• Peinture de Alexei Kondratievitch Savrassov (1830-1897)
    On a bien froid en lisant
    Maître et Serviteur, une autre nouvelle de Tolstoï (voir ici et ici). C'est un interminable trajet dans une tempête de neige que font le maître Vassili Andréitch et le serviteur Nikita. Ils sont dans un traîneau avec un petit cheval courageux. La neige s'accumule, le vent souffle, ils se perdent, une, deux, trois fois, tournent en rond, retournent sur leurs pas. Finalement, ils passent la nuit dans le blanc qui les recouvre.
    Il existe un petit truc si vous vous trouvez dans cette situation. On dételle le cheval, on renverse la charrette de façon que les brancards soient dressés vers le ciel, on y accroche un mouchoir. Ainsi, cet espèce de drapeau dépasse quand la neige a tout recouvert. Et le lendemain, les paysans qui sont habitués dégagent les corps.
    En l'occurrence, il reste un survivant. Le serviteur. Maître et cheval, eux, sont raides et gelés.
    Et il y a une morale. Le maître était poussé par la cupidité et l'amour du gain, c'est ce qui les a mis dans cette situation. Il sous-paie son valet qui n'a pas le choix, roule tout le monde et ne pense qu'à l'argent. C'est un triste personnage qui accumule les tares. Il refuse l'hospitalité de gens bien intentionnés, méprise sa femme, ne pense qu'à lui, et quand, par sa faute, ils sont coincés dans la neige, il abandonne Nikita et s'enfuit avec le cheval qui le ramène finalement au traîneau.
    Là, Vassili voyant que son serviteur va mourir de froid, ouvre sa pelisse, se couche sur lui, lui sauve la vie et agonise avec pour la première fois de sa vie une vraie joie, la saveur en lui de la générosité et le sentiment de l'inanité de ce qu'il visait avant.
    Ah, si tous les méchants pouvaient se convertir ainsi!

    Tolstoï, Maître et Serviteur, Le livre de poche


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