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Gainsbourg et le Suisse, par Jean-Yves Dubath | 07 décembre 2008

     Serge Gainsbourg 

Gainsbourg et le Suisse est une sorte d'ovni. Un récit singulier. Difficile, pour en donner une idée, de convoquer des modèles.
Tout au plus pourrait-on, si on voulait trouver des parrains à Jean-Yves Dubath, évoquer peut-être Charles-Albert Cingria pour la liberté de ton, ce goût du vagabondage, en tout cas dans le texte, et cette certitude qu'en littérature le sujet n'est qu'un prétexte.
Ou encore Boileau, celui du Lutrin, ce poème qui raconte d'une manière héroï-comique une dispute arrivée entre un trésorier et un chantre du chapitre. Un sujet insignifiant mais l'écriture en fait une épopée.
Et en effet, si son texte est moins parodique que celui de Boileau, il y a de l'épopée dans Gainsbourg et le Suisse. Non pas dans le sujet. Il ne s'y passe à peu près rien.
Le Suisse (qui est Pierre-Yves Dubath lui-même dans une incarnation précédente), expédié en 1987 comme chroniqueur au festival de cinéma de Valence, y rencontre Serge Gainsbourg venu présenter ses films et obsédé par l'idée d'être reconnu comme un grand réalisateur.
Gainsbourg s'éprend du Suisse, qui devient un des membres de sa garde prétorienne. Puis on déambule, on marche dans les ruelles, on boit dans les bars, on signe des autographes aux poulettes, on évite les admirateurs mâles, et Gainsbourg se fait arrêter par la police.
Mais ce fait marquant autour duquel tourne tout le récit est lui-même un trompe-l'oeil. Normal: on est dans le cinéma.
Presque rien, donc. Des digressions, des détours, des faits minuscules, mais que l'aura de Gainsbourg transforme en contes et légendes, et qui sont transcendés par une écriture qui cultive les digressions, les détours, une écriture sensible, malicieuse, travaillée, drôle, solide, riche et singulière.
Car c'est ça qui est la vraie aventure du livre. L'aventure d'une écriture.
Allez, un exemple. La fin:
« ... il faut bien dire et redire et redire encore ce qui se passa dans la rue piétonne.
« Ce constat seul est vrai.
« C'est lui qui attire, qui se laisse admirer, dessine, fonde, érige. C'est par lui que l'on saisit la gravité accompagnant chacune des heures que Dieu fait, et comment, on ne le sait guère, mais tout avance, en une tourbe, et si bien, tout va, et les lois sont si rudes. » (p.196)

(Et on trouvera un article de Jean-Michel Olivier sur ce livre dans son blog. Suivre le lien ici.)

Publié par Alain Bagnoud à 11:22:04 dans Lectures | Commentaires (0) |

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