• Café Glacier RemorIl y a une réputation qui s'attache au Café Remor. Celle d'un café d'intellectuels. D'intellectuels un peu vieillots peut-être.
    Non dans les âges mais dans les goûts. Des quadragénaires qui semblent encore savoir ce qu'était le structuralisme. Des trentenaires qui sortent du Centre d'Art Cinématographique à quelques dizaines de mètres, après avoir vu une rétrospective Hitchcock.
    Ils s'habillent d'ailleurs un peu rétro. Tweed pour les hommes, cols roulés, imperméables. Filles avec des franges droites courtes, des petites robes. Des lunettes en forme de papillon.
    Ça fait harmonie avec le jazz diffusé dans le café, avec le décor ancien et heureusement préservé, les coins en niche, les petites tables propices aux tête-à-tête. Pas du genre romantique et amoureux, non. Plutôt sur la politique ou sur les spectacles ou sur les rumeurs culturelles. Ou les expos présentées dans le lieu, qui changent régulièrement.
    Des femmes ensemble, entre copines. Des hommes en discussion. Ça drague quand même, mais assez discrètement.
    Pour que ça prenne son essor, il faut attendre les beaux jours, la belle terrasse qui est un must du coin. Ou plutôt les terrasses. L'une couverte, fermée, pour la mi-saison, l'autre sur le trottoir, devant la place du Cirque et l'ouverture de la Plaine de Plainpalais.
    Là oui, tout le monde y est. Tous ceux, je veux dire, qui ont au moins un papier pré-universitaire. Réservez vos places. C'est qu'il faut y être vu pour appartenir à un certain milieu.
    Qui a quand même une caractéristique bizarre. Les clients du café ont tous des livres ou au moins des journaux qu'ils apportent avec eux, qu'ils posent ostensiblement  sur la table. Mais personne ne lit jamais.
    Ils viennent peut-être pour les glaces ou les chocolats qui sont fameux.

    Café Glacier Remor, Place du Cirque 3, Genève. Pour en savoir plus, il y a un site très bien fait ici


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  • Comme chaque dimanche matin ou presque, je sors de l'Epi doré 2. C'est là où nous allons prendre un café dominical et lire le gros journal popu que, selon la formule, tout le monde aime tellement mépriser. Double avantage : on prend le pouls du monde et on se sent tellement intelligent, par comparaison.

    Ce bistrot est un des seuls ouverts dans le quartier, le dimanche tôt. En entrant, on est accueilli par un grand comptoir face aux vitrines, avec des pains dans des casiers, des pâtisseries et des sandwiches dans une vitrine. Parce que l'Epi doré est aussi une boulangerie, mais sans les afféteries et le côté vieille dame des tea-rooms. C'est plutôt Champagne de la Jarretièrevitalité et peuple.

    Petites tables en marbre noir composite. Une ou deux stammtisch en bois, plus collectives. Nous ne sommes pas seuls. C'est le rendez-vous des Portugais du coin notamment.

    La salle fait une sorte de L dont la longue branche traverse tout l'immeuble et donne par une fenêtre sur la cour intérieure. Des couples avec des poussettes, des quadras, des travailleurs au bar. Sur les murs, des affiches rétros pour du cacao, du Champagne de la Jarretière, du vermouth bianco ou du Martini. Des lampes en forme de demi-vasques et un plafond étoilé de petites lumières allogènes vers l'arrière, à moulures sur le devant, très beau, avec une lampe suspendue.

    Et une attraction : la patronne. Un personnage ! Une énergie, une vitalité, une personnalité !

    Si tu tombes sur ce billet, ne m'engueule pas la prochaine fois que tu me vois, Madame, comme la dernière fois où j'ai parlé ici de ton abattage. J'aime beaucoup ton café et ton dynamisme !


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  • Et voici un des plus beaux cafés du coin. Le Café du Marché. Ainsi aMarché de Plainpalaisppelé à cause du marché aux puces, qui se tient juste de l'autre côté de l'avenue.
    Ceux qui l'ont repris, il y a quelques années, ont eu l'intelligence de ne rien changer. Sol en catelles rouges et jaunes, chaises de bistrot, tables en bois avec des pieds de fonte, banquettes en bois  et revêtements des vastes baies en bois aussi, et le joli bar avec grand miroir, et les ventilateurs au plafond. Une chose, quand même, a été modifiée. L'éclairage. Les vieux néons qui donnaient un teint d'outre-tombe à tous ont été remplacé par des abat-jours pendus, en forme d'obus blancs très fins et allongés.
    Pour le reste, on a juste nettoyé, repeint, dans des couleurs proches de l'original, un peu plus chaudes, d'un jaune légèrement crème.
    L'endroit en avait bien besoin. Il était, comme tous ces vieux bistrots décatis, le repaire des buveurs locaux. Il y avait un gros patron, sa femme asiatique. Des types silencieux à leur table, seuls, ou alors soudain dans un groupe qui gesticulait et se disputait sur des sujets aussi fascinants que l'origine de la civilisation ou la religion ou la politique. Où sont-ils, quelques années plus tard ? Morts peut-être, ou en cure, ou dans des établissements spécialisés.
    Après leur départ le bistrot était devenu branché. Le genre, vous voyez, avec ardoises sur lesquelles sont notés les vins du mois et petites spécialités chères. Ça s'est amélioré. On y cultive désormais des aspects nostalgiques, avec des affiches aux murs, des vieux plans de villes, des gravures d'urbanisme ou des vues.
    Et puis vous pouvez boire de l'absinthe, il y a des fontaines pour ça. Et manger. Quoi ? Je n'ai jamais rien essayé. Mais il y a des gens qui le font. Et je vois qu'ils semblent contents.
     
    Café du Marché, Avenue Henri-Dunant 16, Genève

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  • Un mezze libanais La journée, le Sofra fait bistrot de quartier. Par la force des choses.
    Il se retrouve un peu esseulé dans le coin.  Le Café des Négociants, grande brasserie populaire qui se trouvait juste en face, de l'autre côté du carrefour, a fermé. Il y a un peu plus loin des restaurants italiens, mais ils ne proposent pas cette ambiance florale chaleureuse, ces palmiers en pots, ces fleurs, œillets, tulipes jaunes, dans de hauts bacs qui séparent la salle, et dont je me demande, de loin, en les regardant, si elles sont vraies ou pas.
    La salle est rectangulaire, en longueur, d'une seule pièce. Beaucoup de tables. Des nappes rouges et oranges. Au plafond, huit petits lustres régulièrement placés. 
    La moitié inférieure des murs est couverte de catelles géométriques et orientalisantes. Des étoiles, des frises, des motifs réguliers à dominante bleue, avec du rouge foie, du vert tempéré sur fond blanc.
    L'après-midi, cette atmosphère attire les employés du coin, les travailleurs, les veuves du quartier, certaines, très âgées, appuyées sur leur déambulateur. Les gens qui sortent du supermarché pas très loin et qui vont vite prendre une mousse ou un café avant de retourner à la maison.
    Puis le Sofra change, le soir, et devient un restaurant exotique aux spécialités méditerranéennes. Gastronomie arabe, dit une annonce sur l'internet.
    Vous pouvez y manger en toute tranquillité. Une amie libanaise, professeur de psychologie à l'université, et très à cheval sur la qualité de la nourriture du pays natal, lui a donné son feu vert. Un critère de qualité quand on goûte la cuisine de cette amie - et de sa mère.
     
    Le Sofra, 31 boulevard Carl-Vogt

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  • Café du rond-pointOn a mis du temps à s'habituer au changement.
    Depuis que je fréquentais le quartier, je vous parle ici de la fin des années septante... Depuis donc que je fréquentais le quartier, le Café du Rond-Point de Plainpalais n'avait pas changé. Un peu plus décati de mois en mois mais notre regard habitué ne voyait que le décor immuable de vieux bistrot, un des derniers du coin, au plafond noirci par le temps, les fumées et la cuisine, avec ses patrons capverdiens, un jeune couple au début, ses serveuses, des dames mûres avec expérience, et ses alcooliques le soir. Chacun à sa table avec sa consommation.

    Evidemment ça devait changer, on attendait avec l'événement avec appréhension. Est-ce qu'on allait tout bousiller ?

    Eh bien non. Pas tout mais un peu. Les volumes sont respectés, le plafond aussi, avec ses moulures, auquel on a accroché des lustres. Le bar est resté le même, adossé à un mur de catelles rouge foie. Mais on a repeint les murs et ça semblait une catastrophe au début. En rouge vif. Avec les boiseries du bas jaune pâle. On a changé le mobilier. Il y avait de magnifiques banquettes en bois le long des murs. Disparues. A la place : des chaises avec accoudoirs, petit dossier rouge et siège rembourré, rouge aussi. Pas du même ton que le pétant des murs ou le foie du bar. Trop de rouges.

    Du coup, les vieux consommateurs trognes à goutte ont été chassés, et ça a mis du temps avant que d'autres arrivent. Maintenant, le nouveau café a pris son rythme de croisière. Des étudiantes l'après-midi, un ou deux retraités, des quadragénaires plutôt chocolat chaud et café, des jeunes couples genre artiste, quelques clients du marché au puce proche. De la musique jazz. Une carte pas trop branchouillée, qui se laisse apprécier. Des soirées à thème.
    Et même un site, pour se faire une idée.  

    Café du Rond-Point, Rond-Point de Plainpalais 2


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