• Deneuve en Belle e jour pour BunuelBelle de Jour, le grand film de Bunuel avec Catherine Deneuve, est tiré d'un livre.
    Je l'ignorais avant de tomber, dans une boîte du marché aux puces de Plainpalais, sur le roman de Joseph Kessel.
    Aussitôt vu, aussitôt acheté (un franc), et presque aussitôt lu. Ce n'est pas très long: 170 pages.
    Vous vous souvenez du film: une jeune bourgeoise claire, lumineuse et frigide trouve la satisfaction sexuelle en se prostituant dans les maisons de passe. Elle trouve le frisson dans le dégoût, l'humiliation, la bestialité du désir masculin. Puis elle se lie avec un voyou et se retrouve dans une situation menaçante par rapport à son mari, qu'elle aime, qu'elle ne veut ni blesser ni quitter.
    Malgré son écriture d'un classicisme un peu sec, Kessel excelle à montrer l'évolution de cette oie blanche, à suggérer ses troubles, à analyser sa trajectoire. Il s'agit en somme de l'étude d'un cas comme les naturalistes en faisaient. Un portrait nuancé, juste, troublant.
    Puis tout se gâte, à la fin. Mais pourquoi notre auteur veut-il à toute force introduire une morale dans son texte? On se le demande en lisant les pesantes et lamentables dernières pages, qui content la punition de Séverine, lourdement symbolique. Son voyou d'amant veut tuer un homme qui menace de tout révéler au mari, mais maladroit, c'est ce dernier qu'il frappe, et voici le pauvre homme diminué dans son intelligence et dans son corps, la moitié inférieure de son corps morte, devenu impuissant (Kessel insiste, au cas où vous n'auriez pas bien compris), et la belle Séverine se transforme en garde-malade dévouée, malheureuse, qui en plus ne peut s'empêcher de tout confesser au mari ignorant...

    Joseph Kessel, Belle de Jour, Folio


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