• Alphonse Boudard et Louis-Ferdinand Céline

    Il y a un obstacle  quand on commence un livre de Boudard: la langue. On se demande très sérieusement au début si on est en train de lire un pastiche ou une parodie de Céline.
    Mais on se rend vite compte que c'est du sérieux. Boudard ne veut pas amuser, citer. Il n'y a aucune ironie dans son propos. Il écrit comme Céline, avec un ajout supplémentaire d'argot actualisé (l'argot d'après-guerre), mais en respectant le style du maître dont il s'est approprié l'écriture.
    J'ai cherché à comprendre cette servilité. Une des ses explications m'a éclairé. Je cite : 
    « 
    À partir du moment où j'ai lu Céline, où j'ai compris Céline, je me suis dit : "La littérature n'est pas une chose fermée." J'ai trouvé chez lui un langage qui venait de la rue, qui n'était pas celui des livres que j'avais lus jusque-là. »
    Où on voit que Boudard fait une erreur !
    Céline n'a pas trouvé son langage dans la rue, il l'a inventé. Il était obsédé par la littérature, par la forme, par l'innovation, la recherche de formules. Boudard, lui, Alphonse Boudardtrouve son langage dans Céline.
     C'est dire qu'il n'en a pas de propre. On est dans l'imitation.
    C'est ce qui gêne, au début. Après quelques dizaines de pages, ça passe mieux. On oublie ces tics, cette appropriation soumise. On s'ouvre à l'univers d'Alphonse. Venu d'un milieu modeste, comme Céline. Ayant frôlé le monde des voyous, comme Céline à Londres, étant tombé dedans, lui, Boudard. Anarchiste naturel, comme Bardamu du Voyage. Obsédé par le sexe, comme le Céline des premiers livres.
    C'est, si on veut, un petit Céline optimiste et mineur.
    Je me fais ces réflexions après avoir lu L'éducation d'Alphonse. Je vous en parle bientôt.


  • Commentaires

    1
    P.Vou
    Vendredi 30 Mars 2007 à 09:42
    Différences
    Ici, c'est les différences qui comptent, pas les ressemblances.
    2
    Marinette
    Vendredi 30 Mars 2007 à 16:08
    Céline et la langue
    Je suis bien d'accord pour dire que Céline a inventé un style, une manière d'écrire. Mais il s'est fortement inspiré de l'oral (pas forcément de la langue de la rue, mais de l'oral). Sa syntaxe à des points communs avec celle que l'on trouve quand on transcrit ce qui est réellement dit (et pas quand on refait des phrases après coup). Salut à toi Alain bagnoud!
    3
    Vendredi 30 Mars 2007 à 18:22
    céline et la langue 2
    Je ne connais pas assez la langue de la rue à l'époque de Céline pour trancher, mais j'imagine, Marinette, que c'est un peu comme Ramuz. Sa langue ne copie pas ce qu'il a entendu, mais elle essaie de recréer une sorte de musique, de rythme, ce qui fait que j'y reconnais un peu le phrasé de mon grand-père valaisan, alors qu'il n'aurait jamais prononcé une phrase telle que celles que Ramuz écrit ou met dans la bouche de ses paysans.
    4
    Vendredi 30 Mars 2007 à 20:47
    Que lire?
    Que faut-il lire de Boudard? Pour la langue de Céline, ce que je crains c'est qu'elle ne soit en train de devenir illisible sans des tas de notes de bas de pages en Pleiades. Les mots dans la bouche de Courtial des Pereires, l'inventeur farfelu et marie d'Irène, dans Mort à Crédit datent pas mal. Céline s'en foutait... Jacques Jouet nous fera de belles notes oulipiennes alors tant mieux!
    5
    Samedi 31 Mars 2007 à 11:49
    Lire Boudard
    Je ne connais de lui que l'Education d'Alphonse. Bientôt une petite recension ici. Mais s'il y a des lecteurs boudardiens, leurs conseils sont bienvenus.
    6
    Nolwenn
    Jeudi 12 Février 2009 à 17:13
    Boudard
    Je ne pense pas que Boudard imite qui que ce soit. Il a trouvé chez Céline une langue qui lui parlait plus que celle des classiques et s'est senti le droit d'écrire lui-même comme il l'entendait. Boudard, moins littéraire que Céline, n'invente pas une langue, en effet, mais retranscrit celle qu'il entend et utilise tous les jours, dans la rue, en prison, au bistrot... Lire "ma vie pleine de trou", entretiens avec Daniel Costelle, où on en apprend un peu plus sur le bonhomme. Dnas son oeuvre, La cerise, Mourrir d'enfance, la métamorphose des cloportes, Les sales mômes (théâtre)...
    7
    Martin
    Samedi 18 Avril 2009 à 22:22
    m'enfin!
    Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu'auteur dans une situation critique ! Raymond Devos
    8
    Martin
    Samedi 18 Avril 2009 à 22:31
    Pastiche?
    La parodie n'est-elle pas le destin éternel de l'homme ? Milan Kundera
    9
    Jean Chauma
    Dimanche 19 Avril 2009 à 11:49
    Vulagarisation...
    Je connais un peu Boudard, peu Céline, j'aime bien lire et entendre du Boudard, par hazard, par surprise, Céline met tombé des mains, je devrais prendre le temps de le relire, de lire. Si l'un vient de l'autre, on peut dire que Boudard a vulgarisé Céline. La vulgarisation c'est un peu comme l'argot une manière de croire que l'on connait. Méfions nous de l'argot cette manière de dire sans rien dire. Dire ou écrire de l'argot c'est un peu comme rien n'écrire. L'argot s'invente et se copie par des gens qui ne savent pas parler, qui ne connaissent pas les sens des mots, l'argot c'est une sorte de fanfaronnade.
    10
    Dimanche 19 Avril 2009 à 17:35
    Céline
    Je conseille le Voyage au bout de la nuit. C'est le premier Céline, et un coup de maître.
    11
    Samedi 31 Octobre 2009 à 18:11
    Céline n'est pas Boudard !!
    je tombe par hasard sur ce blog. Bagnoud ne comprend pas Boudard. La différence entre Céline est Boudard c'est que Céline était juste un petit bourgeois écrit, méchant, avare et vindicatif qui ne connaissait rien de la rue. Boudard c'est évidemment le contraire. La différence c'est le vécu. Comme disait Nietsche, l'important ce n'est pas ce qu'un homme écrit, c'est ce qu'il fait de sa vie. Et voilà !
    12
    de Paname 13
    Vendredi 8 Octobre 2010 à 01:21
    A Alexandre Clément
    C'est une chance pour toi que Boudard ne te lise pas ! Céline égris, avare, bourgeois, méchant, ... Il te collerait sa grande main sur le coin de la g...... N'oublis plus le z à Nietzsche, ça fait con !
    13
    jefcooper
    Lundi 27 Août 2012 à 05:39
    ah la la....
    Qu'est-ce qu'il faut pas lire comme bêtises...ah la la...Mais je ne peux m'empêcher de me marrer à celui ci qui se permet de juger Boudard alors qu'il n'a lu qu'un de ses livres, et peut-être pas le meilleur...qu'il lise donc "La métamorphose des colportes", "Bleu bite" ou "Les combattants du petit bonheur" et on en reparle....Et non, Mister-la-frime, Le Voyage n'est pas le premier écrit de Céline, tout faux !!! Va dormir...
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