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Fin des vacances | 08 janvier 2007

On n'a jamais autant besoin de vacances que lorsqu'on en revient.

                                                                       Ann Landers

Publié par Alain Bagnoud à 17:03:12 dans Citations | Commentaires (2) |

Neige | 07 janvier 2007

Vacances de neige toujours (pour terminer). Je vous conseille d'essayer les raquettes. Je suis un nouveau converti, ce sont ceux qui font le plus facilement du prosélytisme. Mais enfin, c'est une expérience exaltante. D'abord, vous n'avez pas tous ces gens à ski partout, qui vous passent devant, qui surgissent à gauche, qui s'arrêtent à droite, qui freinent brusquement quand vous êtes derrière eux, qui prennent des trajectoires étranges, qui vous donnent l'impression d'être seul à pied sur la ligne blanche d'une autoroute très fréquentée.
Choisissez plutôt la tranquillité. Vous chaussez des raquettes, vous prenez des bâtons et vous suivez une piste balisée. Sympathique. Peu de monde. Vous admirez le paysage, les sapins aux branches ornées de neige, les combes blanches, les sommets, tout ça. Le rythme est trouvé, on avance, on pense à sa respiration, des pensées défilent, on se sent bien, empli d'existence, c'est très zen.
Ou alors, encore mieux, vous coupez droit dans les forêts. Vous frayez votre trace. Question solitude, on peut difficilement trouver mieux. La neige se lit comme un livre. Les lièvres qui ont passé, leur empreinte triangulaire, les marques des biches, des cerfs. Sous un vaste arolle, le lendemain d'une tempête, j'ai vu des traces d'ongulé (un chevreuil ?) qui partaient, mais aucune qui arrivait : la bête s'était réfugiée là pendant la tourmente.
On imagine ainsi toutes sortes d'histoires. Par exemple cette autre trace que nous avons vue avec famille et amis, il y a quelques jours (sans raquettes cette fois) : des gouttes de sang sur la neige du sentier, en plein bois, loin des villages. On les a suivies jusqu'à ce qu'elles quittent la piste pour descendre dans la forêt. Et là, soudain, l'empreinte d'une patte de chat. Un grand chat. Un très grand chat : sans doute un lynx. Qui portait manifestement une proie morte ou blessée dans sa bouche.J'étais très ému, moi qui ai écrit un roman dont cet animal est le héros. L'un des héros. Ça s'appelle La proie du lynx. Et ça se passe justement à St-Luc où je termine ces vacances.

Publié par Alain Bagnoud à 16:55:33 dans Journal | Commentaires (0) |

Orphées noirs, par Maurice Chappaz (L'Aire bleue) | 05 janvier 2007

 On pourrait se demander pourquoi Maurice Chappaz, pour ses 90 ans, a choisi de recommenter les deux contes africains recueillis par Léo Frobenius et de faire publier le tout, contes, observations de 2006, et celles de 1955 qu'il avait fait paraître dans la revue Pays du Lac  dirigée par Jacques Chessex (voir le 20.11 et le 22.12).
A lire ces textes, la réponse est évidente. Les sujets évoqués par les contes bouleversent profondément Chappaz et relaient ses thèmes obsédants.
Dans Le luth de Gassire, le fils du roi sacrifie la ville de Wagadou et sa propre famille pour le chant des bardes, pour que son luth chante. Ce qui intéressait Chappaz en 55, c'était la naissance de la poésie et le prix à payer pour elle : « l'exil, le sang des proches, la disparition de la cité ».
En 2006, l'affaire est terminée. « Gassire me suggère aussi la disparition de la Suisse Romande avec quelques bouteilles à la mer lancées depuis Rousseau jusqu'à Ramuz. Quelques gouttes d'encre telles quelques gouttes de sang giclent encore par-ci, par-là entre la Venoge et la Dranse. » La civilisation paysanne chère à Chappaz est morte, c'est celle que son luth a chantée, qu'il ne pouvait chanter que parce qu'elle était en train de mourir.
Dans La chute de Kasch, qui se termine aussi par la fin de la ville, le morcellement de l'empire et son invasion par les peuples sauvages, c'est l'écroulement de l'église qui est mise en scène.
En 1955, Chappaz explique que ce conte « exalte une dictature cléricale, l'insertion de chacun dans l'ordre au monde et une révélation. » C'est une image du Valais catholique, des « gens de ces vallées avec qui on peut croire publiquement et en secret ».
En 2006, tout a changé. « La chute de Kasch dessine un rouage d'étoiles et de prêtres qui contrôlent, font tourner la cité et lui permettent de prospérer. Jusqu'au jour où l'aventure d'un nouvel et superbe amour se substituera à l'ordre social, astral. Comme dans un rêve, tous les prêtres sont tués. » La religion recule, on a perdu la vocation, dit Chappaz qui voit les bancs de l'église à moitié vides. Mais qui ne se rend pas :
« Je suis à l'extrémité de la vie, quelle saveur encore ! Est-ce que je suis sur le point d'assister à la catastrophe-résurrection que j'appréhende et j'espère ? Le chaos et le paradis pendent comme un fruit mûr, merveilleux, au bord d'une branche dans le jardin sous ma fenêtre.
« La nuit remue, c'est l'Eglise. »

Publié par Alain Bagnoud à 14:28:05 dans Lectures | Commentaires (0) |

Malavita par Tonino Benacquista | 03 janvier 2007

 J'avais lu quelques-uns de ses polars. Pas mal. Toujours avec une touche italienne. Les pâtes, la polenta, la mafia, l'expresso. C'est d'ailleurs dans l'un de ses livres, La commedia des ratés il me semble, que j'ai appris comment on doit utiliser une cafetière italienne. Si, si, il y a une technique. Dans l'étage du bas, mettez de l'eau minérale. Avec une pincée de sel (à moins que l'eau que vous choisissiez n'en contienne déjà : goûtez et regardez l'étiquette). A l'étage du milieu, du café. Italien, bien entendu ! Le meilleur ! Vous versez dans l'étage du haut une fine pellicule d'eau (minérale) pour que les premières gouttes, les plus odorantes, ne s'évaporent pas au contact de l'acier brûlant. Vous y allez doucement avec la température de la plaque : il faut que la vapeur passe dans le café moulu avec légèreté, tendresse, lascivité, amour, qu'il s'en imprègne bien. 
Depuis lors, Tonino Benacquista a pris du grade. Il a passé dans la série blanche de Gallimard (il faut que je vérifie sur internet s'il y est toujours, ça change vite dans l'édition). Là, il nous a fait Malavita, réédité depuis en Folio.
Un repenti de la mafia qui joue à l'écrivain est placé en France dans une petite ville, sous le regard de deux G-men du FBI et de leur chef. C'est pour sa protection. Toutes les familles de l'Amérique le recherchent.
Il est avec sa famille atypique. Une fille belle qui s'appelle Belle. Un garçon qui joue déjà au parrain. Une femme qui se voue à la charité. Tous ces gens devraient passer le plus possible inaperçus mais il n'y arrivent pas. Dix tueurs arrivent donc de New York dans la petite ville. Et boum ! Et pan ! Et prends ça rascal ! Que je te détruis ta maison au lance-roquette, que je te rétame au fusil à lunettes, que je t'accueille avec une rafale de mitraillette !
C'est assez joueur, assez amusant, parfois grand-guignolesque. Ecriture un peu plate, mais efficace. On ne s'ennuie pas. On est en vacances, il a neigé, il fait beau, on dévale les pistes. (Pas moi, il y a trop de monde.) Et le soir, devant le feu de bois, quelques nouvelles distrayantes de la mafia ! 
 

Publié par Alain Bagnoud à 16:46:43 dans Lectures | Commentaires (0) |

2007 | 01 janvier 2007

(Sanctuaire Notre Dame des Fontaines, La Brigue. Elus du Jugement dernier: les vierges.)


J'ai fêté la Saint-Sylvestre avec des amis que je connais depuis trente ans, dans un ancien studio de danse classique avec barres au mur et grand miroir au fond. Des Valaisans rencontrés au collège pour la plupart. Restés au pays ou rentrés après leurs études. On se voit presque toutes les années à cette occasion.
Que sommes-nous devenus ? Médecins, pharmaciens, directeur de labo médical ou vétérinaire (la branche thérapeutique). Pas mal d'enseignants à tous les niveaux. Des employés.

Nous sommes installés. La plupart ont une maison, une ou deux voitures, des enfants. Les femmes sont bien entretenues, les hommes gardent la forme. Il y a de la chaleur humaine, de l'humour. On s'intéresse à la culture, à la politique, à la gastronomie. Aux bons produits, aux bons vins. On pratique des loisirs créatifs, on fait du bénévolat. La classe moyenne. Aucun notable, même si la position de certains pourrait leur donner ce statut mais il leur manque l'importance, la morgue, l'esprit de sérieux, la jouissance du pouvoir et l'envie d'en imposer aux autres.
Que dirait la sociologie ? Que nous sommes des bourgeois ? Oui : de petits bourgeois réformistes. Les magazines nous traiteraient sans doute de bobos. Malgré tout, nous avons évité le pire. Vous connaissez la chanson : on s'était donné rendez-vous dans 10 ans. Dans 20 ans. Dans 30 ans. Aucun n'est devenu alcoolique, toxico, amer ou résigné. Nous avons du travail, une insertion sociale, un environnement affectif. Pas trop d'ennuis de santé. Nous cultivons encore des projets, des rêves. Et nous avons du plaisir à nous revoir malgré les différences, 30 ans après.
Eh bien, à la prochaine Saint-Sylvestre ! Et bonne année à tous ! Il y avait une formule dans mon enfance : une bonne santé et le paradis en récompense !
Après le jugement dernier? Si seulement !

Publié par Alain Bagnoud à 16:36:08 dans Journal | Commentaires (2) |

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