•       Bord de mer par Stupar
    Albertine change sans cesse aux yeux du narrateur et lui échappe. Il ne peut retrouver l'image caractéristique qui révèlerait son identité d'un coup. Pas plus d'ailleurs qu'il ne réussit à reconstituer les traits de son visage qui lui semblent flotter, se déplacer, l'un prenant soudain une telle importance qu'il semble le centre de la physionomie à quoi tout se coordonne, puis le lendemain, c'est un autre.
    Même incertitude en ce qui concerne la bande des jeunes filles en fleur de Balbec. Elle a le charme, les parures, l'organisation un peu lesbienne des groupes de jeunes vierges. Mais aussi l'arrogance, la cruauté, l'énergie sportive et la testostérone d'une bande de jeunes prolétaires. La vitalité de pseudo-voyous populaires et la nonchalance causante de collégiennes bourgeoises. Et elle inclut encore d'autres groupes plus nuancés.
    Quelle est la vraie Albertine ? L'ensemble de toutes ces images et de toutes ces informations. Comme la vraie bande des jeunes filles en fleur est l'ensemble de toutes ses manifestations, autant dissemblables qu'elles puissent paraître.
    Puisque la réalité n'existe pas en soi, semble dire Proust, mais seulement dans le moi de l'individu, et ne trouve son unité que dans la mémoire et le temps.


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