• "Il n'est pas toujours inutile d'expliquer le sens intime d'une composition littéraire, dans un temps où la critique n'existe plus. "

                                                           Balzac, Préface de Béatrix
                                                                          1839


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  • Qui aurait pu résister, après Le cabinet des antiques (voir dans Panthéon) ? J'ai relu Les secrets de la princesse de Cadignan. Où on retrouve Diane de Maufrigneuse, une dizaine d'années après qu'elle a déniaisé et appauvri Victurnien d'Esgrignon. Oh, il peut se consoler en festoyant avec toute une confrérie ! Elle en a ruiné bien d'autres, et elle-même en même temps, à cause de ses folles dissipations, qu'elle « eut l'habileté de mettre sur le compte des événements politiques ». La révolution de Juillet.
    La princesse a 36 ans, un fils de 19, elle s'enterre dans un petit appartement et ne voit plus que la marquise d'Espard. Toutes deux devisent en déambulant dans un jardinet dont parlera le baron de Charlus. « Je connais le petit jardin où Diane de Cadignan se promène avec Mme d'Espard, c'est celui d'une de mes cousines. » Miracle du retour des personnages d'un grand auteur à l'autre, dans un univers devenu purement romanesque.
    La marquise, finalement, met l'écrivain Daniel d'Arthez sous le nez de Diane et la tigresse attaque. Elle le séduit facilement mais elle a un gros problème : sa réputation à lui faire avaler. On dresse partout dans le monde la longue liste détaillée de ses écarts et des amants qu'elle a dépouillés. Comme le lui dit d'Espard : « Nous sommes encore assez belles pour inspirer une passion ; mais nous ne convaincrons jamais personne de notre innocence ni de notre vertu. »
    Et pourtant si ! Avec une habileté supérieure, la grande rouée amène l'auteur à croire que rien de ce qu'on dit sur elle n'est vrai. Elle est admirable de cynisme, de calcul, de manipulation. Et puis aussi touchante. C'est sa dernière chance de trouver un amant de qualité, mais aussi ce qu'elle a toujours cherché en vain. « Ah ! je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour, s'écria la princesse. » Exécution ! Dénouement ! Violons ! Balzac est grand.


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  • C'est le blog de François Bon, Le Tiers Livre, qui m'a fait retourner à Balzac. Il en parle bien. Assez pour me donner l'envie de replonger dans un ou l'autre roman de la Comédie humaine. Oui, mais lequel ? Certains livres ont laissé un souvenir si éclatant qu'on les a déjà repris une ou plusieurs fois. Les Illusions perdues, Splendeurs et misères des courtisanes, Le père Goriot, par exemple
    La mémoire est trop faible pour qu'on se souvienne de tout mais certains titres de Balzac évoquent des scènes précises, d'autres provoquent quelque chose qui fait qu'on hésite. Le curé de Tours, par exemple. Qu'est-ce que c'est déjà, Le curé de Tours ? Quelle impression du curé de Tours me reste pour que je n'accorde qu'un coup d'œil à ce titre avant de passer plus loin ?
    Enfin, j'ai choisi Le cabinet des antiques. La chute de la maison ancestrale, provinciale et très-noble des d'Esgrignon et de son dernier représentant, Victurnien. Un enfant gâté, un faible caractère comme Lucien de Rubempré, qui n'a pas, lui, la deuxième chance de rencontrer un Vautrin. Comme toute sa famille place sur lui de hautes espérances et le voit dans les plus grandes places, elle l'expédie à Paris où il est séduit par la duchesse de Maufrigneuse, une des reines du boulevard St-Germain, une garce qui joue les anges vaporeux. On la retrouvera plus tard sous le nom de princesse de Cadignan. Ah, ça vous dit quelque chose ? Celle qui avait des secrets.
    Donc, Victurnien s'endette, se ruine, s'enfonce et finit par faire un faux. On est dès le début au courant de sa dégringolade annoncée, on la suit, on en jouit. C'est d'un sadisme absolu.
    La deuxième partie est moins enlevée. Serviteur fidèle et magistrats intéressés sauvent finalement Victurnien des galères. Confiné dans sa province, il épouse une bourgeoise qui a des millions, va faire de temps en temps la fête à Paris et restera toute sa vie un raté.
    Il y a quelque chose d'étrange dans le contraste entre les intentions de Balzac et ses réalisations. Il voulait soutenir les nobles mais son écriture démolit ces poupées arrogantes, leur orgueil ridicule, leurs prétentions dépassées.
    Disons, pour simplifier, que sa langue transcendait ses déterminations, que son sens littéraire l'emportait sur son idéologie. Que son génie était plus fort que lui.


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