• Ramuz, donc, était un anarchiste de droite et un révolutionnaire. Pour l'anarchiste de droite, la discussion reste ouverte. En tout cas dans la définition précise qu'en donne François Richard. Pour le révolutionnaire, non. (Mais je parle ici du champ littéraire, qu'il a bouleversé...)
    Un  révolutionnaire reconnu. Rappelez-vous que de son vivant, il publiait chez Grasset. Que la parution de ses livres donnait lieu à des débats esthétiques passionnés. Que Claudel défendait en lui un « très grand romancier » « plein de génie et d'imagination ». Qu'il participait à ce mouvement global que Jérome Meizoz a appelé dans sa thèse de doctorat L'Âge du roman parlant (1919-1939), mouvement qui englobait d'autres auteurs comme Céline, Giono, Cendrars, etc.
    Un révolutionnaire original. Il fallait aller loin pour trouver ses modèles puisqu'il se réclamait, selon ses propres dires, d'Eschyle et de l'Ancien Ramuz sur les billets de banque suissesTestament. La structure de la tragédie et la langue imagée de la Bible.
    Une influence évidente sur ses premiers textes en tout cas. Dans Aline et Les circonstances de la vie par exemple (et je ne parle pas des thèmes bibliques).
    Mais s'il a perdu de son audience, c'est notamment parce qu'en Suisse, ce novateur a été institutionnalisé. C'est ce qu'explique Stéphane Pétermann (dans A contrario). On peut voir ça d'abord en suivant sa carrière. Pendant sa vie, Ramuz a reçu des bourses et des prix toujours plus importants. Ça a suivi dans sa réception publique : depuis les années 30, il a été récupéré par la droite conservatrice et patriote.
    Sa mort, explique Pétermann, marque le début d'une « officialité encombrante ». Du coup, son œuvre devient locale. En Suisse, elle se transforme en monument national, rapatrié après la guerre de 39-45.
    Et elle fonde en même temps la littérature romande.
    C'est que Ramuz a inventé une langue personnelle en se basant sur la musique orale de sa région, traité pour la première fois des thèmes nouveaux dans un contexte nouveau. Ceux du paysan romand et de son environnement. Et sans modèle direct. Bien sûr, il a vaguement et passagèrement assumé la tradition naturaliste (dans La vie de Samuel Belet, ou Aimé Pache peintre vaudois).
    Mais quel renouvellement là aussi !


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