Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

"C'est très très bien écrit!" | 26 janvier 2007

          


 


              L'art d'écrire est nécessairement l'art d'écrire mal.

                                                         Remy de Gourmont

Publié par Alain Bagnoud à 09:06:51 dans Citations | Commentaires (1) |

Entretien avec Jacques Tornay | 25 janvier 2007

Et voici quelques questions à Jacques Tornay, un poète important et fertile (voir ici). Né en 1950 à Martigny, il est journaliste et traducteur et a également publié des nouvelles, des romans, des aphorismes, des biographies (pour la liste de ses ouvrages, voir ici). 

A. B : « Je poursuis un idéal flûté... » écrivez-vous (dans Feuilles de présence). Cet idéal est manifestement poétique mais il réside aussi dans une présence au monde faite de retrait et d'attention au quotidien. Pouvez-vous nous parler de ces deux choses et des liens qu'elles entretiennent ?

J. T. : J'aimerais être davantage présent à mes semblables, parce que je crois que l'on ne se connaît soi-même que par les autres. En même temps il y a un recul à prendre, pas forcément une distance, plutôt un espace de solitude qui permet à la fois de s'oublier un peu et d'éprouver une sorte de légèreté salutaire. Chez moi ça ressemble moins à de la méditation qu'à de la rêverie et je l'obtiens de plusieurs façons, par exemple en observant une rivière, du vent dans les branches, ou en refermant un livre aimé pour essayer de poursuivre dans ma tête la pensée de l'auteur. Mais lorsqu'on se retire en apparence du monde on n'en est pas absent pour autant, l'attention continue sauf qu'elle ne prend plus appui sur les corps, les objets, la matière. En fait, on ne peut pas tracer de ligne de démarcation précise, il arrive que les deux attitudes cohabitent dans un même instant.



                                                      Rivière

A. B : On sent dans votre poésie une recherche d'apaisement, de sérénité, une envie d'« être à soi-même comme le chat assis sous le pommier », mais cette position zen est détruite par fulgurances. Vous éprouvez la certitude que « la sérénité est un continent inabordable ». Comment expliciteriez-vous cette tension ? Quelle est son importance dans votre pratique ? 

J. T. : À mon point de vue la tension est inhérente à toute poésie qui se propose un but, car elle est le lieu où toutes les contradictions, les tiraillements, les enthousiasmes, tous les doutes, se rencontrent. L'écriture est une manière comme une autre de résoudre sa propre énigme, et même si au départ je n'écris pour personne, l'exercice n'aura pas été vain quand on me dit : «Ah, dans ce poème-là j'ai éprouvé quelque chose». Peu importe de savoir quoi, ce genre de constat est une récompense.
La tension se manifeste avant tout par ce désir fou de vouloir tout exprimer, ne laisser aucune ombre, aucune angoisse ni aucun émerveillement hors de son champ d'action. Au bout du compte c'est impossible parce que nous sommes prisonniers d'une voix, d'un style, d'une langue, et de son temps personnel qui ne cesse de raccourcir... Même Fernando Pessoa n'a pas réussi à s'émanciper de ces contraintes d'identité, on retrouve sa griffe sous ses divers hétéronymes.
Toutefois, grâce à sa brièveté, en principe, je perçois le poème comme un endroit privilégié où dire le maximum avec un minimum de signes. Ces fulgurances auxquelles vous faites allusion me viennent assez spontanément, si elles prennent une tournure laborieuse, j'abandonne, ce sera mauvais. Ce sont des soubresauts, des éclairs que je m'empresse de noter dans le calepin que je garde sur moi. Il n'y a rien de lisse tant qu'on est sur la Terre, le «zen» est une posture par nature éphémère, intenable sur le moyen terme. Je ne vois rien de simple et de facile, ni d'ailleurs de banal dans ce que nous sommes, chacun. Je suis toujours étonné de me trouver ici, maintenant, avec la possibilité d'entendre, voir, toucher, etc. et de pouvoir transcrire mes perceptions dans un ensemble de mots, avec des images et un rythme venus d'une partie de moi dont j'ignore tout. Chaque poème est une forme de miracle, demain matin cette faculté pourrait m'être enlevée par un accident ou simplement le manque d'envie. Comme l'amour, la poésie est un désir (j'allais dire désert !) à cultiver mais on ne peut présumer de rien.
Il n'empêche, je ne serai jamais entièrement satisfait de mes résultats ; c'est égal, le livre nous appartient dans le temps de son élaboration, après, une fois publié, il se détache de son géniteur. À moins que je me trompe.

A. B : Thème du retour en arrière dans le temps. « Mon enfance est une patrie... » Qu'est-ce que représente le passé pour vous ? Qu'est-ce qu'il apporte ? Et l'avenir qui apparaît soudain sous une forme un peu douloureuse ? 

J. T. : Proche ou lointain, le passé est la seule chose que l'on connaît. Le présent est insaisissable, comme de l'eau à travers les doigts, c'est peut-être cela l'éternité. Quant à l'avenir, il nous reste inconnu et face à lui il me semble n'y avoir que deux options principales : le pessimisme ou l'optimisme. Notre devoir d'humains consiste certainement à espérer et à faire en sorte que les conditions du monde s'améliorent. En même temps nous assistons à toutes ces guerres, ces famines, ces calamités naturelles ou non qui dans nos pires moments nous portent à croire à une fatalité du malheur. Ces aspects-là entrent également dans le phénomène de la poésie, quelquefois ils en sont la cause et l'effet, regardons avec quelle force certains poètes ont écrit sous les dictatures du siècle écoulé. 

A. B : Il y a aussi chez vous une quête introspective, mais qui semble passer par la découverte fortuite, la surprise, plus que par l'analyse et l'examen systématique qui sont des caractéristiques de la production suisse romande. Comment vous situez-vous par rapport à cette littérature ? Quelles filiations formelles, quelles influences revendiquez-vous ?

J. T. : À dire vrai je ne lis pas tellement de littérature romande à part les livres que m'offrent mes amis écrivains, non par défaut d'intérêt mais je suis trop accaparé par les «étrangers» si ce mot a un sens s'agissant de littérature. Depuis toujours je consacre à la lecture en moyenne deux heures par jour, de façon disparate, sans méthode, j'aborde des auteurs très différents les uns des autres, la plupart sont morts depuis longtemps, et cette approche m'a empêché de subir une ou des influences marquées. Cela dit, en poésie le surréalisme de la grande époque a été une aventure exceptionnelle.  
Lors d'un récent séjour au Québec j'ai découvert avec ravissement la vitalité de la jeune poésie francophone de plusieurs provinces canadiennes. Des poètes sud-américains m'ont emballé pareillement, ils ont un imaginaire que nous n'avons pas en Europe.Parmi mes confrères romands, ces derniers mois j'ai souvent sorti de ma bibliothèque l'un ou l'autre ouvrage d'Alexandre Voisard. Et puis, en 2006 j'ai eu un coup de cœur pour «L'Inadapté» de François Beuchat, paru aux Editions d'autre part. Vous aimez Robert Walser ? Vous aimerez de même François Beuchat, il a autant d'allure dans la phrase et d'étrangeté que lui. En plus, il est Biennois également... (Voir http://www.dautrepart.ch/)

Publié par Alain Bagnoud à 09:27:15 dans Entretiens | Commentaires (0) |

La révolte contre l'argent, par le Théâtre Versus | 24 janvier 2007

Soirée théâtre hier, à La Traverse (50 rue de Berne, Genève). La révolte est une pièce de Villiers de l'Isle-Adam qui avait été créée au Vaudeville à Paris en 1870. Elle était tombée au bout de cinq jours. A cause du sujet ?
Un huis-clos entre deux personnages, mari et femme. Il est banquier, elle est devenue sa caissière. Ce soir-là, elle déclare qu'elle veut le quitter, révoltée par tout ce qu'il représente et par l'échec de sa propre vie. Ils échangent des répliques sans communiquer. On a des conflits bien marqués. Réalisme/romantisme. Rêve/réalité. Ordre paternalisme/libération de la femme. Une situation à la Ibsen, ou à la Strindberg.  L'épouse part donc pour vivre, respirer, mais revient quelques heures plus tard, résignée : il est trop tard, tout est mort en elle.
Le Théâtre Versus a repris ce texte en l'allégeant, lui a donné une seconde partie : la même situation mais placée de nos jours. Une réécriture du texte de Villiers intéressante, qui insiste sur l'argent et les questions qu'il pose.
Suit un débat pour ceux qui aiment ça. Il dure parfois, paraît-il, jusqu'au petit matin. C'est du théâtre engagé. Du théâtre off. Peu de moyens, un décor minimal mais une volonté d'en découdre.
On ne regrette pas sa soirée. Jean-Claude Blanc à la mise en scène a pris le parti du comique et du décalage. On rit beaucoup. On réfléchit aussi. Les comédiens sont parfaits dans leur double version 1870 et 2007, la sémillante Cordélia Loup et le magistral René-Claude Emery. C'est jusqu'au 27 janvier à 20 heures 30 (réservation ici). Il y a en plus une grande discussion/controverse samedi à 17 h 00 (on y attend notamment un banquier).
Et pour les intéressés : René-Claude Emery avec qui j'ai pris une bière à la buvette ensuite, me charge d'annoncer la reprise de La Mandragore, d'après Machiavel, au Teatro Comico, av. Ritz 18, Sion (027 321 22 08 ): voir ici. Les 1,2,3 et 8,9,10 février. 

Publié par Alain Bagnoud à 11:57:23 dans Théâtre | Commentaires (0) |

Lune sanglante, par James Ellroy | 23 janvier 2007

 Il me semble qu'il y a, dans les livres d'Ellroy, des tueurs en série plus crédibles que ce poète de Lune sanglante. Celui-ci est un type qui s'est fait violer par deux condisciples au lycée. Ensuite il les hait et les désire tout à la fois. Il érige une sorte de temple scatologique à leur gloire. Un homosexuel non assumé, qui tue des femmes. Qui considère comme une idole une fille du même lycée, auto-proclamée poétesse et cheffe de mouvement, laquelle vivra dans ses rêves d'adolescence les dix-huit années qui suivent.
Et puis l'intrigue. Ça ne prend pas tout de suite. Ça commence par la scène du viol, puis suit une nuit d'émeutes où le héros policier tue un homme quand il est jeune. On saute dix-sept ans plus tard. Etc. Jusqu'à la fin, où l'ami du héros arrive comme la cavalerie, juste à temps.
Mais, bon, il y a quand même une énorme force dans ce texte. Ça tient au sens qu'a Lloyd Hopkins de sa mission, ingrate, désespérante. A des univers intimes cloisonnés, liés à la folie. Au nécessaire désir d'innocence. A l'horreur du mal.
Et à une écriture aussi, ambitieuse, qui cherche à exprimer de la complexité. Une écriture qu'Ellroy a abandonnée par la suite, si j'en juge par mes souvenirs de livres ultérieurs avec ces phrases sujet-verbe-complément. Je ne les pas tous lus jusqu'au bout. Je ne me souviens plus très bien des titres et des histoires.
Par contre, je me rappelle parfaitement le Dahlia Noir. Et Ma part d'ombre, une autobiographie qui raconte les liens que faits Ellroy entre l'héroïne du Dahlia Noir et sa propre mère, assassinée un soir de fête après un flirt poussé. Deux chefs-d'œuvre !
Quant aux autres livres de jeunesse qui constituent La trilogie Lloyd Hopkins, on en reparlera.
A propos, bravo à Jean Winiger qui a réussi à faire sa première connexion avec ce blog (voir ici). Comme quoi on peut arriver à tout, avec de la volonté !

Publié par Alain Bagnoud à 16:54:13 dans Polars, etc | Commentaires (0) |

Jean Winiger et la lune | 21 janvier 2007



                                  Girodet:  Endymion baigné par la lune 
 
C'est Jean Winiger qui m'a conseillé de lire ça. Jean Winiger, l'écrivain, pas l'acteur (ils sont deux, des homonymes). Celui qui a écrit ce magnifique roman : Les poupées du froid. (On y reviendra.) Mon plus vieil ami en littérature. Nous avions publié notre premier livre ensemble. Un roman épistolaire écrit, selon la formule qu'a fréquemment utilisée la presse, « à quatre mains ».
Je n'ai jamais vraiment compris ce que les journalistes entendaient par là. Deux mains chacun sur le clavier de l'ordinateur ? Mais Jean est toujours resté obstinément fidèle à la plume. Enfin, il veut se mettre à l'informatique, il fait des serments, il demande des conseils. Il m'a même promis de passer voir ce blog. Jean, si tu lis ces lignes, c'est que tu es sur internet. Oui, tu y es arrivé ! Tu as réussi !
Enfin, à quatre, trois ou deux mains, ça s'appelle Les épanchements indélicats. Winiger y a mis beaucoup du sien, je le reconnais. Le livre est actuellement épuisé. Notre entrée en littérature (1989). Ça s'était bien passé. Presse, télévision. Reprise dans L'anthologie du coït faite par Matthias et Jean-Jacques Pauvert. Ça avait été un joli petit succès. On avait vécu ça ensemble. C'était bien.
Bref, c'est Jean Winiger qui m'a conseillé de lire La trilogie Lloyd Hopkins de James Ellroy. On parlait de romans noirs, on échangeait nos points de vue. Je me suis précipité sur le premier tome, Lune sanglante. Pour me rendre compte après 200 pages qu'en fait, je le relisais. On ne peut pas se souvenir de tout, n'est-ce pas ? Je devais être dans la lune. Enfin, je vous en reparle quand même un de ces jours. Ça en vaut la peine.

Publié par Alain Bagnoud à 14:03:06 dans Journal | Commentaires (0) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| >>

Rechercher

Archives

Janvier

DiLuMaMeJeVeSa
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031   

Compteur

Depuis le 14-09-2006 :
6211013 visiteurs
Depuis le début du mois :
31172 visiteurs
Billets :
1228 billets

FreeCompteur Live

libstat


statistiques

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03