• Corinne Desarzens, Dévorer les pages

    Si je voulais chroniquer Dévorer les pages selon la méthode Desarzens, je parlerais de ce que le livre évoque pour moi : des érables lumineux en automne, un voyage aventureux dans un pays hospitalier, de la confiture de cerises, la grâce des chèvres qui gambadent.

    Mais il y a un vice de forme dans ma phrase. On ne peut pas parler de méthode Desarzens, tant notre auteur est guidé par sa fantaisie souveraine.

    C'est le cas pour la plupart de ses ouvrages. C'est le cas pour celui-ci, dans lequel elle évoque les livres qu'elle aime.

    Du coup, ses célébrations composent un recueil délicieux de textes qui appartiennent à des genres différents : récits de voyage, histoire d'amour, considérations diverses. On y trouve même, qui l'eût cru, des résumés de livres. Rares, il est vrai.

    Corine Desarzens préfère aborder les auteurs pas les angles les plus inattendus : évoquer par exemple les longues jambes de Nathalie Chaix et d'Aude Seigne à propos des Chroniques de l'Occident nomade de cette dernière ; décrire les lecteurs qui passent le temps dans le TGV pour conseiller Une banale histoire d'Anton Tchekov... Heureuse variété qui évite toute lassitude.

    Le choix des auteurs démontre également la curiosité encyclopédique de Corinne Desarzens, qui évite les livres les plus attendus, et même l'exclusivité francophone.

    Si, dans les listes qu'elle dresse utilement à la fin de son ouvrage, on trouve des auteurs reconnus comme Bruce Chatwin, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, ou même des auteurs de best-sellers comme Brett Easton Ellis et Haruki Murakami, ils côtoient des Arnaldur Indridason et des Banana Yoshimoto dont le nom seul est une invitation. Et qui connaît William March dont la Compagnie K serait pourtant un chef-d'oeuvre : « chaque séquence vous laisse sans voix, le souffle coupé. Prévoir, au moins, un jour entier sans parler à personne. Pour retrouver sa propre peau».

    Au final Dévorer les pages réussit le pari délicat que proposent ces livres qui évoquent des livres. Leur écueil est que souvent, ceux dont on parle nous intéressent plus que celui qui parle : on y pioche au hasard ou d'après les ouvrages cités.

    Corinne Desarzens, elle, nous donne l'envie de partager ses découvertes, mais aussi de ne pas lâcher son recueil avant de l'avoir fini. Et de se transformer. Par ce texte ou par les autres, proposés : « j’ai la conviction », écrit notre auteur, « que certains livres nous changent, au sens purement physique, voire physiologique, du terme. Si l’on regardait une coupe transversale de notre corps, on s’apercevrait que les molécules sont arrangées différemment »


    Corinne Desarzens, Dévorer les pages, Editions d'autre part


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