• Eh bien, puisque le sujet est lancé, continuons à parler un peu des communistes. Pour étoffer le discours, une citation de Max Stirner sur le sujet :

    Le principe du travail est supérieur à celui de la chance ou de la concurrence, sans aucun doute. Mais en même temps le travailleur, conscient que son état de travailleur est l'essentiel en lui, se tient éloigné de tout égoïsme et se soumet à l'autorité d'une société de travailleurs, tout comme le bourgeois dépendait de l'Etat-concurrence et se livrait à lui. C'est toujours le beau Max Stirnerrêve d'un « devoir social » : on continue de penser que la société Nous donne ce dont Nous avons besoin, d'où nos obligations et notre dette globale envers elle. On en reste à vouloir servir un « dispensateur suprême de tous biens ». Que la société ne soit pas un Moi qui puisse donner, prêter ou conférer, mais un instrument ou un moyen, dont Nous pouvons tirer utilité et profit ; que Nous n'ayons aucun devoir social, mais seulement des intérêts, à la poursuite desquels la société doit Nous servir ; que Nous n'ayons aucun sacrifice à lui faire mais que, si Nous devons sacrifier quelque chose, ce ne puisse être qu'à Nous-mêmes, voilà ce à quoi les gens qui ont des idées sociales ne pensent pas, parce qu'ils sont, libéraux, restés prisonniers du principe religieux et aspirant de toute leur ferveur à une société sacrée, comme l'Etat l'a été jusqu'à aujourd'hui ! 

                                                                                                              Max Stirner
                                                                                             L'Unique et sa Propriété
                                                                                        L'Age d'Homme, p. 181-183


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  • Il y a un obstacle  quand on commence un livre de Boudard: la langue. On se demande très sérieusement au début si on est en train de lire un pastiche ou une parodie de Céline.
    Mais on se rend vite compte que c'est du sérieux. Boudard ne veut pas amuser, citer. Il n'y a aucune ironie dans son propos. Il écrit comme Céline, avec un ajout supplémentaire d'argot actualisé (l'argot d'après-guerre), mais en respectant le style du maître dont il s'est approprié l'écriture.
    J'ai cherché à comprendre cette servilité. Une des ses explications m'a éclairé. Je cite : 
    « 
    À partir du moment où j'ai lu Céline, où j'ai compris Céline, je me suis dit : "La littérature n'est pas une chose fermée." J'ai trouvé chez lui un langage qui venait de la rue, qui n'était pas celui des livres que j'avais lus jusque-là. »
    Où on voit que Boudard fait une erreur !
    Céline n'a pas trouvé son langage dans la rue, il l'a inventé. Il était obsédé par la littérature, par la forme, par l'innovation, la recherche de formules. Boudard, lui, Alphonse Boudardtrouve son langage dans Céline.
     C'est dire qu'il n'en a pas de propre. On est dans l'imitation.
    C'est ce qui gêne, au début. Après quelques dizaines de pages, ça passe mieux. On oublie ces tics, cette appropriation soumise. On s'ouvre à l'univers d'Alphonse. Venu d'un milieu modeste, comme Céline. Ayant frôlé le monde des voyous, comme Céline à Londres, étant tombé dedans, lui, Boudard. Anarchiste naturel, comme Bardamu du Voyage. Obsédé par le sexe, comme le Céline des premiers livres.
    C'est, si on veut, un petit Céline optimiste et mineur.
    Je me fais ces réflexions après avoir lu L'éducation d'Alphonse. Je vous en parle bientôt.


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  • Les communistes ne sont pas morts. A Genève par exemple, ils font partie d'A gauche toute. Une coalition. 20 élus dans 4 communes quand même. A gauche toute qui vient de virer une candidate femme pour la remplacer par un homme lors de la future élection à l'exécutif de la ville.
    Et bien Les Communistes ont un site officiel. Avec, dedans, un article très intéressant. C'est dans la rubrique Le communisme. Un programme et des plans à long terme. « Pour éviter tout faux départ dans l'instauration du communisme », explique-t-il. Parfait, on s'y penche.  
    Donc, il y aura bientôt la Révolution. Faite par le prolétariat évidemment, dont le PC est la tête pensante « et peut-être le bras armé ». Notons déjà un exploit : les cocos ont retrouvé ce fameux prolétariat qui avait disparu depuis quelque temps et ils vont le Prise du palais d'hiver par P. Brouéremettre sur les rails. Très bien.
    Que feront-ils ensuite de leurs alliés actuels d'A gauche toute, quand ils auront gagné ? Mais ceux-ci auront une place au sein du PC « après une petite autocritique ». Quant aux partis bourgeois, il faudra soit leur retirer leurs droits civiques, soit les contrôler étroitement. Mais on ne va plus refaire les erreurs du passé, on se trouvera quand même dans un système multi-partis :
    « Ce qu'il faudrait, c'est un système où le Parti Communiste gère ; l'extrême gauche non communiste ait son mot à dire ; quand aux partis bourgeois, ils seront là juste pour faire joli - bien qu'ils pourront s'exprimer durant les séances, ils ne disposeront d'aucuns moyens de propagande officielle. »
    Et alors, ce sera le paradis. Gratuité des biens. Tout le monde se servira dans les entrepôts. Mais quand même, il faut prévoir le pire :
    « Si les gens n'auraient aucun sens de la mesure (ils prennent chacun 20 armoires, comme se sera gratuit), on serait obligé d'installer un système des tickets de rationnements ou de louer les biens collectifs en échange d'argent, plutôt que de les proposer gratuitement. »
    L'argent sera en effet là, de façon transitoire. Mais il n'y aura plus besoin de travailler pour en avoir puisqu'il y aura un revenu universel. Enfin, certains devront quand même y aller, au turbin, pour expier :
    « Cependant, il n'est pas exclu qu'on punisse la lascivité des anciens grands bourgeois en leur confiant les tâches les plus pénibles, mais ce ne serait qu'en cas de force majeure et jusqu'à ce qu'ils cèdent. »

    Quant aux logements, ils seront collectifs : « Ce qu'il faudrait, ce serait d'immenses HLM, avec des chambres individuelles de 10 m2 minimum et le reste des pièces seraient collectives : toilettes, salles de bain, cuisines et salons. »
    Ça fait rêver, n'est-ce pas ? Ça donne envie d'y être ?
    N'hésitez donc plus, votez pour eux. Ou allez voir les autres propositions précises, détaillées, contenues dans leur site.
    Toutes plus alléchantes les unes que les autres. (Les commentaires des articles sont aussi très instructifs.)


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  • Le personnage principal de Bille en tête, Virgile a 16 ans. C'est un jeune con issu de la bonne bourgeoisie, scolarisé dans une pension chic.
    Il se croit révolté parce qu'il veut, je cite : « Des femmes, de l'argent, un nom qui sonne ». Il se prend aussi bien sûr pour Mozart et Christophe Colomb tout à la fois.
    Son grand fait d'armes consiste à séduire ou à être séduit par une amie de son père, qui a 36 ans. Pour montrer comme il est poète et fou, il exécute toutes sortes d'excentricités devant elle : il rentre tout habillé dans la baignoire où  la dame se baigne, il l'oblige à lui offrir deux montres de luxe parce qu'il a deux poignets, et il est tout content parce Alexandre Jardinqu'elle l'emmène en Rolls avec chauffeur à Deauville pour baiser dans un hôtel prestigieux.
    C'est un sale gosse gâté, odieux, qu'on rêve à chaque page de gifler. Alexandre Jardin, lui, trouve ce tête à claque génial. Il le donne en exemple, il le célèbre dans une langue convenue qui a tout de même la qualité d'être alerte.
    Ouf, il y en a au moins une.


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  • Un drôle de livre, Bras cassés.
    Ecrit par un drôle d'auteur. 53 ans, dont 20 en prison, notamment dans des quartiers de haute sécurité. Vous comprendrez que je n'en dise pas de mal !
    Le texte, lui, est une sorte d'ovni. D'une grande force, et sortant complètement des moules littéraires. Ça se présente comme un roman, c'est publié dans une collection de polars (Trait noir chez Antipodes). Mais c'est autre chose.
    Un témoignage ? (Le quatrième de couverture dit pudiquement que Chauma « connaît bien les milieux qu'il décrit dans ce roman. ») Non, ce n'est pas un témoignage non plus.
    Plutôt une suite de scènes. Il n'y a pas d'intrigue proprement dite qui tiendrait le livre. Les personnages sont bien les mêmes du début à la fin, mais on ne lit pas ce qui leur arrive comme une histoire claire, définie. Ils semblent livrés au hasard. Ils font une chose, puis une autre. Les circonstances ou le hasard les conduisent à tuer quelqu'un, à braquer, à se cacher.
    Le gang des postiches en train de braquer une banque (années 80)Les journaux parlent de « crime organisé » pour qualifier ce milieu, mais il semble ne rien y avoir d'organisé là-dedans.  Longues attentes alcoolisées en groupe dans les bars et les boîtes, actions rapides, sexualité omniprésente, facile et brutale. Il n'y a pas de trajet, de volonté, de destins, seulement une suite de postures, d'attitudes.
    La langue est directe, orale, elle utilise les termes codés du milieu, les expressions typées et lourdes de sens. Embrouille, buter un enculé, taper le supermarché, le baveux (avocat).
    On est dedans, on vit ça de l'intérieur mais Chauma, subtilement, prend peu à peu de la distance, analyse les codes, les mentalités, et les expose en situation, sans théorie, sans morale ou didactisme.
    J'ai été impressionné. Ça ressemble un peu à de l'art naïf, si on veut, mais très pénétrant.
    On y reviendra.

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