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Quelques nouvelles | 22 décembre 2006

Pour éviter par avance les critiques de ce lecteur qui me reprochait d'annoncer les choses sans expliquer ensuite comment elles s'étaient déroulées, je signale que la séance de dédicace de mercredi (voir le 14.12) s'est très bien passée, et je tiens à remercier celles et ceux (on dirait un discours politique) qui m'ont permis de me sentir chaleureusement entouré dans cette librairie - et m'ont aidé à transformer les piles de livres en ground zéro !
J'en étais encore tout remué quand je suis rentré à Genève, où je n'ai pas eu le temps de me calmer : l'excellent Pascal Décailler m'a invité à participer à son émission en direct sur la télévision Léman bleu. Il s'agissait de parler de Maurice Chappaz dont les 90 ans tombaient exactement hier. C'est à chaque fois une petite épreuve, de passer à la télé. Heureusement que Décailler sait mettre ses invités en valeur !
On a eu Chappaz en duplex par téléphone, qui sortait d'une réception donnée par la commune de Bagnes en son honneur. Toujours l'esprit vif, actif et travailleur, cet écrivain qui est dans son « grand âge frais », comme l'écrit Jacques Chessex à la fin de sa préface à Orphées noirs (voir le 20.11). Il nous a parlé de ses journées, des Idylles de Théocrite qu'il vient de retraduire, de ses autres livres... Bon anniversaire encore, et de nombreuses années fertiles !
A ce sujet, je remarque que j'avais annoncé un petit commentaire sur Orphées noirs, que je n'ai pas encore donné. Il va venir, c'est promis, lecteur qui me fait des reproches...

Publié par Alain Bagnoud à 10:19:38 dans Journal | Commentaires (0) |

Epiphaneia, par Oskar Gomez Mata et la compagnie L'Alakran | 20 décembre 2006

Il m'est venu hier soir une idée, alors que j'assistais au spectacle Epiphaneia d'Oskar Gómez Mata : pourquoi est-ce que je ne parlerais pas de théâtre sur ce blog ? Après tout, je suis aussi incompétent sur ce sujet que sur les autres !
Donc Epiphaneia. C'est la première fois que je vois le travail de Gómez Mata, personnage dont je ne sais d'ailleurs rien. Sinon qu'on l'a aperçu, avant le spectacle, juché sur une scène face au public qui attendait l'ouverture des portes, en train d'expliquer qu'il avait piqué tout ce qu'il y avait dans la pièce à d'autres spectacles.
Il a ses fans. Des gens que je connaissais me prévenaient (toujours avant l'ouverture des portes) : « C'est un génie ! » Ou alors : « Il est complètement fou ! » Ou encore : « Il ne faut pas t'attendre à du théâtre, plutôt à une performance. »
Effectivement, c'est assez décousu. Mais très drôle souvent. On teste l'absence du sens de la vue, on essaie de faire tenir une boule en équilibre sur un souffle d'air, on regarde des acteurs survoltés faire des sketchs sur le thème de la disparition. Avec quelques sujets qui reviennent. Je cite. « Perdre du poids/Considérer notre futur comme passé/Perdre du poids/Considérer sa propre disparition comme quelque chose d'inéluctable/D'étonnamment agréable/Aller vers l'avant/L'avant/Perdre du poids/AVANCER/Perde du poids/ Avancer. Perdre le poids du passé et du futur et faire du présent un présent absolu. » C'est le programme (ou la déclaration d'intention).
Bref, on s'amuse bien, on s'émeut parfois, on s'interroge. Ça tient le coup presque jusqu'à la fin. Mais soudain, Gómez Mata veut faire faire l'éléphant au public. Vous savez, ce truc inspiré d'un Polonais qui se pratique dans tous les cours élémentaires de théâtre : on bande les yeux d'un groupe, on le met en file indienne, les mains sur les épaules du précédent, et on le balade. Là, il nous entraîne tout autour du théâtre, du sous-sol au 2ème étage. C'est très long, et c'est très con. On a compris au bout de 2 minutes, on ne s'amuse plus du tout. Ça se finit par une méditation bidon. Dommage, cette fin ! J'avais trouvé le spectacle alléchant jusque là.
Le Grütli, d'ailleurs, j'aime bien ce qui s'y passe maintenant. La nouvelle direction réinvente un peu le théâtre, mais c'est ce qu'il faut faire de temps en temps. J'ai aimé leur Playstation penthésilée XY, d'après Heinrich von Kleist. Penthisélée, la reine des Amazones, contre Achile (l'excellent Pierre-Isaïe Duc). C'était très tendu, très sensuel, très plastique. Je me suis amusé au Concours Electre, où le public choisissait comme à Star Ac une version de l'histoire d'Eclectre qui serait montée plus tard. J'ai été intéressé par Les Perses, d'Eschyle, où quelques acteurs professionnels et 150 figurants interrogeaient la démocratie et la pédagogie au théâtre. La suite aussi promet. (Le Grütli, rue Général-Dufour 16, Genève, http://www.grutli.ch/.)

Publié par Alain Bagnoud à 11:42:33 dans Théâtre | Commentaires (0) |

Jérôme Meizoz, Le Rapport Amar (Zoé) | 18 décembre 2006

 Livre singulier. Un roman qui se présente comme le rapport d'un institut criminologique adressé au procureur cantonal en vue d'un procès. Qui fait de larges places à des témoignages oraux, des articles, des lettres et le journal de l'assassin. Tout un patchwork qui tourne autour de la rencontre entre langue écrite et orale, entre le  français et le patois, entre le portugais et les langues africaines au Brésil, qui parle de leur rapport dans le candomblé, un rite d'initiation et de possession  où les jeunes Noires de Bahia retrouvent les dieux du continent noir (les orixa) et la langue originelle.
Dans ce contexte, un chercheur à l'université lémanique (Laboratoire de Genèse des langues), lie une relation avec une jeune anthropologue brésilienne. Une relation qui tourne vite au sado-masochisme, puis à la mort de la jeune femme dont on retrouve le cadavre mutilé dans un motel, après un rituel barbare, voire cannibale, dont la solution se trouve dans les obsessions universitaires du chercheur.
Ce n'est pourtant pas un polar. Ni un essai (malgré les pages abondantes qui relèvent de ce genre). Ni un roman psychologique. Quoi alors ? Une curiosité littéraire.
On y reviendra. J'ai posé quelques questions là-dessus à Jérôme Meizoz. Les réponses ici bientôt.

Publié par Alain Bagnoud à 11:19:55 dans Lectures | Commentaires (0) |

Les excentriques, Maurice Sachs, Arthur Cravan, etc. | 17 décembre 2006

Un site qui parle de Maurice Sachs (voir les entrées du 14.12 et du 26.9): les excentriques (http://www.excentriques.com/index.html). Je cherchais des renseignements sur notre auteur, pour comprendre les relations qui existent entre sa vie et son autobiographie. Examiner les liens entre la matériau de base et ce qui en est fait, ça m'intéresse beaucoup. Forcément.
Dans le cas de Maurice Sachs, s'il ne manque pas une occasion de nous parler de son abjection, il évite tout de même le petit détail de ses arnaques sans grandeur, comme fourguer à Coco Chanel des quantités de livres sans valeur en les faisant passer pour des éditions originales dédicacées. Ou vendre les gouaches que lui confiait Max Jacob en empochant tout alors que l'écrivain catholique, qui le considérait comme son fils, lui écrivait qu'il mourait de faim... D'autres détails dans les excentriques.
Où on retrouve quelques autres écrivains hors normes. Par exemple, Arthur Cravan, neveu d'Oscar Wilde, poète dadaïste, boxeur, « déserteur de 11 pays. Il BOXERA - DANSERA - CONFERENCIERA. Il sera irrésistible de séduction. » Dans ces spectacles, il se présentera, affirme-il, simplement vêtu d'un cache-sexe, et il se suicidera à la fin.
Emmanuel Pollaud-Dulian, qui tient le site, le compare aux punks des années 70. Il nous présente d'autres beaux cas aussi : Jacques Rigaut, Baron Corvo, Albert Paraz... (Voir le blogroll.) 

Publié par Alain Bagnoud à 13:54:03 dans Journal | Commentaires (1) |

Jean-Paul Sartre | 15 décembre 2006

 J'ai vu un téléfilm sur Sartre, cette semaine. En deux parties. De Claude Goretta, avec l'excellent Denis Podalydès dans le rôle principal. Intéressant. Est-ce que Sartre sortirait du purgatoire, cette zone noire où disparaissent les auteur après leur mort, par un phénomène bizarre qui a ses lois ?
Notez qu'il avait déjà commencé à disparaître quand il est mort, en 80. Comme il avait été le maître à penser de la génération intellectuelle de l'après-guerre, il hantait encore un peu les collèges où enseignaient ceux qu'il avait formés. Mais l'université en avait fini avec lui. L'existentialisme, c'était ringard. Bazardé par le structuralisme. On s'indignait encore dans les journaux de ses prises de positions politiques extrémistes, mais on ne lisait plus ses livres.
Il en a fait pourtant de magnifiques. Tenez, Les Mots, ce texte savoureux et brillant qui retrace son enfance jusqu'à 12 ans. Sartre pratiquant l'autobiographie? Mais pourquoi? « le lecteur a compris que je déteste mon enfance et tout ce qui en survit » explique-t-il après 150 pages. De plus la tentative se heurte à des difficultés avouées: « Mes premières années, surtout,  je les ai biffées: quand j'ai commencé ce livre, il m'a fallu beaucoup de temps pour les déchiffrer sous les ratures. »
Mais cette analyse impitoyable de ses débuts dans la vie lui donne quelques clés.
L'expérience de la mauvaise foi, d'abord. Son père mort à sa naissance, Jean-Paul est élevé par son grand-père maternel, Charles Schweitzer, oncle du fameux Albert « dont on sait la carrière ». Comédien hors pair dans sa vie familiale, Charles décrète que son petit-fils est un enfant prodige et le pousse à jouer ce rôle, qu'il accepte avec complaisance. Il est élevé là, solitaire, entre ce vieillard et des femmes dominées, sans camarade jusqu'à dix ans. Il se sent abstrait, théâtral, sans consistance. De là une impression de « bâtardise », un sentiment d'être de trop dans le monde, de n'avoir pas de justification, comme un voyageur sans billet dans un train.
Idolâtré dans sa famille, connaissant « les vanités d'un chien de salon », mais persuadé de n'avoir aucune réalité, de ne compter finalement pour personne, il décide alors de devenir indispensable à l'univers. Comment? En se faisant écrivain.
Les Mots
 a deux parties. Lire. Ecrire. Le récit décortique une vocation. Elevé dans les livres, prenant les mots pour plus réels que les choses, persuadé que la culture est une religion laïque qui a besoin de saints et de martyres, Jean-Paul choisit de se vouer à cet apostolat, qui donne finalement au jeune comédien une réalité, justifie sa vie et la modèle.
C'est à cause de cette illusion d'enfance, finalement, qu'il deviendra ce qu'il est: un géant de la littérature du XXème siècle, qui s'est beaucoup trompé politiquement, idéologiquement, mais qui mettait dans tout ce qu'il faisait un talent et une intelligence aigus.

Publié par Alain Bagnoud à 10:18:30 dans ___PANTHEON | Commentaires (0) |

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