• Permettez-moi de revenir sur quelque chose que j'ai entendu à la Fête de la musique. Un spectacle de poésie sonore.
    Ça s'appelait Tunnal et ça se passait effectivement dans une sorte de tunnel, le passage des Halles de l'Ile, entre l'étrave sur l'eau du Rhône et la cour intérieure rectangulaire et cloisonnée.
    La poésie sonore a en fait une longue histoire. C'est une forme de travail artistique liée tout Marinetti, 1914à fait clairement à la contestation, à la mise en question.
    Elle vient de dada et des futuristes. Marinetti en 1914. Hugo Ball au Cabaret Voltaire en 1915.  Ça a continué en France avec François Dufrêne ou Henri Chopin, en Angleterre avec Bob Cobbing, puis aux Etats-Unis avec notamment John Cage. J'avoue que tous ces noms, à part le dernier, m'étaient inconnus avant que je fasse quelques recherches sur internet.
    Dans Tunnal, il y avait quatre performeurs en deux groupes aux prestations alternées d'abord et unies pour le final. Marina Salzmann et Alexa Montani d'une part, Colette et Günther Ruch d'autre part.
    Le spectacle est une interaction entre les sons, les syllabes, le sens. Entre la littérature et la musique. Une profération qui est parfois uniquement phonétique, qui se construit en mots, se déconstruit en rythmes. Jeu par exemple sur les syllabes mé-moi-re. Avec une mise en scène dans l'espace et sur une partition précise qui n'exclut pas l'improvisation.
    C'est étonnant, perturbateur, prenant. Une découverte pour moi. Un « baptême », comme le disait mon ami Cyril avec qui j'étais.
    Un baptême ? C'est peut-être un peu exagéré. Si elle peut être radicale, la poésie sonore n'est ni religieuse ni sectaire. Il n'y a pas besoin d'adhérer à une cause pour l'apprécier. Il suffit juste de garder l'esprit libre et ouvert...
     
    Et on peut écouter ici DufrêneHenri Chopin, Bob Cobbing, et des quantités d'autres artistes vivants dans Tapin.
     

    3 commentaires
  • Zola à son bureau, par Manet

     

     







     


    Aujourd'hui, je range
    mon bureau.


    4 commentaires
  • La distribution est prometteuse.
    Six personnages dans un immeuble minable. Un amnésique, probablement blessé pendant la deuxième guerre mondiale (le roman se passe en 51), qui n'a plus ni nom ni identité. Une nymphomane, star de revues burlesques retirée des planches. Une fillette allumeuse et terrorisée. Un agent du FBI. Une schizophrène disciple de Trotski. Un ancien Stalinien qui se cache sous une fausse identité après avoir occupé une position importante dans le parti  communiste américain, avoir effectué des Norman Mailermissions dans les pays de l'est, avoir été un des agents de l'URSS pendant la guerre d'Espagne.
    C'est lui qui est au centre de l'intrigue. Il a quitté le parti après le pacte germano-soviétique, a acheté son retour aux USA en acceptant de collaborer avec les services de renseignements, puis a disparu après une année de délation, en emportant un petit objet qui a une grande importance.
    L'enjeu du roman : la survie de l'idée du communisme malgré ce qu'en ont fait les bolchéviques. Thème un peu daté, comme les idées brassées, mais passionnant.
    La forme du livre, par contre, me semble moins réussie. Tout ce petit monde couche ensemble, se dispute, s'arrache des secrets en huis clos. Ça aurait fait une excellente pièce de théâtre, râpeuse, violente, tendue, cruelle. Comme roman, c'est dissertatif, abstrait. Peu visuel. Le genre de fiction dans laquelle on parle et où on ne voit rien...


    1 commentaire
  • Salle à manger de la Princesse Mathilde

    Je comprends mieux le salon des Verdurin depuis que je lis le Journal des Goncourt. Le milieu artiste dans lequel ils vivent, opposé au milieu aristocratique, c'est ce même milieu qu'Edmond de Goncourt fréquente, avec d'autres littérateurs, des peintres, des musiciens.
    Voir le pastiche du journal dans La Recherche. Pastiche dans lequel Marcel fait décrire à Edmond le salon Verdurin - ce qui, en plus de ridiculiser proprement Edmond, lance une passerelle entre l'univers du réel et l'univers romanesque proustien.
    Un autre passage de ce genre, entre le modèle et l'œuvre, est fait par la Princesse Mathilde, petite-nièce de Napoléon. C'est un personnage historique dont les Goncourt étaient les fidèles, elle occupe des parties importantes de leur Journal et Proust fréquentait son salon.
    Or, on retrouve la Princesse Mathilde dans Du côté de chez Swann, chez la Princesse des Laumes, future duchesse de Guermantes. Swann la présente au narrateur dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs lorsqu'ils se promènent au Jardin d'Acclimatation avec Odette et Gilberte.
    Voici son portrait :
    « Sa franchise un peu fruste et presque masculine, elle l'adoucissait, dès qu'elle souriait, de langueur italienne. Et le tout était enveloppé dans une toilette tellement Second Empire que, bien que la princesse la portât seulement sans doute par attachement aux modes qu'elle avait aimées, elle semblait avoir eu l'intention de ne pas commettre une faute de couleur historique et de répondre à l'attente de ceux qui attendaient d'elle l'évocation d une autre époque. »


    votre commentaire
  •           

    Fête de la musique. Pourquoi pas ?

    On y va avec des amis, on fait des rencontres. On observe. Je me demande d'ailleurs, en voyant les sortes d'escogriffes qu'on peut trouver dans ces fêtes pendant l'été, où on les range le reste de l'année. Ces gens qui disparaissent complètement dans la grisaille pendant quelques mois avant de réapparaître, colorés, excentriques, bruyants ou bizarres. Un mystère de plus à ranger à côté des autres grandes énigmes de l'humanité. Par exemple : mais où vont les deuxièmes chaussettes ?
    De la musique partout dans Genève, donc, sur des scènes de toutes tailles, du Grand Théâtre aux petits tréteaux de la vieille ville. Il y en a pour tous les goûts. Des découvertes à faire. Une large palette de sons, depuis la musique d'ambiance jusqu'aux concerts les plus pointus.
    Nous avons commencé par un de ceux-là, hier. Moloch, sous les ors et les fresques du Victoria Hall. Une œuvre transdisciplinaire du compositeur Gabriel Scotti sur un long poème en prose d'Allan Ginsberg, Howl, interprété par le puissant Carlo Brandt. Un texte lucide et brutal sur la drogue, la sexualité, la transcendance, le sacré. Il faisait partie d'un ensemble scénique qui comprenait aussi un quatuor à cordes, un percussionniste, une basse et une guitare électriques, devant un écran où étaient projetées les images d'Arnaud Valadié. C'était un moment intense, fort, réussi.
    La suite s'est passée en plein air, dans le Parc des Bastions, devant la scène dédiée au rythm'n'blues. Chauffez les gars ! (Il faisait un peu frisquet !)
    A ce propos, je vous ai mis tout en haut le musicien qui était l'idole de mes quinze ans. Je copiais chaque note de ses solos pour les reproduire sur ma guitare : une Fender stratocaster, comme lui. Rory Gallagher. Deux morceaux : Tattooed Lady et Who's that coming, de sa tournée irlandaise de 1971 Avec une petite leçon de guitare entre deux. Ça tient le coup. Vive la musique !

    4 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires