• Eh bien voilà, j'ai trouvé. Dans son roman Contrepoint même, dont on s'est interrogé ici sur la polyphonie, Huxley parle de la composition de son propre livre, en une sorte de mise en abîme amusante. Ou plutôt, il fait parler son double, Philip Quarles, dont il nous donne quelques extraits de ses carnets. Voici la méthode esthétique :
    Il s'agit pour eux deux de musicaliser le roman. Pour cela : « Méditer Beethoven. Les changements de modes, les transitions abruptes [...] Encore plus intéressantes, les modulations, non pas seulement d'un ton à un autre, mais de mode à mode. Un thème est exposé puis développé, changé, imperceptiblement déformé, jusqu'à ce que, tout en restant reconnaissablement  le même, il soit devenu tout à fait différent. »
    S'inspirer de la composition musicale. Voilà qui est intéressant, comme méthode, et souvent pratiqué depuis, à des niveaux différents. Thomas Bernhardt, Nancy Huston...
    Et de plus, les procédés de cette intentions sont tout simples, si on en croit Huxley.
    « Tout ce qu'il faut, c'est un nombre suffisant de personnages, et des intrigues parallèles, contapuntiques. » (C'est moi qui souligne, évidemment.)
    Donc, alternance des thèmes, modulations, variations. Tout ça dans le cadre d'un roman d'idées.
    Oui, c'était encore à la mode à cette époque-là. Un genre dont Huxley se rend compte des difficultés.
    « Le gros défaut du roman d'idées, c'est qu'il est une chose artificielle, arrangée. Nécessairement ; car les gens qui sont capables de dérouler des thèses proprement formulées ne sont pas tout à fait vivants ; ils sont légèrement monstrueux. Il devient un peu ennuyeux, à la longue, de vivre avec des monstres. »
    Effectivement, les personnages doctrinaires de Contrepoint qui débitent leurs réflexions lassent un peu le lecteur. Ils constituent des types à la Balzac, mais inscrits uniquement dans le monde des concepts. Heureusement qu'il y a, justement, cette composition musicale, contrapuntique, et des personnages plus vivants, qui donnent de l'intérêt à ce gros livre, lequel ne serait, sans ça, qu'un répertoire de théories.


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