• La dégradation de DreyfussAu moins, avec Edmond de Goncourt, il y a peu de surprises. On sait où il en est, on voit où il se situe. Au centre du monde, mais un peu aigri. Débinant tout le monde, cherchant sans cesse l'angle d'attaque, trouvant comment rabaisser les collègues.
    Mais c'est une juste vengeance. Parce qu'en France, il n'est pas reconnu à sa juste valeur. A l'étranger, ah, à l'étranger c'est autre chose. Il y a de la ferveur. On lui conte des anecdotes qu'il s'empresse de reproduire dans son Journal. C'est à croire que la jeunesse, les femmes, les amateurs de littérature de l'Europe entière le vénèrent. Mais pas la France. La France, cette faquine, cette maraude, cette populacière, cette républicaine, la France lui préfère Zola.
    Aussi le lecteur du Journal attend-il avec beaucoup d'intérêt l'affaire Dreyfus. Pas pour connaître la position de Goncourt. C'est du tout cuit déjà. Il hait autant les juifs que ses grands amis les Daudet, le père Alphonse et le fils Léon, qui sera un ponte de l'Action Française. D'ailleurs, à peine parle-t-on de Dreyfus qu'Edmond et toute la bande de son grenier déplorent qu'on ne le fusille pas sur le champ. Dreyfus dont entre parenthèses Goncourt n'est pas sûr de la culpabilité.
    Non, si j'attends avec impatience la suite de l'histoire, c'est pour voir comment ça va se passer entre Zola et Edmond. Quand l'affaire débute, ils sont à peu près rabibochés. Zola revient de Rome où il a pris des notes pour son roman sur la ville, et on ironise beaucoup dans le grenier sur le fait qu'il aurait consacré trois jours à l'étude de la femme italienne.
    Ce n'est pas graveleux, Zola était accompagné de madame, l'officielle, pas sa maîtresse. Mais il veut entreprendre sur la Femme italienne une étude scientifique comme les naturalistes en faisaient, sur l'Homme de lettres, sur la Putain, sur l'Hystérique, sur la Religieuse, etc. Il y fallait une somme d'observations semblables à celles du savant plongé dans ses expériences.
    Alors Zola, tellement peu sérieux, qui nous fait Germinal après une seule descente à la mine, songez comment il va nous la bâcler, l'affaire Dreyfus! Je me réjouis d'entendre Edmond nous expliquer tout ça. Zola et les juifs. Ça a dû lui faire bien plaisir. Ça a dû lui expliquer le succès de son concurrent. Enfin je présume, je suppose, je n'ai pas encore lu. Mais je subodore du délicieux. N'ayez pas peur, je vous tiens au courant.


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