• Chauma, Delon et le Samourai

    Jean Chauma. Un braqueur de banque. Son roman, Bras cassés. Son entretien à la revue A contrario. J'ai parlé de tout ça. On y revient, à cet entretien, tellement la vision de Chauma me semble intéressante.
    Sur l'argot par exemple. Ce parler, explique Chauma, est responsable de beaucoup de choses dans le milieu des voyous. Il permet et provoque le délit, parce qu'iI propose un nombre limité de mots. Il se compose d'images qui atténuent la brutalité des faits. « Il m'a allumé » pour « il m'a tiré dessus », par exemple. De périphrases, de termes qui permettent de s'entendre sans jamais formuler les crimes, la faute. Ce qui les rend possible en les masquant. On ne dit pas : « Tu lui diras que j'ai tué son ennemi d'une balle dans la alain delon dans le samouraitête », mais : « Tu lui dira qu'il n'a plus besoin d'avoir de souci. »
    Ce langage est complété par des poses, des attitudes. Les voyous des années 70 trouvaient leur définition et leurs modèles dans le cinéma. Ils singeaient Lino Ventura, Gabin. Pour Chauma, c'était Delon dans Le Samouraï. Le film lui donnait ses postures et ses manières d'agir.
    Ces références étaient partagées par ces gens qui vivaient entre eux, dans la nuit,  « de brasseries en dancings, de dancings en clandés, selon un rythme immuable. » Une vie de clan, répétitive. « Il s'agit en somme d'une virilité de groupe de type homosexuel, mais sans sexualité. » Parce que «  la féminité équivaut à la soumission ».
    Justement la femme ? Elle est partout dans le milieu mais on ne lui parle pas. Avec la mère, les sœurs, il y a, d'après Chauma, un rapport incestueux. Symboliquement en tout cas. Il donne l'exemple du Parrain.
    Quant aux compagnes, elles doivent faire des passes. C'est la seule activité honorable. L'échange est le suivant : la gagneuse donne tout son argent à son mac et en revanche, celui-ci est fidèle. Ce qui veut dire qu'il n'est pas question pour lui de monter avec une prostituée.
    Mais mac, dit Chauma, c'est une vie étriquée qui singe la bourgeoisie. C'est du boulot. « Il faut protéger, punir ; sortir avec sa gagneuse ; compartimenter soigneusement sa vie si plusieurs femmes tapinent pour vous, éviter qu'elles ne viennent à se connaître entre elles, etc. »
    Le braquage, au contraire, qui était son activité de jadis, c'est facile. Pour les paresseux. Une action pleine d'adrénaline, ponctuelle, rapide, favorisée par le fait que comme les voyous ne parlent pas, ils communiquent par les actes.  
    C'est pour ça que le voyou se fiche de ses victimes. Puisque que les choses ne sont pas dites, explique Chauma, « elles n'ont pu être pensées, voilà tout. »
    Et, donc, le reste du monde n'existe pas chez les voyous. Ils ne peuvent pas l'exprimer. Ils n'en ont pas le concept. 

  • Commentaires

    1
    phil
    Lundi 9 Avril 2007 à 09:34
    voyous
    C'est pas tout à lfait les memes voyous que Boudard, qui sont plus folkloristes.
    2
    Vouvou
    Lundi 9 Avril 2007 à 10:39
    bordels
    Mais quelle est la position du milieu sur les bordels, si j'ose dire ? (Voir mon comm sur boudard)
    3
    a.r.cane
    Mercredi 11 Avril 2007 à 09:20
    postures de voyous
    C'est un peu démodé, non, comme milieu et comme figures? Alain Delon, Gabin, ça m'étonnerait que les jeunes délinquants d'aujourd'hui adhèrent à ce genre de choses. je pense que dans ces milieux, on a besoin de modèles, comme dans tous les milieux peut-être, et que les employés de banque par exemple ont une même "culture", mais à mon avis, ce n'est plus le Samurai du tout.
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :