• Ceux qui viennent régulièrement ici connaissent déjà bien mon ami Jean Winiger. Ont entendu parler de notre livre commun, Les Epanchements indélicats (épuisé hélas). Connaissent son goût pour Ellroy. Nous ont suivi dans des concerts. Savent qu'il chante très bien.
    Passons au stade supérieur. Son livre, Les Poupées du froid. Un roman d'une intensité et d'une singularité rare. Avec une écriture dense et forte. Comment faire connaître une écriture ? Mais en la citant, bien sûr. Donc, pour commencer, voici le début des Poupées du froid. On en reparlera.

    Les poupées du froid, de Jean WinigerEncore, ce visage sale se crispe et se fige dans le froid. Noires, les dents rares apparaissent dans la grimace que voile l'haleine. Puis la bouche fuit; vers le bas comme si elle s'écoulait, comme si elle s'était mise à fondre brusquement. Alors tout le corps suit la bouche et la masse lourde s'écroule dans la neige, face première. Le froid, un instant troublé, s'installe à nouveau...

    Et puis, un cri. Le corps écroulé se retourne, s'agite, secoué de frissons qui deviennent soubresauts. la tête tape, tourne à gauche puis à droite, le visage se couvre de bave verdâtre bientôt gelée. Et tout le corps se redresse. Les yeux roulent au-dessus du nouveau cri que la bouche libère.

    - Deux, deux, dit-il. Avec des perches. Non ! Non !

    Et dans le cri qui recommence, le corps s'en va, courant; s'effondre et se relève. Finit par disparaître en emportant sa peur. A son front coule un peu de sang, que le froid semble aussitôt durcir.

    Pourtant il n'y a rien, sur cette plaine où s'éloigne le corps cassé, rien que le froid qui engloutit le cri...


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