• Articles sur Le Blues des vocations éphémères

    «Ecrire met de l'ordre dans ma vie» «Quand j'écris, je suis plutôt dans la jouissance»

    (Le Nouvelliste du 13.10.2010, repris dans autofiction.org)

    13 octobre 2010 - MANUELA GIROUD  -  

    LITTERATURE Hôte ce soir du château Mercier, Alain Bagnoud raconte la naissance de sa vocation dans son nouveau roman. Alain Bagnoud, 51 ans, né à Chermignon, vit à Genève, où il enseigne le français. A collaboré en tant que chroniqueur et éditorialiste au «Journal de Genève », au «Nouveau Quotidien» et au «Journal de Sierre». Parmi ses publications: «L'oeil du crapaud» (roman, 1991), «Saint Farinet» (essai, 2005), et trois volumes d'autofiction: «La leçon de choses en un jour» (2006), «Le jour du dragon» (2008) et «Le blues des vocations éphémères» (2010).

    «Le blues des vocations éphémères», ou comment un jeune homme, fils de paysan, a franchi les obstacles pour oser écrire. HOFMANN/A

    Il trouve le mot un peu pompeux, un peu connoté, mais l'utilise pourtant. Oui, l'écriture est une vocation pour Alain Bagnoud. Le Valaisan de Genève l'évoque dans «Le blues des vocations éphémères», troisième volet de son entreprise d'autofiction commencée en 2006. Où il raconte comment lui, le fils de paysan de 20 ans qui se sentait en décalage dans le monde universitaire, a su que la littérature serait sa voie. Un texte touchant que l'auteur vient présenter ce soir à Sierre.

    Pourquoi avoir entrepris ce travail d'autofiction?

    Pendant une dizaine d'années, j'étais bloqué dans l'écriture, je n'arrivais plus à écrire un roman qui soit satisfaisant. Alors j'ai écrit une autobiographie. Le texte était très médiocre mais il m'a donné envie d'aller creuser dans le matériel autobiographique, de l'utiliser en le fictionnant, en lui donnant un côté romanesque. Et puis je suis à un âge où l'on s'interroge sur sa jeunesse.

    Comment l'écriture a-t-elle pris le pas sur la musique et la peinture, qui vous attiraient aussi?

    Dès mes 12 ans, c'était vraiment l'écriture qui m'intéressait. Mais à l'université je me suis senti indigne, je me suis dit: «Ce n'est pas pour moi, je ne mérite pas de le faire.» C'était probablement lié au fait d'affronter, à travers l'université, de grands auteurs, mais aussi à une origine sociale. Une sorte de complexe d'infériorité provincial et villageois me faisait penser que je ne méritais pas de pénétrer dans la caste socio-culturelle des écrivains. Ensuite le choix s'est fait un peu par élimination. J'ai vu que la littérature était tout ce qui m'intéressait réellement et qu'elle me permettait d'avancer, de m'épanouir. Ça m'a rassuré et j'ai accepté ma «vocation».

    Etre enseignant et auteur publié alors qu'on se rêvait écrivain, c'est une frustration?

    Non, c'est très bien comme ça. J'ai pensé toute ma jeunesse que je serais enseignant et écrivain. Ce n'est pas exactement au niveau du rêve adolescent où l'on se voit devenir Chateaubriand, mais, après, les sujets de satisfaction se déplacent. On voit que ce qui nous intéresse, ce n'est pas tellement le succès commercial mais plutôt la satisfaction d'écrire; c'est ce qui fait qu'on continue.

    Quel regard portez-vous sur celui que vous étiez à 20 ans?

    J'ai pas mal de tendresse et d'ironie pour lui. Réécrire sur ce personnage et sur le passé m'aide à mieux le comprendre et à trouver que, finalement, il a fait ce qu'il pouvait.

    L'autofiction vous permet de vous réapproprier votre passé?

    Oui, et c'est comme si je recréais ma propre vie. Tout ce qui était un peu inutile, ou de l'ordre du hasard, je le place dans un système que je construis, qui est totalement subjectif, qui fait sens et me donne l'impression d'avoir une vie qui est organisée, qui va vers un but. Ça met de l'ordre dans ma vie. Ça me fait me sentir plus à l'aise par rapport à mon passé, plus serein.

    Quelle est votre ambition littéraire aujourd'hui?

    Au niveau personnel, écrire m'est indispensable. Je le fais tous les jours. Parce que ça donne une profondeur à ma vie et que ça me fait du plaisir - je ne suis pas dans la douleur, plutôt dans la jouissance. J'ai du plaisir aussi à sentir que mon écriture évolue, j'essaie de l'améliorer. Sur le plan social, je n'ai pas beaucoup d'ambitions. La littérature a perdu son prestige, c'est quelque chose d'un peu clandestin. En même temps, j'aime ça, j'ai beaucoup de contacts avec des écrivains, il y a des lecteurs qui sont là, ça fait comme une petite tribu dont les gens se reconnaissent.

    Ce troisième volet appelle une suite...

    Je le vois comme la fin d'une espèce de trilogie enfance-jeunesse. Avec cette sorte de conclu- sion que donne le livre, c'est-à-dire que je vais oser écrire, ça boucle un peu la chose dans ma tête. Je vais continuer à travailler sur l'autofiction puisque je m'y sens bien, mais en essayant de trouver une forme différente pour raconter la suite.

    «Le blues des vocations éphémères», Editions de l'Aire, Vevey, 2010, 208 pp., en librairie le 15 octobre.

    Alain Bagnoud, 51 ans, né à Chermignon, vit à Genève, où il enseigne le français. A collaboré en tant que chroniqueur et éditorialiste au «Journal de Genève », au «Nouveau Quotidien» et au «Journal de Sierre». Parmi ses publications: «L'oeil du crapaud» (roman, 1991), «Saint Farinet» (essai, 2005), et trois volumes d'autofiction: «La leçon de choses en un jour» (2006), «Le jour du dragon» (2008) et «Le blues des vocations éphémères» (2010).

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    Alain Bagnoud chante le blues

    Par Pierre Béguin (Blogres, Le blog d'écrivain, blogs de la Tribune de Genève 24.10.2010, )

    Bagnoudcouverture[1].jpgEn l’occurrence Le Blues des vocations éphémères. Ces vocations artistiques qui, dans ce troisième volet d’une trilogie commencée dans l’enfance avec Le Leçon de choses en un jour, et poursuivie dans l’adolescence avec Le Jour du dragon, agitent des protagonistes qui ont maintenant vingt ans, tiraillés entre musique, peinture et écriture, Car nous les retrouvons avec plaisir, ces personnages devenus familiers. Dogane, le fils d’immigrant, le révolté aux allures romantiques avec ses yeux flamboyants, sa chevelure bouclée et sa grande cape noire, et qui va faire son coming out. Léonard l’égocentrique, le d’Artagnan de la conquête féminine qui collectionne les échecs avec la suffisance aveugle de sa candide vanité. Et notre narrateur complice, plus torturé, introverti, dont la timidité exacerbe l’orgueil, souvent en décalage ou en retard d’une guerre. D’autant plus qu’il se retrouve, dans la pure tradition du roman d’apprentissage, figure de l’exil comme le cygne de Baudelaire, précipité de son Valais natal dans la grande ville universitaire au début des années 80, en ces temps de folie, de liberté, d’insouciance qui précédèrent le sida, les yuppies et l’argent facile, et dont la démesure prête parfois à la caricature. Une période bénie que l’auteur ressuscite avec talent et sagacité.

    Car Alain Bagnoud possède cette capacité à créer un décor, une ambiance, une atmosphère, à déterrer les trésors de la mémoire, avec une grande finesse d’analyse saupoudrée d’autodérision et d’humour tendre. Son enfance fut aussi valaisanne et catholique que la mienne fut genevoise et protestante. Et pourtant, dans le premier volet de ces autofictions (La Leçon de choses en un jour) elles n’en demeurèrent pas moins étrangement semblables à la confrontation des souvenirs. J’ai ressenti une impression similaire à la lecture de ce troisième volet. Le jargon estudiantin, les postures du pseudo «lettreux», sa suffisance qui cache ses ignorances et son manque d’assurance, son idolâtrie de quelques gourous verbeux à la mode. Et bien d’autres travers, caractéristiques et anecdotes que j’ai connus, qui m’avaient alors souvent amusé, parfois irrité, et que l’auteur sait admirablement faire revivre pour notre plus grand plaisir. Car ce blues là, dans sa ligne mélodique, chante le bonheur, l’insouciance et la nostalgie heureuse. Même si, en profondeur, il contient des accents plus graves et récurrents comme un refrain douloureux, une thématique déjà abordée dans les deux livres précédents et qui sert de fil conducteur à cette trilogie: la lente et difficile maturation vers l’écriture. Pourquoi et comment devient-on écrivain? La réponse n’est pas dans le vent mais peut-être bien quelque part dans ce roman, entre l’Université de Genève et le Valais d’Aulagne.

    Alain Bagnoud : Le Blues des vocations éphémères, Editions de l’Aire

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    Alain Bagnoud, le cul entre deux chaises

    par Eric Felley  (Valais-Mag)

    mardi 2 novembre 2010

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    « Le Blues des vocations éphémères ». Alain Bagnoud. 204 p. Editions de l’Aire. Vevey. 2010

    Avec son nouveau récit autobiographie, l’écrivain Alain Bagnoud nous ramène au début des années 80, lors de ces débuts à l’université de Genève. Dans « Le blues des vocations éphémères », il raconte cette période troublée où les certitudes s’effondrent et se construisent.

    Dans un huitième livre paru aux Editions de l’Aire, l’écrivain Alain Bagnoud nous fait revivre une période de sa vie qui remonte aux années 80. Autobiographique, dans le fil des deux livres précédents, « Le blues des vocations éphémères » fait référence à un vieux thème de 1928 - « The blues of passing vocations » - standard joué par l’écrivain-guitariste à cette époque. Un titre qui couvre parfaitement le contenu de cette tranche de vie, où l’auteur se cherche entre la musique, la peinture et enfin l’écriture.

    Alain Bagnoud, née à Chermignon en 1959, fils de paysan, démontre sa volonté claire d’alors de devenir un artiste, un créateur. Cette position est forcément inconfortable pour le jeune Valaisan parachuté à Genève au milieu d’une population estudiantine plus riche et plus urbaine, alors que sa terre natale s’accroche encore à ses bottes. Il se heurte à l’indifférence et à la froideur de ce milieu, à l’inverse de son coin de Valais où il a gardé ses attaches, une petite amie baba-cool et des copains d’orchestre de bal. Il en résulte une peinture assez précise, presque universelle de ce petit milieu saisi dans un vernissage ou un bal de village. Alain Bagnoud s’attarde aussi, un peu trop peut-être, à régler d’anciens comptes avec les milieux de la fumette et de la défonce de l’époque, hippies fatigués arrivés trop tard sur le marché du rêve.

    Il découvre aussi que son meilleur ami est homosexuel : « Je sors du lit d’un mec » lui dit-il un jour, et cette phrase n’en finit pas de tourner dans sa tête. D’autres aussi ont fréquenté les cercles littéraires et masculins autour d’un professeur surnommé Décaméron. Ce qui semble être une constante autour des collèges valaisans. La découverte de l’homosexualité de son ami symbolise l’effondrement d’un monde et une remise en question profonde, qui s’étend aussi à son avenir de peintre ou de musicien.

    Dans cette période, Alain Bagnoud a littéralement le cul entre deux chaises. A Chermignon, il passe pour un intellectuel qui voudrait snober son monde et ses amis d’enfance. Et à Genève, il n’est rien qu’un étudiant valaisan un peu perdu et maladroit qui revendique une autre culture. Certains Valaisans de cette génération se retrouveront dans son personnage balloté entre la ville, le train et le retour au village, sur un fond de camaraderie estudiantine, de velléités sentimentales et de solitude.

    Il y a dans ces pages la franchise d’un récit de vie et ses vertus thérapeutiques. Alain Bagnoud se met à nu, sans complaisance, dans des petites choses, des petites réflexions qui peuvent nous paraître anecdotiques ou parfois un peu sentencieuses. Trente ans plus tard, des vocations éphémères, il reste l’écriture et une forme d’éducation sentimentale qui plonge le lecteur dans la rêverie de ses propres souvenirs, finalement pas si lointains.

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    Il est des blues heureux

    par Serge Bimpage (Mon oeil, 4.11.2010, blog de la Tribune de Genève et La Vie Protestante, décembre 2010)

    alain bagnoud.jpgDès l’instant où son ami Dogane - celui qu’il admire entre tous - lui avoue « Je sors du lit d’un mec ! », sa vie bascule du tout au tout. C’est-à-dire sa conception du monde. Enfin, sa manière de le regarder. Désormais de biais, avec un peu de méfiance. C’est-à-dire en se méfiant de sa propre façon de le regarder. Bref, le héros du Blues des vocations éphémères découvre la complexité des choses. Celle-ci heurte de plein fouet son éducation de fils de paysan de montagne valaisan descendu à la ville pour entreprendre des études.
    Le choc est plus rude que le sol de ses origines. Il conduit à une révolte à laquelle il ne tient pas vraiment, attaché qu’il est aux siens, à sa terre, à l’authenticité de ses repères. En même temps, comment résister aux sirènes de la ville, à l’enivrement de la rhétorique universitaire ? A la nouveauté désarçonnante des années septante et son lot d’expériences sexuelles, psychédéliques, intellectuelles et artistiques ?
    C’est sans doute afin de trouver un compromis que le narrateur décide de devenir artiste. En quoi, il ne sait trop. Les autres lui donnent des complexes. Voilà pourquoi il s’accroche au groupe de musiciens de bal de son village, The Dragon, qui lui permet d’entretenir l’illusion du succès.
    Tout le sel de ce troisième et dernier tome de la trilogie autobiographique d’Alain Bagnoud réside dans ces allers-retours entre la ville universitaire et son village natal. Ils constituent la métaphore du doute, douloureux mais sans lequel il n’est point d’intelligence. En malicieux démiurge, il convoque ses personnages complices de cette époque des années soixante-dix pour les laisser se risquer vers leurs certitudes. Le héros timide se borne à prendre des notes en attendant son heure. Et voilà comment le héros devient l’heureux chroniquer de son destin : l’ouvrage se lit d’un trait.

    Serge Bimpage

    Le blues des vocations éphémères, par Alain Bagnoud. Editions de L’Aire, 204 pages.
     
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    Le swing d'Alain Bagnoud

    Par Jean-Michel Olivier (Ecrivain de la comédie romande, 10.11.2010)

    images-2.jpegC'est au sud de la Crète, dans le petit village de Paleochora, pendant les vacances scolaires, que j'ai lu le dernier roman d'Alain Bagnoud, Le Blues des vocations éphémères*. Peu de montagnes, autour de moi, pas d'université non plus. Beaucoup de vignes, par contre. Et le murmure de la mer, toujours recommencée…

    Je recommande la lecture de Bagnoud au bord de la mer, surtout en automne, saison des feuilles mortes et des blues lancinants. C'est avec plaisir qu'on retrouve le narrateur, double à peine masqué de l'auteur, dans ses vagabondages et ses errances entre la grande ville et son petit village valaisan. Avec plaisir aussi qu'on retrouve ses grands amis Dogane et Léonard, ainsi que ses conquêtes féminines. Bien qu'il puisse être lu indépendamment des deux premiers volumes (La Leçon de choses en un jour et Le Jour du dragon**), Le Blues des vocations éphémères s'inscrit dans une quête littéraire ambitieuse, qui frappe par sa justesse et son intégrité. En racontant ses premiers mois d'étudiant à l'Université, de Genève sa fascination pour la grande ville, les esprits cultivés, le nouveau milieu bohème qu'il fréquente, Bagnoud ne triche pas. Il essaie de coller au plus près de son expérience passée en revisitant cette jeunesse hantée de fantômes inquiétants et familiers. En passant, il nous brosse une galerie assez épatante de portraits de professeurs engoncés dans leur savoir ou, au contraire, faisant copain-copain avec leurs étudiants. C'est peu dire que le narrateur cherche sa voie dans les allées des Bastions. Il veut devenir écrivain. Ou peintre. Ou musicien. Attiré par ces trois formes d'art, il constate, hélas, qu'il n'est pas élu. « Ma vie informe de garçon normal, en rien prodige, n'est pas entraînée vers une destinée inévitable par une flèche droite (…) Elle va mollement, ballottant dans un sens ou dans l'autre, semblant pouvoir être détournée par n'importe quel événement. » Les textes qu'il écrit ne ressemblent pas à ceux qui sont encensés à l'Université. La musique qu'il aime (le folk, le blues) n'est pas celle qu'il joue dans les bals populaires avec son groupe. Et Dogane, en matière de peinture, semble beaucoup plus doué que lui…

    images-1.jpegDogane, parlons-en. Ce beau garçon aux boucles noires lui avoue un jour qu'il « sort du lit d'un homme. » Le narrateur est moins choqué par cette nouvelle (qui l'ébranle tout de même) que par sson propre aveuglement. Comment n'a-t-il pas compris plus tôt la nature secrète de son ami, pourtant intime ? Cette révélation, qui touche au cœur de l'amitié, va en entraîner d'autres, tout au long d'un roman qui se lit d'une traite. Les atermoiements du narrateur, souvent décrits avec humour, voire ironie, se poursuivent lorsqu'il revient chez lui, dans son village natal. Mais ce chez-soi lui paraît à présent étranger. Il peine à retrouver sa place dans ce monde familial et familier. Certes, il retrouve le langage direct de ses amis, mais ce langage semble parasité par ce qu'il a appris en ville. Quelle langue est donc la sienne ? L'ancienne langue « naturelle » du village ? Ou la nouvelle langue des études ? Là aussi, le narrateur chante le blues. Mais ce n'est pas un blues triste. C'est le blues des vocations fragiles. Du déracinement et de la trahison (le narrateur apprend, comme Annie Ernaux, que pour devenir soi-même, en particulier par ses études, il faut nécessairement trahir les siens). Le blues de la vie qui vous entraîne dans son torrent…

    On sent ce balancement, ce swing, d'un bout à l'autre du livre. Déchiré, tiraillé, écartelé entre ville et village, chanson et peinture, langue naturelle et langage lettré, comme il est déchiré entre Ilya et Bérengère, le narrateur cherche sa voie en grattant sa guitare, comme il cherche ses mots en écoutant les mots des autres. Scandé en sept couplets, le roman de Bagnoud explore avec justesse cette faille intime que beaucoup d'étudiants ont vécue. C'est vif, bien écrit, entraînant. Il faut le lire avant la fin de l'automne !

    * Alain Bagnoud, Le Blues des vocations éphémères, roman, L'Aire, 2010.

    ** Alain Bagnoud, La Leçon de choses en un jour et Le Jour du Dragon, L'Aire.

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    AUTOFICTION- « LE BLUES DES VOCATIONS ÉPHÉMÈRES » D’ALAIN BAGNOUD

    L’âge des rêves et des doutes

    Par Marc-Olivier PARLATANO, Le Courrier, 4 décembre 2010

    A l’université de Genève, au début des années 1980, un jeune homme cherche sa voie. c’est le propos du Blues des vocations éphémères de l’écrivain valaisan Alain Bagnoud. Ce livre constitue la troisième étape d’une série d’autofiction dont les deux premiers volets s’intitulent La Leçon de choses et Le Jour du dragon. Le lecteur romand y explorera notamment les Bastions, autour de la faculté des lettres de l’Unige et de la défunte Brasserie Landolt – fréquenté en son temps par Lénine, ce lieu mythique compte au nombre de ceux, comme dit la chanson, que les moins de 20 ansn ne peuvent pas connaître – et ce, dans les années 1980. Quoique l’ouvrage n’ait, de loin, pas que Genève pour cadre.

    Tiraillé par les rêves et les espoirs, le protagoniste passe des salles universitaires à un bal de campagne ou un vernissage. Il a 20 ans – or, tout lecteur sait depuis Paul Nizan que ce n’est pas le plus bel âge de la vie – et il imagine devenir un artiste. Mais il ne sait que choisir: la musique, la peinture, l’écriture? La vie du jeune homme oscille ainsi entre sa commune natale, en Valais, et Genève. Au vil des semaines, il vit plus d’une aventure amoureuse. En outre, des découvertes autour de la sexualité l’attendent, tandis qu’il s’interroge: « Comment prendre la bonne direction sans me tromper? N’ a-t-il pas des signes, dans ce qui m’arrive, que je pourrais interpréter? »

    Entre anecdotes, scènes du quotidien, échanges, émotions, Le Blues des vocations éphémères dépeint les hauts et les bas d’un personnage central qui, loin d’avoir été vêtu du costume d’un héros, se révèle au contraire très humain, traversé par des doutes et des contradictions qui n’épargnent pratiquement personne, où chacun peut donc se reconnaître.

    MOP

    ALAIN BAGNOUD, LE BLUES DES VOCATIONS ÉPHÉMÈRES, L’Aire, 2010, 206 PP.

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    Ô terrible jeunesse!

    par antonin moeri (Blogres, le 23.11.2010)

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    À part ceux de Billie Holliday et de Robert Johnson, je connais très peu le blues. Et puis, les groupes d’amis dans lesquels on se fond, et dont on pourrait avoir la nostalgie quelques années plus tard, je n’en ai jamais connu. J’étais donc mal barré pour apprécier pleinement le dernier roman d’Alain Bagnoud. Il y rappelle les années 80, celles où le héros quitte son village valaisan natal, entre à l’université et découvre la ville, ses bars, ses filles, ses rumeurs, ses lumières, ses odeurs et ses drames. Ce héros est partagé entre un monde rural dont les valeurs le hérissent, mais où une certaine authenticité le séduit et un monde urbain où les perspectives s’élargissent, où une autre langue peut se construire, où le clavier peut s’étendre. Genève n’est pas Paris ni Londres ni New York mais des silhouettes étranges s’y croisent dans certaines pénombres, les richetons y affichent leurs insolentes certitudes, Rastignac peut y nourrir de vraies ambitions.

    Ce qu’il y a de plus étonnant dans ce livre, ce sont les mille et une observations, notations, descriptions de lieux et de personnages. En quoi Bagnoud affirme et développe son talent de romancier. Mais ce qui touche un lecteur de ma sorte, c’est la musique presque lancinante, une forme de nostalgie que le blues doit certainement exprimer, en tout cas celui qui m’est familier, celui de Billie Holliday et, surtout, celui de Robert Johnson qui murmure l’épopée d’un malandrin courant éperdument vers la femme adorée. Et le malandrin de tomber sur les genoux, au comble de l’épuisement, dans un carrefour. Et c’est à genoux, au milieu de ce carrefour, que le malandrin module son chant qui n’a rien de triste mais vous saisit à la base même du tronc.

    Une des trames du livre mène le lecteur dans ce qu’on pourrait appeler une enquête. Stupéfait par la révélation d’un de ses meilleurs amis, dont il admire les dessins et les peintures et qui représente pour lui un modèle dans le domaine de l’art, le narrateur sombre dans ce genre particulier d’abattement que le réel peut nous réserver. «J’ai couché avec un mec», lui a dit cet ami admiré qui, depuis «toujours», aimait les garçons. Le trouble que chacun peut ressentir devant une sexualité autre fait chez le narrateur tomber les barrières de protection que ses représentations avaient, jusque là, maintenues droites.

    Ce que Bagnoud a ressenti dans ces années où tous les possibles semblaient sourire, c’est sans doute ce qu’il a voulu recréer dans un climat d’écriture qu’on n’oublie pas, auquel on voudra revenir et qui fait, dans la lumière des sunlights, résonner les torsions de cordes et les glissandos discordants d’une jeunesse que l’artiste sait préserver. Rimbaud, une fois de plus, avait raison: «On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans».


    Alain BAGNOUD: Le blues des vocations éphémères.

    Editions de L’Aire, 2010


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    D'Ollon à Genève

    Par Isabelle Bagnoud (Journal de Sierre, 10.12.2010)

    Enseignant à Genève et originaire d’Ollon, Alain Bagnoud vient de publier le dernier tome de son triptyque autobiographique, «Le Blues des vocations éphémères» aux Editions de l'Aire.

    Pour être plus précis, il s'agit plutôt d'une autofiction. Un roman inspiré, comme les deux précédents, par sa vie, mais retravaillé de manière à tout condenser en une seule journée.

    Le narrateur avait 7 ans dans le premier tome, on y découvrait un village et ses figures; dans le second, il a 14 ans et vit la Saint- Georges, ses premiers émois amoureux et l'entrée dans la fanfare.

    Dans ce dernier roman, l'écrivain a 21 ans. Le jeune homme s'est expatrié pour suivre des études universitaires à Genève (on reconnaît Genève même si elle ne s'appelle pas ainsi dans le roman). Comme beaucoup de Valaisans, il y découvre la grande ville, cache son accent – Alain Bagnoud l'a d'ailleurs totalement perdu – se frotte à la froideur protestante... Le narrateur aura surtout à coeur d'apprendre de nouveaux langages qui lui permettront «d'en être».

    Durant cette journée, le personnage se retrouve sur les bancs universitaires, avec ses deux amis valaisans puis quitte Genève pour son village natal où il doit, le soir, animer un bal. Avec le retour au village c'est aussi le retour du fils prodigue, forcément transformé et le goût amer d'avoir trahi ses parents en changeant de statut social…

    Alain Bagnoud a confié, l'autre jour, à Espace 2, qu'il a mis beaucoup de temps à réaliser que ce qu'il avait vécu valait la peine d'être raconté. Et il le raconte très bien, impossible de ne pas s'y reconnaître, alors pourquoi pas la trilogie sous le sapin?


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    Alain Bagnoud, Le blues des vocations éphémères

    Par Elisabeth Vust (Culturactif)


    Si ce récit clôt une trilogie, il peut tout à fait se lire de manière indépendante. Trilogie d'autofiction qui revient sur des commencements: entrée dans l'âge de raison dans La leçon de choses en un jour (2006), qui montrait par ailleurs un Valais encore très marqué par les traditions ancestrales; premières fois multiples dans Le jour du dragon (2008), où un adolescent intègre la fanfare du village, est initié à l'amour et au cannabis, et se découvre une âme d'artiste.
    Le narrateur (et double romanesque de l'écrivain) avait 7 ans dans la première partie, 14 ans dans la seconde. Il a 21 ans dans Le blues des vocations éphémères , qui se passe également sur une seule journée, rendue si particulière et emblématique par un travail de condensation de la mémoire et de concentration narrative. Autobiographie et littérature font ainsi bon ménage dans ce triptyque, alliant constance (unité de temps, narration au « je ») et évolution, du héros bien sûr, mais aussi du style. Suggestive et elliptique dans les remémorations de l'enfance, l'écriture devient plus explicite dans ce nouveau récit, trop parfois, comme pour souligner l'état d'esprit du héros, qui a la prétention, le côté poseur propre à son âge. Et en reflet de cette période de la vie où les rêves sont mis à la rude épreuve de la réalité, le ton se fait introspectif.

    Venu à Genève pour étudier, le héros du Blues des vocations éphémères ne reçoit pas un accueil à la hauteur de ses espoirs, lui qui se voyait en Rastignac arrivant à Paris. La froideur troublante du climat protestant et l'indifférence des gens à sa présence le renvoie à ses attentes et à ses origines valaisannes. La langue est le lieu d'un fossé culturel et préside conjointement à sa mue: il change sa façon de parler, abandonne l'égrenage de la « liste campagnarde des merci, à demain, bonne journée, bon week-end, bon retour, bonne nuit », accélère son tempo, et s'improvise « aventurier et espion » recueillant des informations sur les autochtones et leur ville.
    Les illusions volent en morceaux, de tous les côtés: dans les auditoires de l'Université et les cafés, sur les fronts du savoir et des relations. Sur les trottoirs également, puisque son ami d'enfance Dogane lui annonce en pleine rue de Genève, et en pleine figure, qu'il « sort du lit d'un mec ». Panique du narrateur, « les meubles valsent, les pots de fleurs s'écroulent ». Cette révélation sexuelle fait vaciller les certitudes de fraternité, d'identité. Choc du réel, cruel mais salutaire pour le jeune homme issu d'un Valais où l'on ne parle pas d'homosexualité.
    Les soixante-huitards ont beau avoir plébiscité coming out et autres dévoilements, la jeunesse des années 80, même urbaine, est dépeinte ici comme frileuse, ne sachant pas trop quoi faire de l'héritage du passé à part fumer des joints.

    L'amitié, l'amour sont, ou plutôt deviennent problématiques à plusieurs titres pour le narrateur, avec notamment la question de savoir s'il est possible d'établir un lien authentique sans partager valeurs et expériences du passé. En s'exilant, le Valaisan est pour ainsi dire devenu apatride. Il ne se sent pas (encore) chez lui à Genève, il ne l'est plus dans son village natal, où il retourne cela dit, pour gratter de la guitare dans des bals, retrouver sa soi-disant amoureuse, la maison familiale et cette cuisine « où les idées passent moins bien que n'importe où ailleurs ». Face à cette difficulté de communiquer avec les siens, on pense à un autre écrivain valaisan, Jérôme Meizoz, et à ses récits intimes, de Morts ou vif (1999) au tout récent Fantômes (2010), hommage bouleversant et pudique aux disparus, aux présences invisibles en nous. On y lit: « la famille se fait pesanteur quand elle rappelle ses attentes et ses lois, jusque-là demeurées silencieuses, enfouies dans l'affection ».
    Jérôme Meizoz et Alain Bagnoud (entre autres écrivains « expatriés ») parlent de ces sentiments de fierté et de trahison partagés par celui qui part étudier et ses parents qui restent. Fierté de pouvoir accéder à ce qui a été inaccessible pour les générations d'avant; trahison du milieu social.
    Au final, entre désir d'émancipation et désir d'appartenance, Le blues des vocations éphémères trace un chemin le long duquel les illusions aboutissent tout de même à une vocation: l'écriture. Chemin de vie, revécu, retrouvé, réinventé dans un roman de formation, de questionnements et d'immersion sociologique, émotive, culturelle, musicale dans une Suisse romande des années 80 contrastée.

    Elisabeth Vust

     

      En bref

     

    In breve in italiano

    Alain Bagnoud, di origine vallesana, conclude con Le blues des vocations éphémères una trilogia delle origini sotto forma di autofinzione. Dopo La leçon de choses en un jour (2006) incentrato sull'infanzia e la scoperta dell'età della ragione, Le jour du dragon (2008) esplora le molteplici iniziazioni di un adolescente di 14 anni. Con il terzo volume lo scrittore prosegue con il racconto di una giornata particolare nella vita del suo alter ego di 21 anni. Il ragazzo si è trasferito dal villaggio natale in Vallese per studiare a Ginevra. I suoi sogni, messi a confronto con la realtà, sono messi a dura prova: ad esempio quando ritrova un vecchio amico d'infanzia che gli rivela d'essere omosessuale; oppure quando si rende conto di non sentirsi più né vallesano né parte della città d'adozione.
    Dai banchi d'università il mattino al ballo di paese la sera, il racconto immerge il lettore negli anni ottanta e nella mente di un giovane in balìa dei propri desideri che a volte oscillano tra emancipazione e appartenenza. E fra tutte le illusioni perdute si fa strada una vocazione: la scrittura.

    ***

    Kurz und deutsch

    Mit Le blues des vocations éphémères schliesst der ursprünglich aus dem Wallis stammende Alain Bagnoud eine Faction-Trilogie, in welcher er Anfänge thematisiert. In La leçon des choses en un jour (2006) ging es um den Eingang in das Alter der Vernunft, während in Le jour du dragon (2008) um die verschiedenen Initiationen eines 14. jährigen Jugendlichen und jetzt geht es um einen besonderen Tag im Leben seines 21.-jährigen Alter-Ego. Dieser hat sein Walliser Geburtsdorf verlassen, um in Genf zu studieren: seine Träume und Gewissheiten werden dabei allerdings durch die Realität stark auf die Probe gesetzt, dann, zum Beispiel, wenn sein Kindheitsfreund ihm seine Homosexualität verrät. Ausserdem fühlt sich der Erzähler nicht mehr seinem Geburtsort zugehörig, seiner neuen Wahlheimat Genf aber auch noch nicht.
    Die Erzählung führt uns in die 80er-Jahre, am Morgen in die Hörsäle, abends auf ein Dorffest ins Wallis und vor allem führt sie uns in den Kopf eines jungen Mannes, der von widersprüchlichen Wünschen von Emanzipation und Zugehörigkeit bewohnt is.
    Und inmitten all der verlorenen Illusionen, macht sich eine neue Berufung breit: das Schreiben.

     

    Page créée le: 20.12.10

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    Bagnoud5.JPGVitelloni à la valaisanne

    Par Jean-Louis Kuffer, Passion de lire, 24 heures

    On se rappelle en souriant les dadais provinciaux de Fellini, dans Les Vitelloni, en suivant les pérégrinations du double romanesque d'Alain Bagnoud, fils de vigneron du Valais qui débarque à Genève pour y faire ses études de lettres non sans hésiter entre les carrières de chanteur de rock, de peintre ou d'écrivain. Le titre de ce troisième volet d'un triptyque autiobiograpique (après La Leçon de choses en un jour et Le jour du dragon) est emprunté à un standard de Marclette Honoré, The Blues of passing vocations, sur lequel ont rêvé le protagoniste et ses compères Dogane (le fils d'immigrés italien dandy dont les errances sexuelles inquiètent un peu son ami), Léonard (le chanteur et guitariste du groupe The Dragon), entre autres figures de cette semi-bohème juvénile détonant plus ou moins dans la communauté encore soudée du lieu, où les émules de Dylan & Co se contentent pour le moment de faire les bals locaux...
    Après un début qui rend bien le malaise du jeune plouc débarquant dans la grande ville froide où il a le sentiment d'être snobé par tout le monde, l'auteur égratigne les poses artificielles des étudiants se piquant de modernité jargonnant à qui mieux mieux, dans une veine qui se veut satirique mais qui lui convient peu, par trop lourdingue. Bien meilleur dans l'évocation des atmosphères et des personnages de son environnement naturel, et surtout après son retour au pays, Alain Bagnoud excelle à saisir la gêne liée au choc des mentalités, entre parents paysans et jeunes gens en train de s'américaniser, Valais traditionnel et nouvelle culture émancipée. Au fil de dialogues aussi elliptiques que significatifs, avec pudeur et tendresse, l'écrivain restitue bien ce moment des grandes espérances universalistes des années 70 en butte à la réalité rabat-joie de la Suisse profonde.

    Alain Bagnoud. Le Blues des vocations éphémères. L'Aire,206p. °°

     

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    Le goût des lettres No. 228 : Bagnoud’s blues

    mercredi 1er décembre 2010
    par Serge BIMPAGE , Scènes Magazine


    Dès l’instant où son ami Dogane - celui qu’il admire entre tous - lui avoue « Je sors du lit d’un mec ! », sa vie bascule du tout au tout. C’est-à-dire sa conception du monde. Enfin, sa manière de le regarder. Désormais de biais, avec un peu de méfiance. C’est-à-dire en se méfiant de sa propre façon de le regarder.

    Bref, le héros du Blues des vocations éphémères découvre la complexité des choses. Celle-ci heurte de plein fouet son éducation de fils de paysan de montagne valaisan descendu à la ville pour entreprendre des études.

    Le choc est plus rude que le sol de ses origines. Il conduit à une révolte à laquelle il ne tient pas vraiment, attaché qu’il est aux siens, à sa terre, à l’authenticité de ses repères. En même temps, comment résister aux sirènes de la ville, à l’enivrement de la rhétorique universitaire ? A la nouveauté désarçonnante des années septante et son lot d’expériences sexuelles, psychédéliques, intellectuelles et artistiques ?

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    Alain Bagnoud
    Photo Nicole Weber

    C’est sans doute afin de trouver un compromis que le narrateur décide de devenir artiste. En quoi, il ne sait trop. Les autres lui donnent des complexes. Voilà pourquoi il s’accroche au groupe de musiciens de bal de son village, The Dragon, qui lui permet d’entretenir l’illusion du succès.

    Tout le sel de ce troisième et dernier tome de la trilogie autobiographique d’Alain Bagnoud réside dans ces allers-retours entre la ville universitaire et son village natal. Ils constituent la métaphore du doute, douloureux mais sans lequel il n’est point d’intelligence. En malicieux démiurge, il convoque ses personnages complices de cette époque des années soixante-dix pour les laisser se risquer vers leurs certitudes. Le héros timide se borne à prendre des notes en attendant son heure. Et voilà comment le héros devient l’heureux chroniquer de son destin : l’ouvrage se lit d’un trait.

    Serge Bimpage

    « Le blues des vocations éphémères », par Alain Bagnoud. Editions de L’Aire, 204 pages.


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