le corps ou pas.
J'avais un de ses disciples comme prof, quand j'avais 14 ans. On était dans un camp de ski, il déballait chaque soir ses sachets en plastique avec des cacahuètes, des navets, des carottes, des tomates, un gigot cru, un aileron de requin... Il reniflait, croquait, recrachait parfois avec violence. C'était plutôt folklorique.
Ce qui l'est moins, c'est que Burger prétendait tout guérir avec sa méthode, diabète, leucémie, sclérose en plaques, cancer, etc. et il incitait les malades qui le croyaient à interrompre tout traitement médical. (Sa femme, qui suivait ses injonctions, est morte d'un cancer en 1994.) Il a été condamné pour exercice illégal de la médecine.
Il affirmait aussi qu'il fallait suivre ses instincts en matière sexuelle et abolir les tabous du viol, de la pédophilie et de l'inceste. Mais comme il l'a reconnu à un de ses procès, « la société n'est pas prête pour entendre cette vérité » (je cite de mémoire). Effectivement. Il a été condamné à 4 ans de prison en Suisse en 78 pour viol d'une fillette de 9 ans, et à 15 ans en France en 2001 pour de nombreux actes pédophiles...

Publié par Alain Bagnoud à 14:35:55 dans Journal | Commentaires (0) |

Cosmopolis, par Don DeLillo | 27 janvier 2007


Don DeLilloOn peut faire quelques reproches à Don DeLillo.
Cosmopolis a une intrigue bizarre : un maître du monde de 28 ans qui traverse New York en limousine blanche pleine d'électronique et d'écrans pour se faire couper les cheveux. Ça lui prend une journée. Il y a des obstacles, la visite du président des Etats-Unis, une manifestation anti-mondialiste, un happening filmé qui remplit une rue de gens nus, la procession mortuaire d'un rappeur mort dont le corps exposé est baladé dans toute la ville. C'est un peu carnavalesque.
Dans ce périple, Eric Packer rencontre trois fois sa femme, une riche poétesse suisse, héritière d'une immense fortune. Par hasard. A New York. Trois fois en une journée. Dans les situations les plus incongrues.
Des faiblesses psychologiques aussi. Des clichés. Packer est tout ce qu'on attend d'un impitoyable arriviste qui joue avec l'argent des autres. Arrogant, cruel, infatué, vulgaire, égoïste. On n'éprouve pas la moindre empathie pour lui. (Sauf peut-être quand il retrouve son vieux coiffeur et tout à la fin, quand il court vers sa mort.) Et sa femme ? Elle rit quand elle apprend qu'elle a tout perdu. Il y a plus important que l'argent. Vous avez deviné : la poésie.
Mettons que ça soit une fable. Quand le héros cherche à décoder les cours du yen, à saisir la logique derrière l'aléatoire, c'est DeLillo qui cherche à décoder la société de son temps, c'est l'écriture qui cherche à décoder le monde, à retrouver une humanité derrière le capitalisme et le virtuel, etc.
Puis c'est du DeLillo quand même. Il y a un style, une vision, une intelligence. Une économie de moyens. Un langage tendu, abstrait, une lenteur sourde, une volonté de lever le rideau sur la profondeur des choses. Et cet extraordinaire art des dialogues, tendus, révélateurs, armés, ferraillant comme des duels. D'ailleurs, les mauvais livres de DeLillo sont bien meilleurs que les plus aboutis de... de... Non, ne me le faites pas dire !

Publié par Alain Bagnoud à 10:25:26 dans Lectures | Commentaires (0) |

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